SCÈNE I
LE CAPITAINE, SABORI>.
LE cAp^•AI^B,* endormi dans un grand/auteuiL
Que s'est-il donc passé ! je crois , Dieu me pardonne, que le roulis m'a bercé toute la nuit. Suis-je à bord ? eh non ! le capitaine Kernadec à fond de cale ! cela n'est pas possible. Mais où diable suis-je donc ? Je me croirais chez moi , s'il n'y avait pas ici je ne sais quels meubles nouveaux. Sabord m'expliquera peutêtre Holà , Sabord I — Il ne répond pas. —
SAB0RD
Eh parbleu ! mon capitaine , je viens aussi vit« que je peux.
LE CAPITAIKE.
Mais comme il monte lentement l quel bruit fait-il donc sur mon escalier ? Eh bon Dieu! une jambe de bois! Que t'est-il donc arrivé, mon pauvre Sabord?
SÀBOBD.
Comment, ce qu'il m'est arrivé! Vous plaisantez , monsieur ; vous le savez aussi-bien que moi : il y a six ans que j'ai eu la jambe fracassée par une balle, au combat du Pic de Ténériflfe. J'étais à côté de vous*
lia LE CAPITAINE KERNADEC.
Ah ! je vois bien que tous faites semblant d'oublier : c'est vraiment trop modeste. i
LE CAPITAINE
Et que s'est-il passe dans ce combat ?
SABORD
C'était le i5 atril 1812.
LE CAPITAINE
Le i5 avril 1812! mais es -tu fou? J*ai célèbre hier le jour des rois de 181 1 ; je me rappelle même que nous ayons bu à la santé de la nouvelle année.
SABORD
Oui, vous avez bu , j'en conviens ; mais à la sanlé de l'année 1817. Hélas I je voudrais bien y être en janvier 1811 ; j'avais alors mes deux jambes ; j'étais leste , morbleu ! vous vous en souvenez , je n'entrais jamais dans une maison par la porte, toujours par la fenêtre, monsieur , toujours par la fenêtre. A présent il faut que je m*en tienne à la manière commune, encore Dieu sait comme je marche I Que voulez-vous , mon capitaine , nous en avons vu plus que nous n'en verrons. Mais enân la gloire que nous ayons acquise au Pic d^eTéncriffe
LE CAPITAINE
Comment , mon garçon ! nous avons acquis de la gloire au Pic de Ténériffe ? conte-moi donc cela.
SABORD
Il faut en convejiir, sans vous l'affaire était perdue ;