SERRE
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pour laquelle elle est née, la frappe, elle y produit des effets d'une telle douceur infinie...
— La blancheur, n'est-ce pas avssi la qualité maîtresse de la Vierge? Marie est la femme idéalement candide. Sitôt qu’on la nomme, elle s'évoque à nos yeux en forme immaculée, en clarté absolue. Elle est type, exemplaire de pureté. Mais sa vert n’a rien de stoïque, ni de froid, ni de superbe. Sous sa parure sans tache vibre un cœur affectueux et bon et qui rayonne de toute part ses ardeurs. Que d’autres qualités diverses s’ajoutent à sa virginité parfaite, pour la rendre attrayante et charmeuse! Son âme reflète le saphir infini. Les nuances les plus chatoyantes de vertus avivent sa candeur. Et toujours leur éclat se tempère. Ses dons brillants se noient à demi en la pure essence nacrée, s’y atténuent en demi-teintes extrêmement fines et douces...
Et maintenant que cette perle habite en l’or éternel, et qu’elle est sertie dans l’impérissable et infrangible diamant de la lumière divine, — qui peut dire la splendeur vierge, semée d'azur et de rose, de son orient ? —
... Les joailliers sertissent les perles dans l'or; pur, les rehaussent de fines pierreries. Et puis, ils les enferment en des écrins soyeux.
— Cette perle qu'est la Vierge, — sertissons-la dans l'or de notre amour. Que notre cœur devienne l’écrin mystétieux où elle repose. Notre vénération, nos/délicatesses à
son égard, notre fidélité à son culte, seront comme autant de gemmes destinées à lui faire une couronne d'honneur, et à mettre en un plus haut relief sa presque ‘finie beauté.
O Marie, — perle mystique, — margarita pretiosa, — précieuse marguerite éclose sous le souffle divin, soyez la parure, l’ornement de nos âmes ici-bas, comme plus tard, au ciel, vous ferez les délices de nos regards glorifiés !
Et vidi, et ecce nubem candidam .….
Apoc.
La nuée,— cette chose éminemment diverse et ondoyente, imprécise et vaporeuse, dont le poète a dit qu’elle ressemble à nos rêves, — l'Eglise et les Pères en ont fait l’image, le symbole de Marie. Ils comparent la Vierge à la nuée qui
flotte au gré des souffles supérieurs, et qui prend, là-haut, les formes les plus imprévues, s’y amoncelle en collines croulantes, ou bien s’y étale en îles d’or cerclées d’azur, ou encore s’y disperse en touffes de violettes, s’y effeuille en pétales de roses, en pluie de lilas,
Et je voudrais rechercher quelles affinités subtiles il peut bien y avoir entre la nuée et la Vierge Marie.
La nnée se compose de vapeurs. Et il n’est pas au monde de matière plus impalpable. Dans l’ordre des corps, c'est l’un des plus impondérabies et des plus fugaces. Tissue de fines gouttelettes empruntées à l'océan, elle s’é-
lève, à peine formée dans l'éther, elle y plane, elle y règne. Et voyez comme elle est sensib!:, impressionnable à toutes les influences célestes. Le soleil, par exemple, —ce n'est pas seulement sa surface qui s'en illumine. Mais elle le boit, elle s’en imprègne, elle s’en sature, elle le laisse pénétrer jusqu’au cœur de son essence, qui en devient radieuse et diaphane. Et c’est quelque chose alors de tout aussi clair, et de plus fin, de plus menu que le cristal, qui vibre et scintille, —comme un poudroiement translucide, lequel, à de certaines heures, s’irise, revêt les nuances les plus charmeu.ses, absorbe toutes les couleurs de la lumière.
— Et de même, la liturgie n’applique-t-elle pas à la Vierge ce que l’Ecriture dit de la Sagesse Eternelle? Ne l'appelle. t-elle pas «vapeur de la vertu de Diru », — « émanation sincère de la clarté du Tout-Puissant » ? — Sans doute, Marie appartenait bien à notre nature humaine. Mais elle en était le fruit exquis, le produit le plus distingué. Née de la race d'Adam, elle égalait pourta:t, et surpassait même, par les perfections de son âme, les substances spirituelles. Elle était transcendante à tout l'ordre terrestre. Jamais l'ombre seule d’une faute ne vint lui rappeler la déchéance commune à notre espèce, la faire descendre des hautes ré. gions mystiques où son esprit et son cœur habitaient. Son essence très pure flottait en grâce au-dessus de nos misèr-s. Nuée candide formée d’un souffle de Dieu, son vol l’emportait dans l'infini.
