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ETTE chose, éminemment ondoyante et diverse, qui s’appelle une civilisation, le caractère essentiel, l'âme d’un peuple, se révèle, s'exprime de bien des façons, et, par exemple, dans le style de ses monuments, Ainsi, il ne faut pas au voyageur européen, qui débarque à New-York, une si grande acuité d'observation, pour deviuer, rien qu’à voir les étranges et gigantesques constructions qui surgissent de toutes parts, les notes dominantes de la civilisation américaine, tout ce qu’elle a d’impulsif, d’énergique, de violent, de Presque brutal, et aussi de grandeur antique, romaine, dirait M. Edouard Rod !, Un simple coup d'œil sur tous ces édifices, où l’on chercherait en vain la finesse et la mesure, donne l'impression très forte que l'on est moins loin encore de l’Europe dans l’espace, que par les formes de vie, si différentes de celles de 1à bas, plus libres et aussi plus incohérentes, plus hardies, plus âpres, plus inquiètes, sans un grain d’atticisme, Toutefois, il y a quelque chose qui, mieux que les monu-
1. Voir dans son roman « L'ombre s'étend sur la montagne » une fine analyse de la haute société américaine,
ments, nous donne l'idée adéquate de ce qu'est la grande nation américaine, en reflète Plus fidèlement les aspirations et les tendances.
Une civilisation est nécessairement évolutive. Ce n'est Pas une forme cristallisée, mais vivante, et Par conséquent sujette à la Joi essentielle de la vie, qui est le mouvement. Elle Change, subit des influences qui l’altèrent dans ses parties contingentes, Passe par une multitude de sensations qui laissent en elle des Faite des qualités et des défauts de millions d'âmes dont elle offre la synthèse, elle participe à leurs infinies varia-
Cela est vrai des vieilles civilisations, orientales ou européennes, de celles qui paraissent le plus fortement et Je plus solidement assises, Cela est vrai surtout, je pense, de la civilisation américaine, qui est jeune, encore en voie de formation, "Xubérante de forces vives.
En 1808, peu après son retour des Etats-Unis, Brunetière écrivait un bel article qu’il intitulait: « Za genèse d'une
Patrie» 1, Cette patrie, dont il avait Pu observer de près l’éclosion vertigineuse, et aux destinées de laquelle il devait s'intéresser jusqu’à la fin, serait-elle sortie, au cours de ces dix dernières années, de la période génésique, pour inau. &urer la saison proche de a maturité ? Il nous semble, au contraire, qu’elle est toujours dans un « perpétuel devenir. »