‹ Essais et conférences [par] Henri d'Arles. Henri d'Arles [pseud.]Chapitre 23 sur 40 · EE PENSEUR ET L’ARTISTE · texte numérisé non relu

EE PENSEUR ET L’ARTISTE

Monsieur le Président

Mesdames et Messieurs

Il y a, dans l’évangile éternel, un mot que je ne puis me tenir de vous citer. — Aussi bien, l’évangile est toujours de mise sur les lèvres d’un prêtre, encore que ce prêtre parle du haut d’une tribune purement profane, et qu’il ne s’agisse aucunement pour lui de faire un sermon. — Il y a donc, dans l’évangile surnaturel, un mot profondément humain, empreint d’un scepticisme tout a fait «nature».

Un Galiléen vient de rencontrer Jésus, qui l’a absolument séduit, enveloppé d’un de ses longs regards, dont on s’imagine facilement le charme extraordinaire, invincible. Encore tout ébloui du rayonnement qui émanait de cette personnalité supérieure, cet homme fait part de ses impressions à l’un de ses compatriotes, et lui dit tout naïvement :

« Enfin, nous avons trouvé Celui dont les prophètes ont parlé, Jésus de Nazareth. » Et l’autre de répondre : « Mais, peut-il venir de Nazareth quelque chose de bon?»

Mesdames et Messieurs, — le scepticisme qui vibre dans cette parole antique, se répercute à travers les âges. Par un phénomène psychologique, dont on ne sait s’il n’est pas plus étrange encore que déplorable, nous sommes naturellement portés à douter du mérite, de la valeur des nôtres, de ceux qui sont nés sur le même sol et sous le même ciel que nous, qui ont dans leurs veines le même sang, dans leur esprit la même mentalité.

Et, pour préciser davantage, pour en venir immédiatement à une application particulière, — nous, Canadiens, ne sommes-nous pas un peu défiants à l’égard des productions intellectuelles de nos écrivains et de nos artistes? Ne doutons-nous pas que notre patrie d’origine ait jamais donné le jour à des penseurs et à des poètes, dont le regard se soit ouvert sur la beauté et sur la vérité, pour la chanter et la faire resplendir? N’allons-nous pas murmurant plus ou moins ouvertement le mot du Galiléen : «Peut-il venir du Canada quelque chose de bon au point de vue artistique et littéraire ? »

Mesdames et Messieurs, — si tel était, par hasard, notre sentiment, j’espère que nous en changerons, au cours de cette conférence. Car, en vous présentant, ce soir, Edmond de Nevers, comme penseur et comme artiste, c’est-à-dire en considérant en lui, d’abord l’esprit original et vigoureux, qui a su projeter de nouvelles lumières sur des problèmes ethnologiques infiniment complexes, et ensuite l’artiste, ou l’écrivain, le styliste, en étudiant, pour me servir de ses

EDMOND DE NEVERS

propres expressions, « sa virtuosité, son habileté à manier les idées et à revêtir le rêve de formes ailées », — j’espère vous prouver, me prouver à moi-même, que de notre Canada peut venir quelque chose de bon, de très bon, d’excellent, — et que l’âme canadienne-française sait, aussi bien que les autres, s’éprendre d’idéal, et le refléter en des œuvres remarquables.

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