ACTE I, SCÈNE II. Il
LE CAPITAINE
C'est trop tôt.
M"* DE KERNADEC.
Mais elle aime un jeune homme aimable et spirituel.
LE CAPITAINE
A-t-il eu quelque aventure remarquable?
ltt™« DE KERNADEC.
Non pas pre'cisëment ; cependant quelques-unes de ses pièces ont fait effet.
Comment ses pièces! serait-il dans l'artillerie? J*aime mieux le service de mer. Mais pourtant , si ma fille avait de l'amour pour un officier d'artillerie, comme je suis bon père , il se pourrait
M*» DE KERNADEC.
Mais je vous dis qu'il n'a jamais seryi.
LE CAPITAINE
Comment, yentrebleu ; et qu'a-t-il donc fait?
M™« DE KERNADEC.
Il s'est distingue' comme écrivain.
LE CAPITAINE
Ah î oui , écrivain ; j'entends : c'est ce que nous appelons , à bord, des gens de plume ; mais on en fait bien peu de cas. Cependant ils attrapent des coups de canon tout comme d'autres, mais par me'garde , parce que les balles vont au hasard , car ils n'en sont pas dignes.
I l4 I-E CAPITAmE KERNAD22C.
M"* DE KERNADEC.
Vous ne voulez donc pas m'entendre ? il n'a rien à faire ni avec la marine ni avec rarmée ; il vit de ses tentes et cultive la litte'rature.
LE CAPITAINE
Qu'est-ce que vous dites ? la litte'rature , c'est ce qu'on enseigne au collège ; mais à douze ans c'est fini. Est-ce qu'on apprend à lire toute sa vie , et quand on est un homme, ne faut-il pas servir?
M'"* DE KERNADEC.
Mais f mon cher ami 9 il y a pourtant des hommes qui font autre chose.
LE CAPITAIKB.
Oui , il y en a des exemples, mais je n'y ai jamais rien compris.
M»« DE KERNADEC.
Votre fille, qui n'est pas tout-à-fait aussi militaire que vous, voudrait épouser ce M. DerVal qui l'aime et qui
LE CAPITAINE
Comment, mille bombes! ce jeune homme timide comme une jeune fille , et qui fait des révérences jusqu'à terre. Jamais il ne dit un mot plus haut que l'autre ; on entendrait voler une mouche quand il parle. Je crois , Dieu me pardonne, qu'il n'a juré de sa vie. Non , de par tous les diables, je ne veux pas que ma fille épouse un homme comme cela.
M»« DE KEBNADEC.
M»is cependant si elle l'aime ?