A MA MÈRE
Tu m'as donné, avec la vie, le goût des travaux de d'esprit. C'est toi qui m'as insuflé ce qu'un penseur appelle le « dangereux amour des choses intellectuelles ».
Aussi loin que me reporlent mes souvenirs d'enfance, je Le vois, dans ces moments de répit que te laissait Le soin de la maison, feuilletant de beaux livres, les annotant, les commentant devant nous, y puisant de ces Pensées dont tu te faisais un aliment infiniment exquis et délicat.
Ou bien, quand les soucis du ménage avaient pris toute la journée, tu lisais, Le soir, près de nos berceaux ; et je sais que tu Prolongeais parfois, bien avant dans la nuil, Les veilles studieuses.
Même chargée d'ans, comme tu es, les meilleures heures pour toi— après tes entretiens avec Dieu et les épanchements avec nous — sont encore celles que tu peux consacrer à Les auteurs favoris ou à quelque nouvel ouvrage.
En t'offrant aujourd'hui, Ô m@ mère, ces nombreuses écritures, j ai conscience d accomplir un devoir très doux. Puisque je tiens de toi l'amour des choses de la pensée, n'est-il pas fuste que tu recueilles ce que cet amour a pu m'inspirer el me dicter ?
Accepte donc cette gerbe fraîche, que j'ai moissonnée loin de ton regard, maïs en songeant à loi. — Je Le la dédie dans un Drofond sentiment de gratitude, et en y mettant le plus tendre et le plus filial baiser.
Henri
Hauwthorne (New- Vork), I" septembre 1909
Le journalisme américain