‹ Essais et conférences [par] Henri d'Arles. Henri d'Arles [pseud.]Chapitre 32 sur 40 · Cant. I. 10 et seq. et VI · texte numérisé non relu

Cant. I. 10 et seq. et VI

dant et limpide. Sous cette forme si neuve, et d’un lyrisme si frais, se cachent des réalités profondes. Toutes ces images embaumées signifient que le Christ Jésus est la pureté par essence, et qu’au moment de sa passion, de son «mystère,» comme parle Pascal, cette fleur immaculée, sans rien perdre de sa candeur, s’est empourprée dans des flots de sang. Candidns et rubicundus ; elles signifient que sa doctrine fut toute de charité, d’amour, que l’amour inspira toutes ses actions, caput ejus aurum optimum , manus illius tornatiles , aureœ ; — elles signifient que ses lèvres ne s’ouvrirent jamais que pour prêcher l’innocence de la vie et la mortification des sens, labia ejus lilia , distillantia myrrham primam ; — elles signifient, enfin, qu’il a pratiqué la simplicité et la douceur et les vertus les plus exquises, oculi ejus sicut columbce , et qu’il fait ses délices d’habiter dans les âmes blanches, pascitur inter lilia.

— Voilà, oui, voilà la clef de cet adorable cantique, qui est certainement le plus beau joyau de tous nos livres Saints. Voilà les qualités essentielles de l’Epoux divin. Et voilà aussi ce qu’il demande de l’âme qu’il se choisit pour fiancée, qu’il appelle aux embrassements et aux extases de ses noces spirituelles.

— Or, Très Révérende Mère, comment avez-vous répondu à l’invitation divine ? Et qu’avez-vous fait, vous, fiancée de l’Agneau, pour vous assimiler à votre idéal ? — Raissez-nous effleurer, du moins, ces délicatesses, et respirer un peu l’arôme de vos vertus.

— Re Bien-Aimé est blanc, Il est immaculé, ses lèvres sont des lys, Il se plaît à cueillir des lys. —

Et vous, sa fiancée, — afin de vous conformer à Rui et de

Lui être agréable, — votre premier soin a été de mettre les lys de votre virginité à l’abri de toute atteinte. Et l’on vous a vue, alors, les transplanter dans ce « jardin fermé • que l’on appelle le cloître, les confier précisément à cet Ordre, qui a été nommé « l’Ordre-des-lys », — sans doute à cause de la tunique blanche dont il revêt ses élus, — mais surtout à cause de la virginité qui a brillé dans son Fondateur et dans ses saints les plus illustres, et du culte tout spécial qu’on y rend à la Vierge Marie, — Mère de la pureté.

— Là, dans le préau mystique, sous le seul regard de Dieu et des anges, — quelle jalousie n’avez-vous pas apporté à affiner votre candeur native, et à faire resplendir, d’un éclat toujours plus ferme et plus discret, la blancheur satinée de votre vertu !

— L’on a dit, d’un écrivain célèbre, que, sur le berceau de son enfant, il fut pris comme d’une « folie de blancheur » \ — Là, devant ces langes frais et purs, en face de cette petite âme plus fraîche et plus pure encore à peine voilée d’un peu de chair, — un rêve de choses immaculées commença d’obséder l’esprit du poète, et devait le suivre tout le long de sa carrière de dramaturge.

Sainte « folie de blancheur », apparentée à la « folie de la croix », — je sais une âme qui en fut éprise, dès le berceau de sa vie religieuse, et qui, sous l’empire de ce sentiment, en arriva à dompter tellement ses facultés physiques, à tellement les imprégner de spiritualisme, qu’elle les a rendues

1. Edmond Rostand, à propos de Henri de Bornier — dans son discours de réception à l’Académie Française.

absolument dociles à la loi de perfection, diaphanes, et comme impondérables.

— Cette âme, ma Mère, la connaissez-vous, et pouvezvous me dire son nom ?

— La tête du Bien-Aimé est un or très pur, ses mains sont des anneaux d’or. Et l’or, en style scriptural et liturgique, figure l’amour qui embrasait le cœur de Jésus. —

— Et vous, sa fiancée, — afin de Lui prouver combien vous L’aimiez aussi, — vous vous êtes dounée à Lui sans réserve.

— « Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Or, votre vie, vous l’avez offerte en holocauste sur l’autel du Seigneur. Les vœux de religion ont été l’acte d’immolation par lequel vous êtes devenue victime sainte. Cet acte accompli, il ne restait plus rien de vous qui n’appartînt à l’Epoux Céleste, rien qui ne fût sa chose, sa propriété, en droit et en honneur.

— Consacrée à Dieu par le plus parfait amour, — c’était encore l’aimer que de vous dévouer au service du prochain, dans l’œuvre de l’éducation. A vos doigts « brillait un anneau d’or », — c’est-à-dire que vous vous êtes charitablement dépensée pour le bien, moral et intellectuel, de nombreuses générations d’enfants, qui vous doivent, avec la lumière que vous avez versée sur leur esprit, la formation, plus importante, de leur cœur, le façonnement de leur volonté aux vertus chrétiennes.

— Le Bien-Aimé est vermeil. Au soir de son agonie,, Il pouvait dire, en vérité : « ma tête est chargée de rosée.

et les boucles dermes cheveux sont pleines des gouttes de la nuit » 1. Quelle rosée mystérieuse ! Ah ! non, rien qui ressemblât à ces diamants frais, qui, dans l’ombre où la nature se recueille et se renouvelle, viennent se poser sur les herbes, se sertir en la verdeur des feuilles, s’encbâsser dans l’écrin soyeux des calices ; mais des perles rouges, des gouttes de sang. Et ce sang généreux, Jésus nous en apparaîtra tout empourpré dans sa passion, dans sa marche vers la « montagne de la myrrhe et vers la colline de l’encens. »

— Et vous, sa fiancée, — afin de Eui plaire, — vous avez embrassé une vie dure, pénitente. Jamais on ne vous a vue vous relâcher de ces observances claustrales, si propres à crucifier la chair. Et, comme si les mortifications de la vie religieuse ne vous eussent pas suffi, une santé débile, chancelante, est venue vous tourmenter encore, faire de votre existence un réel martyre. Oui vraiment, «de vos doigts a distillé la myrrhe du sacrifice. »

— Mais, ce qui vous a rendue épouse « vermeille », c’est ce travail intérieur, par lequel vous êtes efforcée de vous vaincre vous-même, de faire mourir votre nature. Quelle constance avez-vous mise à vous mortifier ainsi, dans tout ce qui est naturel, tout ce qui est humain, pour vous perdre, vous fondre en la personne du Christ, vous assimiler parfaitement à Lui! Et cela, — ce sacrifice permanent, est la pourpre sublime, qui s’harmonise si bien avec votre parure de vierge, et dont la draperie sanglante achève de vous

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