‹ Essais et conférences [microforme]Chapitre 16 sur 34 · LE CIMETIÈRE DE MON VILLAGE · texte numérisé non relu

LE CIMETIÈRE DE MON VILLAGE

au-dessus du champ des morts, et qui descendent, vont s'éteindre dans la vallée.

Mais les vains fracas de la vie, les agitations, les paroles des hommes ne viennent pas l'émouvoir. Que j'aime le silence éternel de cette solitude! ...

-. Mon esprit évoque ceux qui dorment là, tranquilles. Je les ai connus pour la plupart. Je les revois sous cette figure qu’ils avaient empruntée pour un jour.

Ah! durant leur exil en cette vallée de larmes, leur âme s'était entachée de fautes, sans doute; ils avaient subi la misère commune, sacrifié aux plaisirs mondains. L'illusion avait pu les emporter peut-être loin du devoir. Mais leur foi était restée intacte. Toujours ils s'étaient ressaisis à temps. Ils avaient demandé à Dieu pitié pour leurs erreurs.

Aussi ont-ils tous mérité de partir dans le suprême pardon du Christ, au murmure de ces dernières prières, qui ne peuvent être que d'inspiration céleste, tant l'accent en est pénétrant et consolateur. Le prêtre a béni leur dépouille, la croix divine a été plantée sur leur tombe. Même dans la mort, ils ne sont pas séparés du Dieu qu'ils ont servi, du «Dieu de leur jeunesse ». L'église, où ils venaient prier, recouvrer la grâce, après les luttes affaiblissantes, veille sur eux maternellement, les protège de son ombre. Et, dans ses offices sacrés, elle fait la part très large à leur souvenir...

S'il règne en ce lieu une paix si absolue, si le cœur se téconforte dans l'évocation de ceux qui y reposent, si je ne ressens ni crainte ni douleur, à errer parmi ces images funèbres, c'est qu’en effet les promesses d’immortalité pla-

nent dans l'atmosphère recueillie, la saturent d'une surnaturelle suavité. Sur tous ces tombeaux chrétiens, j'ai

vu s'épanouir la fleur d'espérance, Ces ossements épars germeront à nouveau pour la vie éternelle.

++. Frères, qui m'avez précédé dans le long sommeil, je vous crois heureux, car vos lèvres se sont scellées sur un baiser de Jésus; c'est en fixant ses traits que vos yeux se sont fermés à jamais, Vous avez donc emporté avec vous,

là d’où l’on ne revient Pas, son sourire, sa lumière, son amour...

Ah! souvenez-vous de l’exilé, qui lutte et qui peine au val des pleurs.

Quand sonnera pour lui l’heure finale, puisse-t-il s’endormir aussi dans les bras du Christ, et venir goûter près de vous, dans le cimetière de son village, le grand repos qui prélude à la résurrection !...

Arthabaska — été 1909

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COINS DE NATURE

A CLAUDE Wicx

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