Cant. II, ro et seq. IV
tapisseries artistement et amoureusement ouvrées! », — m'était autre que le Christ.
— Mystère que cette union éternelle de Jésus avec-une créature d'élection, — cette assomption d’une âme au rang supérieur d'épouse du Verbe Immaculé, — mystère éblouissant, à force de blancheur! O noces ineffables de l’Agneau Divin avec telle ou telle fille des hommes, comme vous dépassez infiniment les réalités terrestres! Et, comme il faut être pur soi-même, pour comprendre quelque chose à votre nature, toute en ténuités et en clartés!
Et donc, Très Révérende Mère, — à peine le Christ Jésus, séduit par la transparence extrême de votre âme d'enfant, vous avait-Il fait entendre sa pressante invitation, que vous Lui répondiez, avec ferveur, dans toute la grâce naïve de vos seize ans: « Ægo dilecto meo. » — « Je suis à mon bien-aimé. » — « Dilectus meus mihi, et ego illi» «Mon bien-aimé est à moi, et je suis à Lui. » — « 7rake me post te.» « Entraîne-moi après toi. »
Après toi, dans les champs de lys où tu aimes à paître, gui pascitur inter lilia ; — après toi, dans les jardins où tu cultives de grandes fleurs merveilleuses ; nous y verrons si la vigne pousse, si la fleur s'ouvre, si les grenadiers fleufissent, s2 #oruit vinea, si flores fructus parturiunt, si foruerunt mala punica ; après toi, au parterre d’aromates, in hortum suum ad areolam aromatum ; — après toi, vers la montagne de la mythe et vers la colline de l’encens,
1 Ferculum fecit sibi Rex... de lignis Libani. Columnas ejus fecit argenteas, reclimætorium amreum, ascensum purpureum snedia carilate. Cant. III, 8-10.
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vadam ad montem myrrkæ et ad collem thuris. Oui, oui, Ô bien-aimé, domec aspiret dies et inclinentur umbraæ, jusqu'à ce que luise le jour sans déclin et que les ombres de la terre se dissipent, je veux te suivre dans toutes tes voies, étranges et adorables, courir à l'odeur de tes parfums.
Trake me post te : CUrreMus 1n odorem unguentorum éuorum.
— Car Jésus, est, en effet, un époux très particulier. Et il exige, de sa fiancée, des choses rares.
— Veut-on savoir, au juste, quel Il est, cet Epoux divin, —ses goûts, ses attributs, ses habitudes, — et ce qu’il attend, par conséquent, de l'âme à laquelle il daigne s'unir? Ecou-
tons. C'est la fiancée qui parle, — ]a fiancée idéale, — prototype, exemplaire éternel de toutes les autres :
Mon bien-aimé est blanc et vermeil :
Il se distingue entre dix mille.
Sa tête est de l'or pur, Ses yeux sont comme des colombes Au bord des ruisseaux Se baignant dans le lait.
Ses joues sont comme un parterre d'aromates,
Une couche de plamtes odorantes, Ses lèvres sont des lis
D'où découle 1a myrrhe.
Ses mains sont des amneaux d'or Garnis de chrysolithes Son palais n’est que douceur, Et toute sa personne est charmante.
Il se nourrit parmi les lis... :
Que peut donc vouloir dire cette poésie infiniment sa-
Voureuse ? — Ah! le symbolisme en est, à la fois, transcen-
———— r. Cant. I. 10 et seq. et VI. 3.
dant et limpide. Sous cette forme si neuve, et d’un lyrisme si frais, se cachent des réalités profondes. ‘Toutes ces images embaumées siguifient que le Christ Jésus est la pureté par essence, et qu’au moment de sa passion, de son «mystère,» coisme parle Pascal, cette fleur immaculée, sans rien perdre & sa candeur, s'est empourprée dans des flots de sang. Candidus et rubicundus ; elles signifient que sa doctrine fut toute de charité, d'amour, que l'amour inspira toutes ses actions, caput ejus aurum optimum, manus illius tornatiles, aureæ ; —elles signifient que ses lèvres ne s’ouvrirent jamais que pour prêcher l'innocence de la vie et la mortifcation des sens, /abia ejus liia, distillantia myrrham primam ; — elles signifient, enfin, qu’il a pratiqué la simplicité et la douceur et les vertus les plus exquises, ocuds ejus sicut columbæ, et qu’Il fait ses délices d’habiter dans les âmes blanches, pascitur inter lilia.
— Voilà, oui, voilà la clef de cet adorable cantique, qui est certainement le plus beau joyau de tous nos livres Saints. Voilà les qualités essentielles de l’Epoux divin. Et voilà aussi ce qu’I1 demande de l’âme qu’Il se choisit pour fiancée, qu’Il appelle aux embrassements et aux extases de ses noces spirituelles.
— Or, Très Révérende Mère, comment avez-vous répondu à l'invitation divine? Et qu’avez-vous fait, vous, fiancée de l’Agneau, pour vous assimiler à votre idéal ? — Laissez-nous effleurer, du moins, ces délicatesses, et respirer un peu l’arôme de vos vertus.
