ACTE I , SCENE I
GENEVIÈVE
Ma fille , je t*ai fait voir quelquefois ton visage dans le ruisseau qui coule au pied de cette grotte. Eh bien l il ressemble beaucoup à celui de ton père. l'enfant.
Et revois-tu dans mes traits avec plaisir ceux de mou père ? Parle-moi donc de lui : tu le nommes sans cesse , et tout à coup tu t'arrêtes , comme si quelque grand mystère t'empêchait de me parler. Ma mère....
GENEVIÈVE
Ma fille j c'en est assez; préparons-nous à partir. l'enfant.
Ah! si je pouvais tout emporter avec moi! D'abord nous emmènerons notre biche fidèle , n'est -il pas vrai , ma mère ? je ne saurais la quitter.
GENEVIÈVE
J'y consens. Mais pourra-t-elle aller aussi loin que nous ?
l'enfant.
Ah ! ma biche va plus vite que moi. Ayant la fin du jour elle arriverait au bout du monde.
GENEVIÈVE
Ma fille , il est bien grand pour qui n'a plus d'asile.
l'enfant.
Mais n'est-ce pas à la forêt que je vois d'ici , que nous allons? n'est-ce pas derrière celte forêt qu'est le monde ?
CEKEVIKVE.
Dis-moi, mon enfant, quilteras-tu sans poine celte groUe qui nous a servi d'abri si long-temps ?
Ii*ENFAKT.
Oh oui , je la regretterai. J'y ai été' si heureuse I
GENETïèvE.
Quelle douce parole, tu viens de me prononcer 1 heureuse dans ce désert! Ainsi donc ma vie n'a pas ete inutile. J'ai soyfFert, mais j'ai préservé mon enfant de la douleur et de Tabandon. O saint amour de mère, qui soutenez dans les revers, qui consolez dans l'injustice , qui créez au fond du cœur , je ne sais quel sanctuaire où l'on ne sent , où l'on n'aime que son' enfant et son Dieu , prétez-moi votre appui ; il m'est plus nécessaire que jamais. Va, ma fille, va donner à ta biche te§ soins accoutumés , et reviens ensuite auprès de moi. J'ai besoin de me recueillir quelques instans avant notre départ.