LE PENSEUR
Mesdames et Messieurs
Un critique, je ne me souviens plus lequel, — probablement Sainte-Beuve, — a parlé de « familles d’esprits », a vu, daus le monde mystérieux des intelligences, toute une suite de catégories, à l’une ou l’autre desquelles chacune se rapporte nécessairement.
Trop évidemment, ces classifications ne peuvent avoir une rigueur géométrique. Car l’esprit est éminemment ductile, et ne saurait tenir en un cadre absolu. On l’a comparé à une flamme : il en a l’ardeur et l’éclat, et aussi les ondoiements, les sinuosités, les mobilités infiniment capricieuses, et toutefois exquises. On l’a comparé encore, et peut-être plus justement, à un souffle ; or, qu’y a-t-il de plus imprécis qu’un souffle, de plus impondérable, de plus fluctuant? — Et donc, si larges, et flexibles, et flottantes, que soient ces catégories dans lesquelles on veut ranger les intelligences, elles sont d’une utilité incontestable pour ce qui regarde la critique littéraire, en particulier. Car elles