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primitifs revit en plus subtile et plus savante exécution : — tout l’art d’un Michel-Ange revit en piété.
Ce type est transcendant ; il a juste assez du caractère sémitique. Le particulariser davantage eut été une faute. 11 fallait, tout en le situant dans une race, dans sa race, lui donner cette allure ouverte et souveraine, qui permette à toutes les portions d'humanité de se réclamer de Lui, de voir en lui le plus magnifique rejeton de l'espèce entière.
Ce type est éternel: par delà la forme visible, l’on devine l’Infinie Nature. La substance lumineuse sature de clarté le fragile être de chair sous lequel elle se dérobe, le pénètre de sa vertu.
— O sculpteur, — ce merveilleux profil, fruit de ton inspiration la plus haute et de ta solide croyance, évocation, la plus complète que je sache, de « la Beauté toujours ancienne et toujours nouvelle », — éveille en mon âme un sentiment qui surpasse tous les autres : il l’'émeut d'amour pour le Christ Jésus, retrempe sa foi, fait jaillir en elle les sources de l’adoration divine...
Dis-moi, Ô maître, — pouvais-tu donc rêver d’une meilleure gloire ?...
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on, la à Fall-River (Bowenville} le 8 novembre 1908 me un
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Mes chers amis
Un phénomène que, pour ma part, je désespè-= de pou. voir jamais bien m'expliquer, c’est qu’on puisse passer sa: vie sans lire, et non seulement sans lire, mais sans en avoir même le goût et le désir, sans regretter aucunement que les nécessités de l'existence ne vous en laissent pas davantage le loisir, ne vous en fournissent pas plus souvent l’occasion.
Car, il y a deux choses certaines, en nos milieux surtout, — d’abord, que beaucoup ne lisent pas, et qu’ils ne lisent pas, moins parce que leurs occupations les en empêchent, que parce qu’ils n’en éprouvent pas la plus légère envie. Cela ne leur dit absolument rien, la lecture. Et qui sait même si plusieurs ne vont pas jusqu’à s’imaginer, jusqu’à penser, par devers eux, que c’est bien perdre son temps que de l’employer à cela ?— A quoi bon se procurer: des livres? A quoi bon chercher à s’en assimiler la sub. stance? A quoi cela mène-t-il ? N'y at-il pas, dans lemonde, mille autres choses plus importantes à faire ?
Voilà le raisonnement secret de bien des personnes, non pas seulement parmi le peuple, mais chez les professionnels, chez des hommes qu’on pourrait supposer initiés aux mystères joyeux, aux délices de la vie livresque, pénétrés de l'importance de ila lecture et de l'étude, pour l'avenir des individus comme pour celui des sociétés.
Mes chers amis, — je suis bien assuré qu’une pareille disposition est loin de vos esprits, et qu’au contraire vous aimez à charmer vos heures libres par la fréquentation des bons auteurs. Et, en venant, ce soir, vous parler de la lecture studieuse comme d’un devoir personnel et social, au quel nous n’avons pas le droit de nous soustraire, j'ai la certitude d’entrer dans vos pensées et de me trouver en harmonie intime avec vos sentiments.
L'homme n’est grand que par l'esprit. — Toute notre dignité vient, non certes de la matière, mais de l’intelligence. Par la matière, nous appartenons au règne animal, à l’ordre inférieur des corps. Or, à ce point de vue, — et c’est la remarque d’un scint Père, — il y a des animaux qui l’emportent sur nous en force, en souplesse, en agilité, Si l’on dit, de l’homme, qu’il est le roi de la création, ce ne peut donc être à cause de son être physique, c’est en vertu de ses facultés spirituelles.
Vous connaissez l’histoire, ou mieux le poème de sa création. Dieu se prépare à ce grand œuvre par des essais successifs.
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C’est du fond de son éternité qu'il appelle les mondes, et qu’il convoque, pour le louer, l'armée des astres du matin, selon la magnifique expression de la Bible. Mais, quand le temps lui semble venu de réaliser l’homme, ah! son Verbe, évocateur du néant, ne se contente plus de retentir en souverain dans les espaces vierges et insondables. I] se montre, il intervient, il pétrit de l’argile, la modèle en traits harmonieux, et puis, il y répand son propre souffle, il la marque de son empreinte, y infuse une Âme faite à son image et à sa ressemblance.
Cela, c'est un poème, ai-je dit, — et le plus divin de tous! Comme il chante bien l’infinie sublimité de notre origine, la transcendance de notre uature |!
Nous avons donc en nous un principe agissant et subtil, impondérable et immortel, comme l'essence même ‘ivine de laquelle il émane. (C’est par là c++ nous, .mes grands, et que nous commandons à tout l’univers …1ble. La création matérielle trouve en nous sa synthèse et son couronnement. Et les philosophes disent très bien que «l'âme est la forme du COTPS, »— non seulement en ce sens que le corps lui doit le mouvement et la vie, mais en ce qu'elle en fait tout le charme et la beauté, Si notre œil a de l’éclat et de la profondeur, notre voix d’exquises modulations, notre physionomie tant de mobilité et de finesse expressive, notre attitude générale une noblesse si particulière, et tellement distinctive du reste de la nature maté. rielle, cela vient uniquement de l'âme.
