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COINS DE NATURE

A Claude Wick LE NOCTURNE

... Le train s'éloigne, — réveillant des échos qui se prolongent, se multiplient de colline en colline, — traçant un fuyant sillage lumineux dans le val d'ombre. Et les répercussions s'atténuent, s'évanouissent. Les clartés s'effacent. Tout retombe en sa paix enténébrée, — se réenveloppe de silence et de nuit.

La dormition heureuse dans laquelle cette nature est ensevelie ! Ce n'est pas la mort, mais un sommeil normal, introublé. Les choses, ici, obéissent au rythme le plus régulier. Jamais la fièvre des pulsations violentes ne les secoue. Elles se laissent bercer à une harmonie primitive et saine. J'adore leur calme profond. J'en attends grand bien pour ma pensée. En ces tranquilles entours, elle va se déployer librement, évoluer, et planer.

Une voiture me mène là-haut, où j'aurai mon habitation, — un nid pour le rêve, l'étude, les entretiens avec l'âme subtile des mots. Il me tarde de pouvoir y ciseler les plus capricieuses arabesques verbales.

La route est impraticable. Il a fait aujourd'hui, une neige molle, aqueuse, qui a détrempé le sol. Que la montée est rude ! Nous avançons lentement, sous un crépitement de bruine ; je cherche à deviner, malgré la nuit, la confor-

mation du paysage. Il se compose de collines et de vais, — collines étranges, fantastiques, — vais où séjourne le mystère.

Mais, c'est l'effet des ténèbres de tout accentuer, de tout agrandir, d'empreindre les objets d'un caractère saisissant. O nocturnes, il émane de vous je ne sais quelle vertu magique, qui transfigure les êtres, les hausse à des proportions hors nature ! — Du sein de l'essence immaculée, épandue partout en couche mince et inconsistante, les arbres fusent très noirs, avec une gravité qui en impose.

Une cloche se met à retentir, là-bas, très loin. Sa modulation discrète s'élève du fond d'un val, ondule, souple, aérienne, émeut le vaste recueillement de vibrations très douces, y fait courir comme un imperceptible frisson. On dirait un tissu léger qui flotte et se balance. Cette sonorité mystique m'est particulièrement exquise à entendre, à cette heure, en ce pays inconnu : — voix surnaturelle et familière, qui me dit de ne rien craindre, m'accueille, m'invite à la paix divine.

Un ruisseau dégringole la colline en faisant un bruit charmant. Son eau gonflée coule en gaies cascatelles sur un lit de cailloux bordé de grands chênes. Comme elle est pressée de descendre ! Comme elle contourne adroitement les grosses pierres semées sur son passage ! Je ne puis rendre tout ce que sa chute a de hâtif et de fatal, de musical aussi. J'aimerais à écouter longuement ces notes fluides, qui montent, toujours les mêmes, de cette substance inquiète, impossible à fixer, — laquelle éternellement, s'en va, s'en va . . .

COINS DE NATITRE [ ^75

VIOLETTES Délicieux jour.

Au matin, le ciel est opale. Sur ce joyau, si finement nuancé, voguent des nuages perle. Aucune vapeur ne tamise le paysage. Vais et collines ressortent en clair dans leurs moindres détails. A mesure que le soleil monte, le ciel bleuit, et, sans doute, son saphir n'a ni la richesse ni la profondeur limpide de celui d'Orient. Mais qu'il est beau encore !

Dans sa pâleur changeante, son imprécise langueur, sa tendresse, il ressemble, peut-être, à ce

bleu dont je meurs parce qu'il est dans des prunelles. . .

Comme la petite maison blanche, à persienues vertes, là-bas, à mi-côte, s'enlève élégamment sur fond pur, se profile, gracieuse, élancée, dans la libre atmosphère !

Je visite un jardin d'hiver. J'éprouve une sensation très particulière à me voir parmi les héliotropes, les mauves, les fougères, les mousses, les lierres, entouré de verdures et de couleurs, quand, au dehors, la reprise de la vie s'annonce à peine dans les bois et dans les champs. — Bénie soit la main qui cueille ces violettes, pour me les offrir ! Fleurs de délicatesse, je vous garderai précieusement. Même séchées, décolorées, quand votre pourpre sombre sera éteinte, et vos pétales seront fanés, j'aurai plaisir à vous contempler, à respirer votre arôme. Une bonne odeur de sympathie s'exhalera de vous toujours. . .

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