‹ Essais et conférencesChapitre 25 sur 29 · CLOITRE EN RUINE · texte numérisé non relu

CLOITRE EN RUINE

«... une violente tempête ayant jeté à la côte le navire qui portait notre doux Père, Maître Jourdain, il fut englouti dans les flots. Mais les frères de Ptolémaïs vinrent avec une barque chercher ses restes vénérés, et les ensevelirent dans leur église. » — {Lettre des religU-ux de PtoUmaïs au prieur de S t- Jacques de Paris.)

... De grands souvenirs dominicains nous attiraient vers Ptolémaïs, ou Saint-Jean d'Acre.

En effet, dès le règne du bienheureux Jourdain de Saxe, deuxième Maître Général de notre Ordre, avait été constituée la province dominicaine de Terre Sainte, avec un couvent principal à Ptolémaïs, alors ville très chrétienne. Ce couvent, abandonné depuis des siècles, subsiste toujours. Il était donc tout naturel que j'eusse un ardent désir de visiter cette relique de famille, honteusement profanée, il est vrai, mais qui nous rappelle tant de vertus, tant d'aspirations généreuses et de sacrifices. Aussi, à peine débarqués au pied du Carmel, nous disposons-nous à faire ce pèlerinage.

Ptolémaïs est là-bas, à la pointe extrême de la courbe, puissante et harmonieuse, décrite par la baie de Caïpha, — seul port, je crois, de toute la côte palestinienne.

Par ce ciel voilé de brume, on ne la distingue pas très bien : elle se perd, s'efface dans les vapeurs grises. Parfois, cependant, de pâles rayons la frappent. Et alors, elle ressort en clair, elle émerge, précise, pour se mouiller, se fomdre encore tout-à-l'heure. Etrange vision ! Ce n'est pas une ville qui apparaît, mais une dure forteresse. Ses remparts plongent dans la mer, en proue de vaisseau. Ils compriment tout. Et sans doute l'activité humaine ne peut se déployer en dehors de leur ligne sévère. Défense est faite à la vie de fleurir au delà de cette enceinte. Car, l'on ne voit rien que des murs nus et froids, enserrant tout un fouillis de minarets, de petits dômes, de maisons à terrasses . . .

Nous nous y rendons en suivant la plage, — seule route praticable.

Voici des dunes, plantées de gigantesques palmiers. C'est un paysage du désert, cela sent l'oasis. Quel malheur que la lumière soit si pauvre ! Par les levers de soleils roses, ou les couchants de pourpre, cela doit être magnifique à contempler, ces ondulations de sable très fin, lits d'or d'où fusent ces longues tiges immobiles, au sommet desquelles des bouquets de larges feuilles déchiquetées s'épanouissent et se balancent. — Et voici venir une caravane de chameaux, arrivant des régions de Galaad ou du Hauran. Tranquillement, harmonieusement, ils vont, à la file, portant, dans des outres de peaux de bêtes, une abondante récolte d'huile, que leurs chameliers échangeront, à la ville, contre des produits plus nécessaires à la vie . . .

Nous sommes à Ptolétnaïs. J'avais bien vu. C'est une citadelle, rébarbative et archaïque. Il doit y avoir fête,

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