Et qui pourrait décrire les jeux de la lumière divine au travers de son âme? Car, ce n'était pas seulement l’enveloppe, et comme les contours de son être, que la vertu céleste étreignait, si étroitement que ce fût; mais elle la
transperçait toute, au point de ne pas laisser une seule de ses facultés dans la pénombre. Chacune de ses puissances baignait dans une clarté si vive, se prêtait si entièrement à l'action du soleil divin, qu'elle en était toute diaphane, et qu'au travers de sa transparence reluisait tout le ciel, tout le saphir du firmament, — je veux dire la grande image de l'Eternel.
La nuée est agile. Elle obéit au moindre souffle, 11 semble qu’une haleine suffirait à la mouvoir. Elle va, d'un point à l’autre de l’espace, et tantôt glisse d'une allure rapide, tantôt vogue selon un rythme mesuré et berceur. Mais on ne la voit jamais au repos. Son agilité n’a d’égale que sa souplesse, son aptitude à prendre toutes les formes, gracieuses ou sculpturales. Oh! que les nuées présentent souvent des modelés superbes! Quel art, quelle infinie variété dans leurs attitudes.
— Agile, prompte à se mouvoir sous l'impulsion de l'Esprit, Marie le fut merveilleusement. Et l'Eglise lui applique encore cette autre notation de la Sagesse Eternelle, à savoir qu’elle est « plus mobile que tous les mobiles ». Qu'est-ce à dire? La Vierge avait fait à Dieu l'abandon de sa volonté propre. Et jamais ne reprit-elle un atôme de ce qu'elle Lui avait ainsi cédé. L'Esprit Saint n’a pas rencontré d'âme plus entièrement docile à son souffle. Car Marie ne se contentait pas d'obéir à Dieu, quand Dieu avait parlé, mais elle prévenait ses désirs, elle tâchait de deviner ce qui pouvait lui plaire davantage, et aussitôt y harmo-
uisait ses aspirations et sa conduite. Rien, dans sa nature, de réfractaire aux touches discrètes de l'Esprit. Ce n'est pas elle qui, selon l'expression si touchante de nos saints Livres, l'eût jamais « contristé ou contrarié ». Pourquoi, jeune encore, se rend-elle dans le Temple de Jérusalem, pour consacrer à l'Eternel sa virginité et sa vie, sinon parce que le lui avait inspiré cette voix qui se fait entendre sans bruit de paroles? Pourquoi s'en va-t-elle, à travers les montagnes, visiter sa cousine Elizabeth, sinon pour obéir encore à l'impulsion divine? Et pourquoi, jeune mère, prendra-t-elle la route de l’exil, sinon parce que tel était l'ordre d’en haut ? — Tous les pas, tous les mouvements de la Vierge étaient réglés par la vertu céleste, L'Esprit Saint contrôlait toute son activité intérieure et extérieure, la dirigeait entièrement.
Et Marie fut malléable autant qu’agile, pour revêtir toutes les modalités que la main de Dieu lui imposa. Quand, à sa forme virginale, l'Eternel, par un miracle de sa toute-puis-
inc, voulut joindre la forme maternelle, et la choisir pour
7": le jour au Verbe fait chair, Marie dit simplement : fe ancilla Domini. Je suis l'ancelle du Seigneur,
{ ’il me soit fait selon sa parole», Quand, aux lys de sa candeur, l'Eternel voulut ajouter les roses pourpres du martyre, faire d’elle une victime sans tache, à l'exemple de son Divin Fils, la faire participer au sacrifice du Calvaire, Marie accepta encore, elle se résix ua, elle accompagna son Jésus tout le long de son sanglant pèlerinage, et s’immola avec lui. Vierge, Mère, Martyre, — cette triple condition de son existence terrestre, Marie l’a réunie en sa personne auguste, sur l’ordre de cet Esprit de Dieu, à qui elle avait
laissé tout pouvoir de la modeler selon son bon plaisir, et
quoiqu'il dût lui en coûter d’ailleurs à elle-même de larmes et même de sang.