Or, cette essence précieuse, qui se subdivise en deux facultés maîtresses, — intelligence et volonté, esprit et aMOUr, — que demande-t-elle de nous ? Quels devoirs nous
240 j ESSAIS ET CONFÉRENCES
impose-t-elle? Et, pour m'en tenir à celle de ses faculté: qui se nomme l'intelligence ou l'esprit, quelles peuven: être les aspirations de l'intelligence? Quels sont les droit: de l'esprit? Et qu'exige-t-il de nous? — Est-ce Victo: Hugo, est-ce Lamartine, est-ce Sully-Prudhomme ? Je ne me souviens plus. Mais je sais qu’un grand poète, dans une de ses plus jolies méditations, interpelle de la sorte une étoile du ciel :
Doux rayon d'un globe de flamme, Charmant rayon, que me veux-tu ?
Eh ! bien, ce rayon, qui nous tombe, en ligne directe, de 1 lumière inaccessible où Dieu habite, et qui est notre esprit, — que peut-il donc nous vouloir ?
Il est de la nature d’une faculté d’être faite pour ur objet, vers lequel elle tend comme vers ce qui la perfection: nera. Ainsi, cette faculté, qui se nomme visuelle, ou le regard, est faite pour saisir les couleurs et les formes. Cette autre faculté, qui s'appelle l’ouie, est faite pour per: cevoir les sons. Ainsi de suite. Et nos facultés ne nous ont pas été données pour rester oisives. Au contraire, elles veulent se mouvoir, s'exercer, chacune dans la sphère qui lui est propre ; elles aspirent à réaliser les actes pour lesquels elles ont, précisément, une aptitude innée.
Notre intelligence, faculté immatérielle, a donc nécessairement son objet, qui ne peut être que l’intelligible, le compréhensible. Or, pour descendre de ces sphères un peu abstraites, pour sortir des formules philosophiques, — notre esprit est créé pour la vérité et pour la beauté, son domaine
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est celui de la science et de l'art, il veut connaître, Il demande à être continuellement perfectionné par des actes qui soient la mise en exercice de son aptitude à connaître, qui le constitue essentiellement. En d’autres termes, notre intelligence appelle la culture, — une culture plus ou moins intensive, suivant les conditions de notre état de vie, et tant de circonstances dont il faut évidemment tenir compte, mais la culture.
C'est Aristote qui dit du cerveau de l'enfant qu'il est tabula rasa, comme une table rasé, une table sur laquelle il n’y a rien, aucun objet n’a encore été posé. Mais cette table est destinée à recevoir quelque chose, c’est-à-dire à s'enrichir de pensées, de Connaissances, À s’orner de ces reflets immatériels, qui sont tout ce qui resie des essences, après qu'une opération mystériense les a dépouiliées de leur forme sensible, Ce serait mal à nous de vouloir détourner nos facultés corporelles de leur objet naturel, de les empêcher de se mouvoir dans leur légitime sphère d’action, et de se parfaire par l'exercice. Il Je serait bien davantage de ne pas s'occuper de son intelligence pour la cultiver, l’assouplir, l’étendre, la féconder, et de lui fermer ces régions sereines de la Connaissance, où elle peut seulement se satisfaire. Mais ce serait comme un suicide dans l’ordre de l'esprit. Puisque nous ne Pourrions, sans faute, refuser à nos puissances inférieures de leur laisser accom-
plir toute la série d'actes destinés à les accroître et à les perfectionner humainement, à combien plus forte raison nous est-il défendu de laisser notre intelligence croupir dans l'ignorance ; tâtonner dans les ténèbres, elle qui nous
fait ce que nous sommes et de qui nous tirons toute votre
dignité. Quelle erreur ce serait de refouler ses aspirations ardentes vers la vérité et vers la beauté!
Goethe mourant s'écriait: «Plus de lumière !»— Ces 1à le cri éternel de l'âme humaine. Elle est curieuse de voir, elle soupire après le plein jour de la pensée. Son re gard veut embrasser des horizons aturés de clartés. Le ombres lui répugnent. Elle-même est un rayon détach du soleil Infini, et sa substance lumineuse aspire à se dila ter et à s'épanouir dans une atmosphère tout embrasé d'étincellements.