— Le Bien-Aimé est blanc, Il est immaculé, ses lèvres sont des lys, Il se plaît à cuefllir des lys. —
Et vous, sa fiancée, — afin de vous conformer à Lui et de
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Lui être agréable, — votre premier soin a été de mettre les lys de votre virginité à l'abri de toute atteinte. Et l’on Vous a vue, alors, les transplanter dans ce « jardin fermé » que l’on appelle le cloître, les confier précisément à cet Ordre, qui a été nommé « l'Ordre-des-lys », — sans doute à cause de la tunique blanche dont il revêt ses élus, — mais surtout à cause de la virginité qui a brillé dans son Fondateur et dans ses saints les plus illustres, et du culte tout spécial qu’on y rend à la Vierge Marie, — Mère de la pureté.
— Là, dans le préau mystique, sous le seul regard de Dieu et des anges, — quelle jalousie n’avez-vous pas apporté à affiner votre candeur native, et à faire resplendir, d’un éclat toujours plus ferme et plus discret, la blancheur satinée de votre vertu !
— L'on a dit, d’un écrivain célèbre, que, sur le berceau de son enfant, il fut pris comme d’une « folie de blancheur » !,—— Là, devant ces langes frais et purs, en face de cette petite âme plus fraîche et plus pure encore à peine voilée d’un peu de chair, — un rêve de choses immaculées commença d’obséder l'esprit du poète, et devait le suivre tout le long de sa carrière de dramaturge.
Sainte « folie de blancheur *, apparentée à la « folie de la Croix », — je sais une âme qui en fut éprise, dès le berceau de sa vie religieuse, et qui, sous l’empire de ce sentiment, en arriva à dompter tellement ses facultés physiques, à tel. lement les imprégner de spiritualisme, qu’elle les a rendues
1. Edmond Rostand, à propos de Henri de Bornier dans son discours de réception à l'Académie Française.
absolument dociles à la loi de perfection, diaphanes, et comme impondérables.
— Cette âme, ma Mère, la connaissez-vous, et pouvezvous me dire son nom ?
— La tête du Bien-Aimé est un or très pur, ses mains sont des anneaux d’or. Et l'or, en style scriptural et liturgique, figure l'amour qui embrasait le cœur de Jésus. —
— Et vous, sa fiancée, — afin de Lui prouver combien vous L'aimiez aussi, — vous vous êtes donnée à Lui sans réserve.
— « Il n’y a pas de plus grande preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Or, votre vie, vous l'avez offerte en holocauste sur l'autel du Seigneur. Les vœux de religion ont été l'acte d'immolation par lequel vous êtes devenue victime sainte. Cet acte accompli, il ne restait plus rien de vous qui n’appartint à l’'Epoux Céleste, rien qui ne fût sa chose, sa propriété, en droit et en honneur.
— Consacrée à Dieu par le plus parfait amour, — c'était encore l’aimer que de vous dévouer au service du prochain, dans l'œuvre de l'éducation. A vos doigts « brillait un anneau d’or », — c'est-à-dire que vous vous êtes charitablement dépensée pour le bien, moral et intellectuel, de nombreuses générations d'enfants, qui vous doivent, avec la lumière que vous avez versée sur leur esprit, la formation, plus importante, de leur cœur, le façonnement de leur volonté aux vertus chrétiennes.
— Le Bien-Aimé est wermeil. Au soir de son agonie, I1 pouvait dire, em wérité: « ma tête est chargée de rosée,
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LA FIANCÉE MYSTIQUE [ 27x
et les boucles defmes cheveux sont pleines des gouttes de la nuit »1, Quelle rosée mystérieuse! Ah! non, rien qui ressemblât à ces diamants frais, qui, dans l'ombre où la nature se recueille et se renouvelle, viennent se poser sur les herbes, se sertir en la verdeur des feuilles, s'enchâsser dans l'écrin soyeux des calices ; mais des perles rouges, des gouttes de sang. Et ce sang généreux, Jésus nous en apparaîtra tout empourpré dans sa Passion, dans sa marche
vers la « montagne de Ja myrrhe et vers la colline de l'encens. »
— Et vous, sa fiancée, — afin de Lui plaire, — vous avez embrassé une vie dure, pénitente. Jamais on ne vous a vue vous relâcher de ces observances claustrales, si propres à crucifier la chair. Et, comme si les mortifications de la vie religieuse ne vous eussent pas suffi, une santé débile, chancelante, est venue vous tourmenter encore, faire de votre existence un réel martyre. Oui vraiment, «de vos doigts a distillé la myrrhe du sacrifice. »
— Mais, ce qui vous a rendue épouse « vermeille », C’est ce travail intérieur, par lequel vous êtes efforcée de vous vaincre vous-même, de faire mourir votre nature. Quelle Constance avez-vous mise À vous mortifier ainsi, dans tout ce qui est naturel, tout ce qui est humain, pour vous perdre, vous fondre en la personne du Christ, vous assimiler parfaitement à Lui! Et cela, — ce sacrifice perinanent, est la Pourpre sublime, qui s’harmonise si bien avec votre parnre de vierge, et dont la draperie sanglante achève de vous