La .uée protège contre les rayons du soleil. Et c'est elle qui verse sur la terre la pluie féconde et rafraîchissante,
— Admirable image du rôle de la Vierge à l'égara du monde et des âmes. Les saints Pères et tous les auteurs mystiques comparent la tentation à une fièvre qui brûle et qui dévore. Eh! bien, les pauvres Ames qui sont en proie à ce feu n’ont qu'à se tourner vers Marie pour qu'aussitôt elles se sentent rafraîchies. Une invocation sincère à la Vierge, suffit à apaiser la morsure brûlante du désir. Oh! combien se sont épargné de larmes et de regrets, pour avoir, à ces moments critiques où l'illusion est si forte qu’elle fait perdre de vue la vraie notion du devoir, recouru à Marie. Son ombre salutaire, s’interposant entre eux et l'objet qui les sollicitait, leur a permis de se reprendre à temps et de garder cet équilibre, essentiel dans la vie chré. tienne. Et quant à ceux qu'une passion malheureuse a tenus, plus ou moins longtemps, dans une étreinte ardente, s'ils ont pu se ressaisir enfin, et respirer un air plus calme et plus tempéré, n'est-ce pas grâce à la Vierge ? N'est-ce pas sa protection maternelle qui les a ramenés, peut-être de très loin, dans les frais sentiers de la vertu ?
Et aussi, la Vierge verse sur le monde la rosée et la pluie divines de la grâce. Quand le prophète s’écriait ; « Cieux, répandez votre rosée, et que les nuées pleuvent le Juste!»
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c'était la Vierge Marie qu’il entrevoyait à l'avance, qu’il interpellait dans l'avenir, dont il annonçait la mission sublime. Marie est vraiment la nuée, qui, sur un signe de l'Eternel, s’est ouverte et a versé sur la terre le Juste, le Messie attendu par les siècles. Et maintenant, au long des âges, et jusqu’à la fin des temps, elle plane et planera dans l’azur infini, recéleuse de vie, pourvoyeuse de grâce, n’attendant qu’une prière de notre part, qu’une aspiration, qu'un désir, pour épandre sur nos âmes les flots divins.
Sous l’Ancien-Testament, c'était le plus souvent du sein de la nuée que Dieu parlait à son peuple, lui dictait ses lois, exerçait sur lui son action providentielle. La majesté de Jéhovah s’enfermait dans le cadre flou d’un nuage, pour rayonner de 1à, à travers tout Israël, son influence et sa vertu. Symbole parfait des procédés d'opération qu’il allait inaugurer avec la loi nouvelle. Car, désormais, ce n’est plus dans une nuée matérielle qu’il s'enveloppe, mais dans le cœur et l'âme de Marie. C’est par l'intermédiaire et le ministère de la Vierge qu’il veut nous faire parvenir les fruits de la Rédemption. Marie, remplie de la faveur divine, divinisée elle-même par tout ce que l'Eternel a accompli en son âme de grandes choses, a charge de nous dispenser les trésors infinis.
O Marie, — nuée candide qui argentez l’azur des cieux, — faites qu’à votre exemple nos âmes se laissent pénétrer à fond par le grand soleil de Dieu. Donnez-nous d'imiter l'élégance et l'harmonie de votre vol, si loin des souillures
LA VIERGE ET LA NUÉE [ x4r
terrestres. Rendez-nous agiles et souples, pour que le vent de l'Esprit puisse nous emporter sur les sommets de la perfection, nous modeler à votre image. © Vierge, — nuée
céleste, — c'est de vous que nous attendons le rafraîchissement et la vie!
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La liturgie est extrêmement flatteuse à l'égard de la Vierge Marie. Il n'est, en effet, rien de beau, dans la uature et dans l’art, à quoi elle ne la compare, et qu'elle ne trouve inférieur encore à s1 merveille toute div Etoile, parfum, diamant, rose, lys, perle, émeraude, —voilà quelquesunes des appellations qu’elle lui jette dans son admiration tendre, et comme dans un effort pour la peindre, pour nous la décrire, pour nous faire soupÇonner un peu de son idéal.