Or, où se trouve-t-elle donc, la vérité métaphysique morale ou esthétique, qui est l’objet de notre intelligence Et qui la lui dispensera? Notre esprit veut connaîtr comme notre œil voir, et nos oreilles entendre. Or, ve: qui ou vers quoi se tournera-t-il pour apaiser son tourmet de vérité et de beauté? — Vous a-t-on jamais cité la parol si émouvante du pre ‘ïète Jérémie : « Parvuli Detierur panem.— Les petits enfant ont demandé du pain » ? — L petits enfants, c’est la multitude des intelligences, et pain qu'elles réclament est ce pain supersubstantiel, l’al ment supérieur et incorruptible du verbe, de la pensé Où estil? L'essence cérébrale dont nous voulons no nourrir, où la chercher ?
Vous vous souvenez du mot fameux par lequel le Pè Lacordaire ouvrait ses conférences de Notre-Dame de Pari « L'homme est un être enseigné. » Celaest très vrai. M: cela ne signifie pas que l’enseignement doive être uniqt ment et nécessairement oral. Sans doute, il nous vie! d’abord et ordinairement, par les lèvres d’un professe
irations
— C'est ieuse de
Son reés. Les
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onnaître, Or, vers tourment la parole petierunt »? — Les es, et le iel, l’alia pensée.
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rai. Mais e uniqueous vient, professeur.
Et nous restons soumis, plus ou moins longtemps, à la tra. dition orale, Le maître est, pour les jeunes intelligences, l'intermédiaire naturel de l’idée, sa parole nous dispense l'instruction et l'adapte graduellement à notre capacité réceptive.
Mais le jour arrive où l'esprit, prenant conscience de sa force, sort de tutelle. Et, il ne peut, toutefois, se suffire à lui-même. Qui donc remplacera auprès de lui le maître disparu? De qui lui viendra l'aliment spirituel dont il ne peut se passer sous peine de languir et de décroître ?— Et d'ail. leurs, le professeur même, mais où Puise-til la matière de son enseignement ? Dans quoi prépare.t.il ses cours ? Qui lui fournit la substance que son cerveau élabore et s’assi. mile pour la transmettre ensuite à ses élèves ? I1 n’invente pas toutes ses idées. Quelques-unes Peuvent lui être personnelles, lui appartenir en Propre. Mais ses intuitions les plus neuves lu: ont été suggérées, ses déductions les plus hardies ont leur source dans des notions empruntées. Qui donc l’inspire, lui aussi ? Qui? —
Ah! la réponse est toute prête. Aussi bien, vous l'avez devinée déjà, il me semble, vos lèvres.
Oui, le principe de toute Connaissance, la source de tout enseignement, c’est le livre. La tradition orale, qui nous est donnée dans les classes, est à base d'écriture, repose sur le livre, A la rigueur, on ‘Peut se passer d’un professeur, Et, il y a de ces savants qu’on appelle des «autodidactes », qui se sont instruits eux-mêmes, sans le "secours d'aucun pédagogue. Et le maître n’est jamais, d’ailieurs, qu’un ini. tiateur ; il nous ouvre les voies de la pensée: il :1ous forme à
et je crois la voir voltiger sur
certaines méthodes et guide nos premiers pas dans le sentier de la science, pour nous laisser ensuite continuer seuls notre marche, libres de porter où nous voulons nos recherches.
Que si l’on peut arriver à posséder une science, réelle et profonde, sans l’aide d’un intermédiaire humain, cela seraitil possible sans le livre? Absolument pas. Le livre est essentiel dans l'œuvre de la connaissance. C'est sur lui qne tout est assis. Rien ne le supplée, tandis qu'il supplée aux maîtres les plus éminents. 11 renferme la science.
Ouvrez-les donc, ces bouquins plus ou moins jaunis, et respirez le parfum fortifiant qui s'en dégage. C’est là que l'esprit humain est venu, d'âge en âge, consigner ses découvertes et inscrire ses conquêtes ; — là que les penseurs ont fixé leurs visions sur le monde et sur la vie, et qu’un Pascal, par exemple, a laissé, dans tous les ordres de vérités, de ces formules définitives que M. Emile Faguet appelle si bien des « mots d’éternité » ; là que les poètes ont modulé leurs chants les plus divins, ciselé en beauté leurs rêves les plus fugitifs et les plus idéals;—1à que tant d'artistes, follement épris de la forme, ont dessiné les plus capricieuses arabesques verbales, infiniment berceuses. Le livre c'est l’histoire, la science, la physique, la philosophie, le livre, c'est l'esthétique. Tout l’apport, toutes les contributions des siècles au grand fond de la connaissance humaine, sont concentrés là.
