SCÈNE VI
LES pnécÉDÉNs : M"" DE KERNADEC.
LE CAPITAINE
Madame de Kernadec , voilà M. Derval qui revient, après sept ans , me demander de tenir ma parole , de lui donner notre fille en mariage. Y consentez-vous ?
M""* DE KERNADEC.
Oui , sans doute.
LE CAPITAINE
Il faut faire une fin , ma chère amie ; vous avez qua-
l44 LE CAPITAINE KERNADBC.
rante-cinq ans , j'en ai soixante : il faut rious retirer
du monde. Il y a sept ans que tous pouviez encore €tre coquette , que je pouvais faire encore le diable à quatre ; mais à présent , il ne s*agit plus de cela , ma chère femme : il faut se retirer à la campagne , et ne plus voir personne.
M™" DE KERNADEC.
Mais y pensez-vous ? ( à Rosalba. ) En vérité', made* moiselle , voilà une jolie affaire qiie vous m'attirez IM Mais, mon ami, si vous m*en croyez, nous ne changerons rien à notre genre de vie. Pourquoi faire aujourd'hui autrement qu'hier ?
LE CAPITAINE
Ah ! il s'est passe tant de choses dans ma tête depuis liier l Imaginez que j'étais faible au point de me croire en 18 II. Tout ce qu'on me disait ne me persuadait pas. Savez-vous , ma bonne amie, savez-vous ce qui achève de me convaincre ?
■m^^ DE KERNADEC.
Quoi donc ?
LE CAPITAINE
C'est votre visage , ma chèi-e amie.
M"" DE KERNADEC.
Comment, mon visage ?
LE CAPITAINE
Oui ; vous êtes si changée, si pâlie , si maigrie , depuis sept ans I Vous étiez encore charmante , quand votre fille n'avait que seize ans ; mais à présent tout est dit. Hélas \ oui , tout est dit.