Il semble que, parfois, son enthousiasme ne connaisse plus de bornes, comme lorsqu'elle salue Marie avec les termes même qui définissent la Sagesse Eternelle: « Vous êtes plus éclatante que le soleil. Si l’on vous compare avec la lumière, vous l'emportez. Luc: comparata invenitur
Prior. »
Et j'ai précisément dessein de signaler les analogies qui peuvent exister entre Marie et la luriière,
O Vierge claire, subtile et diaphanc créature, laissez nos Pauvres yeux mortels se poser quelques instants sur votre essence radieuse et cristalline !
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Les demeures de la lumière sont hautes et lointaines. Elle habite des régions inaccessibles. (C’est par delà les sphères, à des distances incommensurables, et comme au sommet de tout, qu’il faut la chercher. Les sources de la lumière se perdent en de telles profondeurs éthérées, qu'il y a des astres dont les rayons mettent des années, des siècles même, à nous parvenir. Et Sully-Prudhomme, dans une de ses plus jolies pièces, interpelle une étoile, dont la clarté, déjà en marche à travers les espaces, ne luira cependant que pour les derniers-nés de la race humaine:
Quand luira cette étoile, un jour, La plus belle et la plus lointaine, Dites-lui qu’elle eut mon amour, Derniers-nés de la race humaine.
— Comme la lumière est transcendante à tout l’ordre matériel, Marie surpasse, en grandeur, en dignité, toutes les créatures. Quelle vocation extraordinaire que la sienne ! Cette fille des hommes a été associée à la vie et à l’action de l’auguste Trinité. L'Esprit Saint se l’est choisie pour épouse ; et c'est de sa substance immaculée que le Verbe a pris sa chair adorable. Cr, cette prédestination explique et justifie tout: elle explique le mystère des prophéties antiques, mêlant son nom à celui du Messie à venir, unissant dans un même rêve la Vierge, fille de Juda, et Celui qu’elle doit enfanter ; elle explique les symboles transparents par lesquels l'Eternel Dieu a voulu la figurer à l’avance et consoler ainsi l’attente des siècles.
C'est aussi la raison des privilèges uniques, des grâces infinies dont le ciel la combla, — grâces qui ont, en quelque sorte, porté Marie jusque sur les frontières du divin, et l'ont rendue aussi voisine de Dieu qu’il était possible à une créature humaine de le devenir. Car, ce n’est pas seule. ment la race des hommes que Marie domine de toute sa dignité de Mère du Verbe, mais toutes les hiérarchies célestes: Archanges, Trônes, Dominations, Chérubins, Sé. raphins saluent en elle leur Reine Pour la voir, il leur faut lever les yeux vers les hauteurs où trône Dieu lui-
même, plonger jusqu’au cœur de l’inaccessible clarté où la Trinité Sainte a son habitacle.
La lumière est belle, — Cette affirma, 1 n’a Pt “esoin d’être démontrée. On en fait l'expérience tous les jours. Et, certes, ce n’est Pas quand on a vu la lumière incomparable de l'Orient qu’on peut douter de Ja magie, des séductions qu’opère la clarté. Car, la lumière à ceci de particulier, qu’elle n’est Pas seulement belle en soi, et de Par Sa nature propre, mais encore qu'elle fait ressortir l'ordre et la beauté de l'univers. Sans la lumière, en effet, que deviendrait notre monde? N ’est-ce pas à elle qu’il doit sa gloire? Et aussi, c’est bien Un Corps que la lumière. Cela se décompose, s’analyse, tout comme une autre subsance. Et pourtant, cela est si Pur, si subtil, si agile, si impondérable, que rien, dans la nature physique, ne peut mieux nous donner une idée de ce que c’est que l'esprit.