Et c’est pourquoi, à un moment critique de l’histoire, les moines du moyen-âge ont rendu à l'humanité un service absolument inappréciable. Quand l’Europe entière était balayée pas les barbares, qui sabraient tout sur leur passage, qui incendiaient tout, qui voulaient détruire toute
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civilisation, tout vestige d’art et de savoir, — qui donc a sauvé le livre de la ruine ? Qui? Ah! Enfermés dans leurs monastères, qui étaient en même temps des forteresses, — les moines copiaient et recopiaient les manuscrits antiques, et préparaient silencieusement la transmission de la pensée grecque et romaine aux âges à venir. Que leur geste fut beau et qu’il fut sauveur! Sans eux, le monde retournait à la barbarie primitive. Les moines ont conservé et alimenté le feu sacré du génie à l'intérieur de leurs cloîtres. En
sauvant le livre, ils ont sauvé la culture, la civilisation, ils
ont sauvé l'humanité. Gloire à eux!
Mes ehers amis,— la conclusion à tous nos raisonnements s'impose, et la voici :
Puisque notre intelligence est faite pour connaître la vérité et la beauté, et que la vérité et la beauté sont conte. nues dans le livre, que le livre les exprime sous leurs aspects divers, en représente toutes les modalités, — c'est là, et non pas ailleurs, qu’il faut aller les chercher. En d’autres termes plus concrets, c’est dans la lecture et dans l'étude que l’esprit rencontre son objet, et puise le seul aliment qui puisse le satisfaire. On ne s’instruit Pas en regardant le ciel, ou en rêvant à la lune. On n’acquiert des notions solides qu’en fréquentant les bons auteurs. 11 ne suffit pas de les effleurer de l’œil, il faut les pénétrer, s’assimiler lentement leur substance. Songez que M. Jules Lemaître, pour un, avouait
candidement, l'an dernier,'dans Ja première de ses merveilleuses conférences sur Jean Racine, qu’il avait lu cet auteur plus de cent fois. Quel exemple! Qui ne lit pas reste ignotant, c’est fatal, Or, rester ignorant, c’est manquer À un de-
DANONE
voir humain que je considère comme essentiel, puisque c'es empêcher l'intelligence d'atteindre sa fin, ou sa perfection La perfection d'une puissance, c'est de passer à l'acte. L, perfection de la puissance intellectuelle, c'est donc l’acts d'intelligence, — Plus un esprit s'orne de connaissances plus il est actif, plus il se perfectionne par conséquent mieux il atteint sa fin. Et j'ajouterai aussi: plus il es humain, c'est-à-dire mieux il réalise l'idéal de notre nature
Les Romains, précisément, ont inventé un mot profon pour désigner les Belles-Lettres, ils ont dit: //wmantore. ditteræ, Comme cela est riche de sens! Les « lettres plu: humaines », c’est-à-dire qui font, qui rendent plus humain Et c’est le rôle de la culture intellectuelle, bien comprise e bien pratiquée, de nous faire approcher de plus près, e comme étreindre, la forme exemplaire de l’homme parfait Or, chacun ne doit-il pas avoir à cœur de se modeler d'a près le plus haut type de notre espèce? La lecture sérieus et studieuse nous y aidera. (C’est une erreur de croire qu les dons naturels suffisent à tout, et qu'un esprit brillan trouve ses ressources en lui-même. Quelles que soient 1: force et l'étendue de notre intelligence, elle ne donner: aucun fruit, ne produira aucune moisson, si elle n'est cul tivée et fécondée par la lecture. La plus riche terre de meure stérile, si on ne la retourne et on ne la sème et on n l'irrigue. Et l'esprit le mieux doué, s’il est laissé à lui même, n’opèrera jamais rien qui vaille.
Fénelon avait certes, un très grand talent. Et voyez-le cependant, consacrer tout son temps à l'étude, et, mêm dans ses visites pastorales, emporter quelque livre, qu'i lisait et annotait en cours de route. — Bossuet avait di
que c'est rfection, cte. La ic l'acte issances, séquent, us il est » nature, profond naniores res plus humain.
nprise et près, et parfait.
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voyez-le, t, même re, qu'il avait du
génie. Mais, comme, ce principe naturel, il l'a developpé Par un travail immense! Bossuet a lu érormément. Et
Ozanam a dit très bien, que, sous chaque phrase de Bossuet, il y a un monde de science. — Napoléon avait du génie. Et certes, son intelligence supérieure ne resta pas inactive, Loin de là! A l’âge où d’autres commencent à peine leur carrière spirituelle, Napoléon avait déjà lu, et mis en fiches, des bibliothèques entières, Et l'on conserve, à Florence, je crois, les monceaux de notes qu’il avait prises de ses lectures, Cela indique un labeur effrayant, Avant de devenir, selon la belle expression d'Albert Sorel, « le plus merveilleux des essayistes *, et précisément pour se préparer à l’être, Napoléon avait pris contact avec tous les maîtres de la pensée, avait pénétré dans l'essence de leurs œuvres. — Non, ni Fénelon, ni Bossuet, ni Napoléon n’eussent tant brillé et tant produit, s'ils ne se fussent donné une lecture aussi considérable, s'ils n’eussent aiguillonné Jeur beau génie par la Contemplation, la fréquentation assidue des modèles que nous ont légués les siècles.
