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LE CIMETIÈRE DE MON VILLAGE

A AvoLrne lotsson

+. Ïl repose à l'ombre de l’église, sur le penchant de la colline, humblement incliné vers la vallée qu'arrose le Nicolet.

Et quel paysage, large et varié, l'entoure, lui compose le plus merveilleux des cadres! Là-bas, des coteaux garnis d'érables, des falaises où s’accrochent des sapins ; — puis les méandres capricieux que dessine la rivière, à travers des prairies bien vertes et bien grasses, parsemées de bosquets. Le regard et la pensée s’attardent à contempler les notes diverses de ce tableau, si grand et si délicat, se laissent emporter, au fil de l'eau et du rêve, jusqu’à l'horizon lointain, tout noir de forêts...

.. Et il est toujours si simple et si primitif, il est resté si chrétien.

Je sais des cimetières qui sont de vrais parcs, des jardins publics. On y étale tout ce qui peut distraire et charmer les yeux: fontaines jaillissantes, fleurs vives, fines pelouses, et, le long d’allées proprement ratissées, ou dans des enclos fièrement isolés, des monuments « qui semblent vouloir porter jusqu’au ciel le glorieux témoignage de notre néant ».

Ainsi les graves idées funèbres sont défigurées par l'esprit du siècle. L'auguste majesté du tombeau est enlaidie par de vains ornements. Ah! quelle pitié de laisser l’orgueil de la vie pénétrer dans l’enceinte sacrée de la mort! .…

Celui-ci, du moins, n’a pas été profané encore par le détestable goût moderne. Il a gardé le caractère qui convient à sa destination mélancolique ; il est à la fois austère et attirant. A part trois ou quatre colonnes somptueuses mais inélégantes, telle pierre trop massive, où le signe de la croix ne ressort pas assez, — le reste est si modeste, et extrêmement religieux.

Pour parure, les tombes se recouvrent d’herbes hautes et de fleurs des champs. La nature seule se charge de les revêtir de couleurs et de formes dont la beauté naïve surpasse tous les essais de l’art humain. Rien de plus touchant à voir que ces croix de bois, à demi perdues dans

les foins qui mûrissent, ces: tertres où s'épanouissent les marguerites sauvages, les trèfles, les roses simples. Vieilles épitaphes, rongées par le temps, amenuisées par le vent et la pluie, presque illisibles, enfouies dans les floraisons neuves, — combien je vous préfère aux plus pompeux mausolées !

... Une paix très douce enveloppe ce cimetière. Rien n’en trouble 1.: calme atmosphère. C'est vraiment le lieu du repos. Le sommeil des défunts est bercé au seul bruit des germes qui éclosent, et des palpitations qui animent le règne végétal. A cette sourde rumeur les oiseaux mêlent leur note perlée. Et parfois, de là-haut, du campanile ajouré, la cloche exhale des chants de joie, ou sonne de nouveaux deuils, qui s’épandent en vibrations profondes,

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