ACTE II, SCÈNE I. l
mais vous fîtes virer de bord à yotre bâtiment d'une manière si habile !
LE CA.PITA1KE
Il est vrai que j*ai toujours bien manœuvré. L'affaire était donc furieusement chaude ?
SABORD
Terrible ; moins cependant que celle de Masulipatnam.
LE CAPITAINE
MasuHpatnamJ je n'y ai jamais été.
SABORD
Mais, mon capitaine, vous êtes donc malade ; vous oubliez qu'en 18 1 5 nous avons battu les Anglais sur la cote de Coromandel?
LE CAPITAINE
Nousavons battu les Anglais ! ah I raconte-moi cela, je t'en prie ; tu ne saurais me faire un plus grand plaisir. £h bien ?
SABORD
Oui, morbleu! nous avons , c'est-à-dire, vous avez battu les Anglais , et pris un de leurs vaisseaux, qui s'appelle le Roy al- George, et dont voilà le dessin.
LE CAPITAINE
J'ai pris un vaisseau ! moi; il est vrai que je l'aitouioujours désiré; mais je croirais rêver , si je ne voyais pas là ce dessin. Cependant comment résister à de telles preuves! Appelle-moi ma femme, ma fille, Piérine, que je m'entretienne ayec ellei.
i34 1-E capitainî: kernadec.
SA.BORD
Nerine .' monsieur; dés qu'elle aura fini la loUelte de ses enfans , elle descendra.
LE CAPITAINE
Ses enfans! qu'est-ce à dire, misérable! Nerine, des enfans I mais y penses-tu donci une fille si sage l
SABORD
Je l'espère bien , que raa femme est sage ; mais depuis cinq ans que nous sommes mariés, nous avons eu trois enfans qui , Dieu merci, prospèrent à merveille , surtout l'aînée, dont vous êtes parrain, et qui s'appelle Georgette , à cause du Rof ai-George.
LE CAPITAINE
Mais que dis-tu donc, maraud! moi j'aurais consenti à te laisser épouser Nerine, une fille si aimable, si
Eh ! sûrement , mon capitaine ; c'est pour cela q ' vous l'avez donnée à votre fidèle Sabord , en récompense de sa jambe fracassée à votre service , au Pic de Ténériffe, à Masulipatnam, et dans une petite afiairc; près du Congo.
LE CAPITAINE
Combien de jambes as- tu donc à fracasser? Tu me Tendras fou avec tes histoires; mais fais venir Nerine.
SABORD
Monsieur, n'oubliez pas que c'est ma femme; aa honl de cinq ans de mariage, on n'est pas amoureux comme le premier jour ; cependantt...