Je pourrais multiplier à l'infini les exemples. Mais cela est-il nécessaire ?— ]1 me semble que nous voici suffisamment persuadés tous de la place qu’il faut donner à la lecture dans l’organisation de notre vie. Sans la lecture, pas de culture intellectuelle, et sans culture intellectuelle, pas de vraie civilisation. Or, là où la civilisation ne règne pas, c’est la prépondérance des instincts matériels, la pré. dominance des éléments inférieurs de uotre nature, La culture installe l’ordre, établit tout conformément à la véritable hiérarchie. Pour notre bien personnel, comme pour l'avantage de la société au milieu de laquelle nous
vivons, donnons à notre intelligence son pain, son aliment. N'allons pas rendre vaines ses aspirations si légitimes vers le beau et le vrai. Car nous serions les premiers à en souffrir personnellement, Et, au nom du progrès, la société aurait le droit de nous en faire un reproche.
Je n'ai parlé qu’en thèse générale. A chacun de faire l'application pratique de ce que j'ai dit, selon sa mesure de talent, selon les circonstances, selon les loisirs que peuvent lui laisser les nécessités de l'existence quotidienne. Mais, quels que soient nos soucis matériels, et si étrangers que soient nos travaux ordinaires aux préoccupations d'ordre intellectuel, nous pouvons, en donnant régulièrement chaque jour seulement quelques minutes à l'esprit, à la pensée, nous procurer une culture suffisante. Aimons les livres, revenons-y, tous les soirs, notre labeur fini, comme, après une marche dans le désert, où il a supporté le poids de la chaleur et du jour, le voyageur, trouvant enfin une oasis, s’y asseoit pour y goûter le repos, la fraîcheur, y savourer le rêve.
Pas plus tard que dimanche dernier, jai été témoin d’un spectacle qui m'a frappé, et que je m'étais bien promis de vous signaler.
Je marchais aux abords de notre couvent, quand je vis venir un vieillard, — un homme du peuple, — aux cheveux tout blancs, à la figure jaunie et ridée, mais au regard singulièrement vif et expressif. Il avait à la main un livre, et se dirigeait du côté de notre bibliothèque paroissiale, Or, ce volume, qu'il se préparait à échanger contre un
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autre, il le feuilletait encore, il en lisait certains passages : On aurait dit qu'il voulait, jusqu’au dernier moment, en jouir, bien se pénétrer de sa substance, s'imprégner de sa moelle,
C'était beau, — ce souci d’intellectualisme, chez ce vieillard; je trouvais cet exeruple suggestif, j'en admirais la rare et spirituelle harmonie, Et je me disais: « Ah! pour peu que les jeunes voulussent bien faire de même, — ce que
nous réaliserions, en dix ans, de progrès, ce que nous étendrions, en ces milieux, notre influence! .,.»
Mes chers amis
Je vous laisse sur ce « geste » idéal. A vous de l'imiter.
Notre Seigneur Jésus-Christ ne s’est pas contenté de précher à ses disciples la nécessité absolue de la prière, mais encore il leur a appris comment il fallait prier.
La prière est, en effet, l’acte religieux par excellence. Vous connaissez la définition qu’en donne le catéchisme, et qui n’est que la traduction de la parole magnifique d’un saint Père : « oratio est ascensio intellectus in Deum », la prière est une élévation de l’âme vers Dieu, une ascension de l'intelligence jusqu’au cœur de la lumière inaccessible où Dieu habite. Et saint Denys l’Aréopagite a aussi caractérisé cet acte d’un mot qui nous en peint bien la majesté : il dit que, lorsque nous prions, Dieu se dévoile à nous, et que nous sommes mis en sa présence, et que nous lui parlons face à face, « reve/ata mente adsumus ipsi. »
Certes, c’est un privilège éminemment consolant que de- Pouvoir ainsi, à notre gré, être admis à l’audience du Maître Souvercin du ciel et de la terre, et l'intéresser aux choses de notre vie. Mais la grandeur même du personnage auquel nous nous adressons nous impose des devoirs de tenue, d’attitude, et j'allais dire d'étiquette, auxquels Nous ne saurions manquer sans rendre vaiies nos supplica--
tions, et sans risquer même d'encourir sa disgrâce. L’act immense de la prière ne produit des fruits que s’il est a compli dans certaines conditions et revêtu des qualités qi lui sont essentielles. L’Evangile en indique plusieur Nous nous arrêterons à celles qui nous paraissent être 1
principales.
Et d’abord, la prière doit être humble.
Qu'est-ce que prier, si ce n’est demander ? Et M# Gerb: a très bien dit de la prière que « c'est le cri d’une indigen qui espère.» Or, l'indigent a sans doute le droit de tend la main et de demander l’aumône. Mais ne faut-il p aussi qu’il ait conscience de sa misère et qu’il s’en humilis Que diriez-vous d’un malheureux qui viendrait vous tend la main d’un air arrogant et en levant nn front superbe Le pauvre doit garder l'humilité essentielle à sa conditio et, non seulement reconnaître sa détresse, mais encore qj celui auquel il s'adresse est capable de l’en tirer.