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— La beauté! —ah! comment Dieu n’en eût-il pas revêtu la Vierge de Nazareth? La beauté, c'est une perfection. Et il eut donc manqué quelque chose à celle que Dieu avait créée avec tant d'amour, si ses traits n’eussent été d’une régularité plastique absolue, et si le type sémitique n'eut trouvé en elle son exemplaire le plus accompli. La Vierge fut belle, belle à désespérer les plus grands artistes. Vous savez les gestes découragés des plus célèbres peintres, dans leurs tentatives infructueuses pour évoquer la Madone, Combien son visage, qu'ils entrevoyaient en rêve, leur paraissait trop pur et trop céleste pour être fixé sur une toile! Car oui, la beauté de la Vierge, faite d’intégrité et d'harmonie, s’avivait encore de l’irradiation qui venait de son âme, comblée de tous les dons. L'âme étreignait en elle la forme extérieure, et l’imprégnait des qualités de l'esprit. C’est le cas de lui appliquer la parole de l’évangile: tout son corps était lumineux.
Et le monde surnaturel n'est-il pas éternellement embelli par la présence et le rayonnement de la Vierge? Estce que l’église catholique n’emprunte pas à son culte un charme, une poésie, qu’on chercherait en vain dans les autres confessions ? — Marie est la douce clarté sans laquelle l'univers spirituel, l'empire des âmes, serait froid et obscur, manquerait de cet éclat tendre qui attire et qui retient...
La lumière est bonne. — Bonitas, sut diffusiva, disent les philosophes. La bonté, c’est une puissance qui aime à se donner, à se répandre. Or, qu'y a-t-il de plus expansif, de
plus généreux que la lumière? Dès qu'elle existe, elle brille, elle sort d'elle-même, elle s'épanche. Son rayonnement accompagne nécessairement son essence. Elle luit pour tous, abondante, inépuisable. Et elle ne fait pas qu'éclairer. Elle exerce une action féconde. Elle est mère des germes, génératrice de vie au sein de l’univers. — La bonté, — ce mot si simple et si profond, définit la Vierge, comme il définit Dieu même. On dit «la bonne Vierge » comme on dit «le bon Dieu». La bonté est l’attri. but essentiel de Marie, C'est parce qu’elle est toute bonne, qu’elle s’est sacrifiée pour nous, et qu’elle a généreusement accepté le martyre le plus héroïque qui fût jamais infligé à un cœur maternel. Le vieillard Siméon lui avait prédit qu'un glaive de douleur lui transpercerait un jour l'âme. Et cette annonce tragique s’est réalisée à la iettre, lorsque son divin Fils lui fut ravi, et qu’il fut traîné sous ses yeux au plus affreux des supplices. Mais où donc Marie at-elle puisé la force de résister à un tel spectacle ? Où, si ce n’est dans sa bonté, dans son amour Pour nous? Comme Dieu le Père, Marie a tant aimé le monde, qu’elle a donné pour lui, Pour sa rédemption, pour son salut, son Fils uuique, Quelle générosité | Quelle largeur d'âme!
Et maintenant, — ce Fils, avec tous les mérites qu’Il a acquis par sa passion et sa mort, Marie est 1à, qui veut le Communiquer à tous, empourprer les Âmes de son sang précieux. Le cœur de Marie est le réceptacle des grâces infi. uies, D’un côté, il s'ouvre sur le ciel pour s’emplir des trésors cachés des richesses et des sagesses divines ; de l’autre, il s’épanche, il se déverse sur nous, il nous inonde des flots rédempteurs. La Vierge Marie, du haut de sa
&loire, fait, pour les siècles des siècles, le grand et magnif. | | que geste de sa bonté, qui est de donner, de se donner, de se répandre
O Mari, — Ja liturgie a parfaitement raison de vous
appeler lumière, et de dire que vous surpassez en éclat l’astre du jour. Zuci comparata invenitur prior. O Vierge revé. tue du soleil, mu/ier amicta sole, attirez-nous dans les splendeurs vibrantes de vos rayonnements. Que nos Ames, comme ces vapeurs que l’on voit, le matin, monter de la terre, aillent se perdre et se fondre en vos clartés! Baignez-
nous de votre lumière! Ses flots Purs nous conse. eront pour la vie éternelle,
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de Jérusalem le sept mars mil neuf cent six en la fête de saint Thomas d'Aquin
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Messieurs
... Ce n’est pas en une demi-heure que l’on pourrait analyser la vie et les œuvres de saint Thomas d'Aquin, — notre plus belle gloire de famille incontestablement, comme aussi l’une des lumières les plus pures et les plus chaudes de toute l’église catholique.
