‹ Essais dramatiquesChapitre 48 sur 195 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

lA SUNAMITE.

Eh bien ! si j'ai été coupable , je me bannirai de ma maison ; j'irai vivre dans l'obscure cabane de mon père : il ne me restait point d'autre bien, quand lu m'as donné cette fortune dangereuse qui a excilé mon ambition pour ma fille. Je ne l'instruirai plus < je ne serai plus avec elle ; seulement , quand les jours de fête elle ira porter au temple les prémices des fleurs et des fruits, je la regarderai passer, et je la bénirai dans mon cœur : la bénédiction de sa mère ne saurait lui faire de mal. — Va , saint homme ; va prés d'elle l je ne suivrai point tes pas : je vais rester seule ici dans les montagnes. Si je souffre, je croirai que mes maux sont acceptés par l'Éternel à la place de ceux de Semida. J'errerai de loin autour de sa maison , et quand elle sera guérie, mon père, tu feras partir dans les airs une colombe , pour m'en donner le signal ; je la verrai, cette colombe de paix; je saurai que les jours de ma fille sont assurés , et je me prosternerai pleine de joie devant l'Éternel et devant toi.

ELISÉE

O femme I que n'as tu plus tôt éprouvé ces humbles sentimens 1

LA. SL'NAMITE.

tJn jour d'infortune en apprend plus au coeur que dix ans de prospérité.

Cruelle leçon qu'un arrêt irrévocable î

88 LA SUÎ^AMITE.

LA. SCNAMITE.

Que veux-tu dire , irrévocable ? Semida vit ; elle souflCre , il est vrai : je le sais, elle est pâle, abattue ; la rose de Saron ressemble maintenant au lis de la vallée ; oaais si tu le veux, elle va relever sa tète ; si tu le veux

ELISÉE

La volonté du ciel- est ma seule puissance.

LA SUXiAMITE.

Et le ciel voudrait-il punir Semida dès fautes de sa mère? Ma fille est innocente de Torgueil qu'elle m*ins. pirait ; elle ignorait le vœu qui l'attachait au service des autels. Dans mon aveuglement coupable, j'ai pris soin de le lui cacher; mais un instinct secret semblait la disposer à suivre les désirs de son père. Vingt fois , aujourd'hui même , son cœur a repoussé cette fête qu'un acharnement fatal me faisait vouloir. C'était à toi qu'elle pensait, mon père; c'était à toi que son cœur avait besoin de s'ouvrir. Guehazi en est témoin ; qu'il le dise : ma fille prenait-elle aucune part aux vains plaisirs que je préparais pour elle ? ne s'y refusait-elle pas , autant que le permettait sa soumission angélique ?

criHAzi.

Oui, je l'atteste.

ELISEE.

N'importe. Le Dieu de Moïse n'a-t il pas dit qu. les fautes des pères seraient punies sur les enfans ? n'est-ce pas sur le mont Sinaï, au milieu des éclaiVs

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