Voilà bien l’état d'âme qu’il faut apporter à cet acte important de la prière: le sentiment, la conviction de not néant: que sommes-nous, en vérité? Tenons-nous de not mêmes la vie? N'est-ce pas Dieu qui nous l’a donnée qui nous la conserve? N'est-ce pas sa grâce qui nous a fa ce que nous sommes, au point de vue surnaturel? Sans grâce, nous ne pouvons avoir même une bonne pensée. . alors, si nous voulons que Dieu nous continue ses faveu il faut les lui demander sans doute, mais entremêler à 2 prières l’aveu de notre propre impuissance. De même q
, L'acte ’il est acalités qui plusieurs.
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er Gerbet ndigence de tendre aut-il pas humilie ?
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s de nousdonnée et us a faits ? Sans sa ensée, Et s faveurs, êler à nos nême que
nous ne serions pas disposés à secourir un pauvre qui n’autait pas conscience de sa misère et qui ne s'en humilierait, ainsi Dieu se détourne de l'âme qui le prie, mais qui n'a pas le sentiment de sa faiblesse,
C'est bien là l'enseignement que Notre-Seigneur a voulu concrétiser dans la parabole si expressive du Pharisien et du Publicain.
Tous deux entrent dans le Temple pour prier. Le Pharisien se rend droit au sanctuaire, et 1à, debout, face à face avec l'Eternel, lui rend grâces de ce qu’il n'est pas comme les autres hommes, et se loue lui-même de son formalisme et de ses vertus. Le Publicain, au contraire, est resté à l'entrée du Temple, se regardant comme indigne de pénétrer plus avant dans la maison de Dieu. Courbé sous le poids de sa misère, il se frappe la poitrine, demande à Dieu pardon de ses fautes, et le supplie de regarder à la profondeur de son uéant. Qu'’arriva-t-il? Le Publicain s’en retourna chez lui justifié, tandis que le Pharisien n'avait réussi qu’à réveiller, Par sou attitude orgueilleuse, la colère céleste.
Cette parabole, tombée des lèvres du Verbe fait chair, ne nous permet pas de douter que l'humilité soit une qualité essentielle à la prière. Dieu secourt les âmes qui se dé. pouillent de toute vaine prétention et qui s’abiment devant lui dans la conscience de leur néant. Ces âmes lui plaisent, non seulement parce qu’elles lui font l’aveu de leur néant, mais encore parce qu’elles reconnaissent que de Lui seul peuvent leur venir le salut, la Cousolation et la vie. Elles trouvent, dans leur humilité, des accents qui vont jusqu'à son cœur. Et ce cœur s'ouvre, sa pitié se laisse fléchir, sa générosité s’épanche à larges flots. Et il n’est pas de grâce
qu'il ne soit prêt à leur accorder, pas de plaie morale qu' ne veuille guérir, pas de misère si profonde qu’il ne se plais à combler.
Ouvrez l'Évangile. La plupart des miracles que 1 Christ-Jésus a opérés, n’ont-ils pas été le fruit de prière faites avec componction ? Pourquoi a-t-il guéri le fils di Centurion, sinon parce que ce ernier s'était reconnu indi gne de le posséder, Lui, Verbe Incarné, dans sa maison, e lui avait humblement confessé sa misère, et sa foi en s puissance infinie? Et pourquoi a-t-il guéri la fille de 1 Chananéenne, sinon parce que celle-ci s'était proclamée 1: dernière des femmes, et avait accepté de bon cœur l’épreuv qu'il avait imposée à son humilité et à sa confiance? E ainsi du reste.
Notre Seigneur s’est toujours laissé toucher par les sup plications émanant de cœurs vraiment humbles, à la foi: conscients de leur propre néant et de sa puissance divine.
— La prière doit être simple.
L'Évangile dit très bien: « molite multum loqui», quand vous priez, ne vous embarrassez pas dans un flux de paroles Car nous nous adressons à Dieu. Et Dieu est la science in finie. Il connaît tout ce qui nous regarde, tous nos besoins, toutes nos misères. A quoi bon alor: vouloir les lui détail ler par le menu, et inventer ces complications de demande: qui ne servent qu’à embrouiller l'esprit? S'il est un point sur lequel il faille « y aller bonnement avec le bon Dieu »,
ale qu'il se plaise
| que le e prières e fils du inu indiaison, et oi en sa le de la lamée la 'épreuve ace? Et
les supà la fois ivine.