Nous ne voulons pourtant pas signifier que la vie de ce moine fut extrêmement agitée, marquée par des événements nombreux.
En ce temps-là, personne ne parlait encore de « vie intense». L'on n'avait trouvé ni cette formule ni cette chose. L'on ne connaissait pas nos hâtes, nos fièvres d'agir.
Et qui sait si la vie, plus posée, n’en était pas que plus féconde, productrice d'œuvres autrement larges et saines ?
Car, les agissements ne sont pas l’activité, Le progrès bien entendu, n’est pas en raison directe du mouvement sans relâche et sans trève, souvent sans but.
D'ailleurs, le moyen âge eut-il connu nos impatiences, nos fébriles besoins d'agir, que l’âme italienne, — si vivante
et si vibrante ea saint Thomas, — n'y eut cédé, je crois, que dans une faible mesure, — si même elle n’y eut échappé tout à fait,
L'Italie, c'est déjà un peu l'Orient, —et l’un des pays du monde où l'on goûte le plus le charme, la douceur de vivre.
L'âme italienne a quelque chose des lenteurs et des langueurs de l’âme orientale ; — son exubérance, toute de lumière et d'azur, se traduit en paroles, en explosions lyriques, en attitudes ardentes et bruyantes, plutôt qu'en âpre et sérieuse action, en sourde énergie.
Ainsi, nous ne voyons pas que la carrière de saint Thomas ait été si remplie de faits, débordante d'activité extérieure et matérielle.
Et,—s'il serait puéril de ne vouloir considérer en lui qu'un professeur de l'absolu, un abstracteur de quintessences, absorbé dans son rêve métaphysique, éternellement figé dans ce geste doctoral, qu'il fait, toujours le même à peu près, dans les tableaux et les statues où les artistes uous l'ont représenté, — rien ne nous prouve non plus qu’il ait été intimement mêlé à tous les événements de son temps.
Au contraire.
Et l’histoire de sa vie, — où entre, sans doute, une part de réalité positive, — c'est surtout l’histoire de sa pensée, de ses écrits, de cette œuvre unique et magistrale, dont les proportions puissantes nous plongent dans une sorte de stupeur.
Eh! bien, comment pourrait-on analyser pareille vie eu une demi-heure ? — Comment dépouiller de sa légende
la partie proprement hagiographique, la partie vécue, appliquer aux faits la méthode historique moderne, ces procédés d'investigation et de critique qui sont la grande conquête de notre siècle, —et comment, ensuite, faire entrer, dans le cadre étroit d'un panégyrique, cette pensée si vaste, si curieuse de tout, qui s'est promenée dans tous les domaines de l'idée, et qui s'est exprimée, presque toujours d'une manière définitive, sur toutes les questions qui puissent passionner l'esprit humain ?
Vous le sentez, ce n'est ni le temps ni le lieu d'entre. prendre pareille tâche.
Aussi, voulons-nous, plutôt, esquisser cette grande figure de saint Thomas, l'enlever devant vous, en touches larges et vagues, mais suggestives, peut-être, de vérité et de nature.
Les portraitistes exposent parfois, au Salon, ce que l'on appelle, en style d'atelier, des «têtes d'étude ».
Ce sont des linéaments, à la fois précis et flous, des figures où les traits réels sont comme empreints de rêve, flottent dans un délicieux clair-obscur.
Et pourtant, ces lignes inachevées disent tout. Le modèle revit, là, dans sa physionomie essentielle, — avec un charme discret, dans un lointain mystérieux et très doux, qui font de cette chose incomplète, — et, comme à peine éclose, — une œuvre plus attachante que ne serait un portait fini.
Notre main est, certes, trop inhabile pour représenter saint Thomas en « tête d'étude » parfaite.
Mais, vous êtes tous si bons, que vous aimerez quand même notre humble travail, —et je ne serais pas surpris
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