, quand paroles.
jence inbesoins, 1i détailemandes in point Dieu »,
selon l'expression de S. François de Sales, c'est bien sur ce point de la prière. Et c'est une fausse mystique que celle qui expose à se perdre dans un dédale de supplications.
telle grâce en particulier. Mais l'abus serait de vouloir,
CrOyons avoir besoin,
La meilleure attitude à Prendre est de se mettre sérieuse. ment en la présence de Dieu, puis sans chercher à vouloir préciser, dans une infinité de formules, toutes les demandes que l’on a à lui adresser, le prier simplement de vouloir bien jeter un regard favorable sur la multiplicité de nos besoins etysubvenir. Ou mieux, la formule de prière à employer, dans toutes les circonstances de notre vie, quelles que soient nos peines et nos misères, est toute trouvée et indiquée, C'est Notre-Seigneur lui-même qui l’a apprise à ses disci. ples, et qui l’a léguée aux âges chrétiens comme un modèle incomparable de supplication. Je veux parler du « Notre
Ah! n’allons donc Pas tourmenter Dieu avec le détail infini de nos indigences, la longue nomenclature des faveurs variées que nous attendons de sa miséricorde, N allons Pas nous mettre l'esprit à la torture pour inventer des for-
mules rares de demandes. La Prière la plus belle, 1a plus
substantielle, 1a plus compréhensive qui soit de tous nos besoins, comme aussi la plus courte et la plus facil
e, le plus
à la portée de toutes les intelligences, la plus propre à fai impression sur le cœur de Dieu, puisqu'elle est l'œuv même de son Fils, c’est le Notre Père. O la divine formul directement et essentiellement divine! Elle dit tout, el renferme, dans sa concision, toutes les choses que no devons demander à Dieu, et elle les énonce suivant le ordre de valeur. Rien n'y est oublié de ce qui importe notre corps et à notre âme. Celui qui la récite a l'insig honneur de répéter des paroles qui ont été moulées par Fils de l'Homme, sur lesquelles il a mis l'empreinte de divinité, et auxquelles il a attaché une efficacité sou fraine.
Certes, nulle prière ne surpasse celle-ci en beauté et simplicité. Ce qui fait précisément le mérite et la gr deur de la prière du Rosaire, par exemple, c'est qu’elle u harmonieusement les deux formules d’oraison, les plus di nes qu’il y ait par leur origine et leur essence : le No Père et la Salutation Angélique. Personne n’osera prét dre que ce soit là des formules compliquées. Rien de p facile, même à des lèvres d'enfants. Et pourtant, il f bien que, sous leur simplicité, se cachent les plus merv leuses choses, puisqu'elles nous sont venues directem du ciel.
— La prière doit être constante.
Quelle est la condition du succès dans les affaires t porelles? L'intelligence, sans doute, mais peut-être sur! la volonté, la constance. Pour réussir, il faut assigni
pre à faire t l’œuvre > formule, tout, elle que nous ivant leur importe à 1 l'insigne lées par le inte de sa ité souve-
auté et en t la granu’elle unit s plus divi- : le Notre era prétenen de plus ant, il faut us merveilirectement
ffaires temêtre surtout assigner à
sou activité un but louable, et Y marcher sans s détourner Par aucun obstacle,
Il en est ainsi dans l’ordre surnaturel. Dieu finit tou: jours par récompenser ceux qui concentrent à acquérir telle ou telle vertu. Et, pour ce qui est de la Prière, en Particulier, il n’accorde ses dons qu'à ceux qui persévèrent à les lui demander, Les Actes nous disent que les Apôtres « erant perseverantes Unanimiter in oratione », persévéraient d’un seul cœur dans Ja Prière. Voilà un
’en laisser
leurs énergies
assez longtemps avant de nous accorder l’objet de nos désir
Et qui oserait lui en faire un reproche ? Nous doit-il quelque chose ? Est.il tenu de céder à nos ordres? Même s’il ne nous écoutait jamais, Pourrions-nous nous en plaindre avec justice ? Il est le Maître, Les faveurs sont absolument gratuïtes, Au
moins ses grâces, nous les tiendrions en moins haute es. time, Et aussi, il aime à éprouver notre foi, à voir jusqu'où Peut aller notre confiance en lui, notre constance à li
im- Plorer. Cesser de le prier parce qu’il ne nous exauce pas
à la première demande, serait une infidélité qui blesserait
son cœur, Au coutraire, redoubler de supplications, alo: qu'il paraît le moins les accueillir, ne jamais douter de : bonté, même alors qu'il en remet les manifestations, vol qui est de nature à l'attendrir.
Se pourrait-il qu'un Dieu, dont l'essence est toute bont ne se laissât pas toucher enfin par une constance inébra: fable à l'invoquer? L'histoire des Âmes prouve le contrain Daas cette lutte, pourtant si inégale, entre une pauvre âm humaine et Dieu, c'est Dieu qui se laisse vaincre toujour et qui accorde avec abondance ce qu'elle demande, Pou triompher des résistances divines, il faut seulement la cor stance, la persévérance dans la prière. C'est là la cond tion du succès. Qui donc oserait dire que cela dépasse se forces ?
Toute prière, pour être efficace, doit donc partir d'u sentiment profond de notre néant, et de la majesté de c Dieu à qui rien n'est impossible ; — elle doit éviter les fo: mules compliquées et rares, et s’en tenir à ces modèles s simples et si grands, que le Christ et l'Eglise nous ont af pris ; — elle doit enfin être persévérante, et d'autant plu fervente que Dieu met plus de lenteur à l'exaucer. Li: constance dans l’imploration ne reste jamais sans récom pense.
Efforçons-nous d’imprégner nos prières de ces trois quali tés essentielles, qui, seules, peuvent les rendre fructueuses
tir d'un té de ce r les forodèles si s ont apant plus cer. La s récom-
ois qualictueuses.
La Fiancée mystique
Allocution Pour le Cinquantenaire de profession religieuse de la T: R. Mère Marie Bertrand Sheridan Supérieure des Dominicaines de Fall-River
Monseigneur !
Mes Révérends Pères Et vous, ma Très Révérende Mère
Nons nous unissons à vous, ce matin, pour commémorer le mystère très auguste qui s’est accompli dans votre âme, voici justement un demi-siècle,
Ah! l’on craint presque de toucher à des réalités aussi subtiles. La main tremble au moment de lever un coin du voile sous lequel l’Esprit-Saint se plaît à abriter les opérations les plus délicates de son amour. Et je n’oserais, certes, le faire, si je n'étais bien sûr qu’un parfum d’édification, réconfortant pour nous tous, va s’exhaler de votre vie ouverte, — de votre vie consacrée par une fidélité si longue.
C'est sur la tête et sur les pieds de Jésus, que Marie- Madeleine voulut verser ce nard précieux, qu’elle avait enfermé dans un exquis vase d’albâtre. Le désir d'embaumer la chair immaculée de son Sauveur, — et de Lui prouver mp
1. Sa Grandeur Monseigneur Daniel-François Feehan, Evêque de Fall. ver.
ainsi sa gratitude et son amour, — fut seul assez fort pour décider la timide femme à cet acte, tendre et prophétique, dont on devait si peu comprendre, autour d’elle, le sens et la portée, mais que le Christ goûta tant, et dont il loua, en termes magnifiquement ciselés, l’impérissable beauté odorante.
Le vase de votre cœur et de votre vie, — souffrez, ma Très Révérende Mère, que nous en brisions aussi le cachet, sur les longs cheveux flottants et sur les pieds adorables du Fils de l'Homme. Tout ce que ce cœur renferme d’essence rare n’appartient-il pas au Divin Maître? N'est-ce pas Lui—sa vertu, sa grâce— qui a macéré le nard de grand prix dont il déborde? Venez donc le Lui offrir, le Lui rendre, —en oindre, en parfumer sa chair incorruptible, — et nous enivrer à la fois, nous-mêmes, imprégner cette Basilique de son bon arôme délicieux. Æ? domus impleta est ex odore unguenti.
Ma Très Révérende Mère
— 11 y a, de cela, longtemps, — un demi-siècle, ai-je dit tout à l’heure: grande ævi spatium, selon le mot des anciens, — période qui nous semble encore plus considérable, à nous, qui vivons si vite, et dont les années, si remplies, si intenses, comptent double, peut-être. — Vous étiez toute jeune alors, — une enfant. Et votre imagination, s’il lui arrivait de considérer l'avenir, s'y égarait, sans doute, en des rêves imprécis et roses, quand une voix, très douce, et
LA FIANCÉE MYSTIQUE [ 265 égèrement impérieux, vint
Le temps de chanter est arriy .
Æt la voix de la tourterelle Se fait entendre dans nos campagnes, Le figuier embaume ses fruits, Et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens!
Viens avec moi du Liban, ma fiancée, Viens avec moi du Liban!
Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée, Tu me ravis le cœur par l’un de tes regards.
Que de charme dans ton amour, ma fiancée | :
—Or, qui donc Proposait aimsi de cueillir votre vie dans sa fleur? Qui chantait, de façon si hæmmonieuse, si mysté. rieuse aussi, l'hymne de ses fiançailles avec votre âme toute neuve, votre âme printanière? — Ne L'a-t-on pas reconnu à je ne sais quel souffle virginal, animant cet épithalame d’une immatérielle vibration? N'est-ce pas là le cri d’un amour absolument éthéré ?
— Ah! Celui’qui vous appelait déÿà sa fiancée, qui vous offrait le titre et la qualité d’épouse, qui vous invitait à le suivre, où qu’Il allât, et vous conviait à sa couche muptiale toute semée de roses et de lys, — merveilleuse « litière faite de bois du Liban, soutenue par des colonnes d'argent, ornée d’un dossier d'or, feutrée de Coussins de pourpre, tendue de
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