CIVILISATION DE L’INDE
anciennes institutions démocratiques. De ce fait on aurait pu conclure aussi qu’elles étaient condamnées à disparaître. Aujourd’hui cependant le progrès des lumières et de la civilisation nous ramène au self government des temps anciens qui avait survécu dans quelques régions très isolées, comme par exemple dans les montagnes de la Suisse et dans les vallées de la Norvège.
D’après Sir H. Maine, l’étude des faits de l’Inde nous met aussi en garde contre les généralisations trop absolues des économistes orthodoxes qui sont trop disposés à considérer leurs affirmations a priori comme absolument vraies pour tous les temps et pour tous les pays. Les faits observés dans l’Inde prouvent que ces économistes ne se rendent pas compte de la puissance et de l’inffuence de cet ensemble de coutumes et d’idées traditionnelles que l’on désigne souvent par une métaphore empruntée à la mécanique en les qualifiant dédaigneusement de « frictions » et qui tiennent en échec ce que l’on appelle les lois économiques. Ces « frictions », c’est factions des mobiles de l’ordre moral et intellectuel qui, à l’honneur de l’humanité, l’emportent souvent sur l’égoïsme qu’on considère à tort comme funique moteur social. Sir H. Maine dit avec raison : « Le premier pas vers la découverte de vérités nouvelles dans cet ordre est le plus difficile, tant ce que nous voyons sous nos yeux y met obtacle : il consiste à considérer les formes de la propriété, de l’échange, du contrat et de la rente, telles qu’elles se présentent dans l’Inde, comme aussi dignes de l’élude scientifique que celles que nous rencontrons dans fEurope occidentale. La concurrence, par exemple, dont les économistes parlent comme d’un mobile universel et indispensable, est, comme la propriété foncière privée, un fait très moderne, et elle n’existe presque pas dans flnde, soustraite à l’influence européenne. C’est la coutume qui règle les prix. »
Dans nos sociétés occidentales, suivant l’expression énergique de Sir H. Maine, la concurrence dans l’échange paraît être la guerre de tous contre tous du monde primitif, qui a pénétré jusque dans fancien groupe familial des alliés par le sang.
En terminant. Sir H. Maine exprime la conviction que linde subira finfluence des idées occidentales et que, malgré la résistance obstinée des préjugés nationaux, elle entrera dans ce mouvement que nous appelons le progrès moderne.
D’après notre auteur, toutes les sociétés que nous connaissons, n’ont avancé que par les influences du dehors, sauf la Grèce, à qui
nous devons en réalité la civilisation. Excepte tes lorces av«ug.« uc la nature, rien, dit-il, ne se meut dans le monde qui ne soit grec dans son origine. Le seul mérite des Anglais sera, d’après lui, d’avoir communiqué à flnde le ferment de progrès venus de la
Grèc6*
Je ne puis pas souscrire à cette opnion. En fait d institutions politiques et sociales, nous devons infiniment plus à la Germanie et au christianisme qu’à f Hellénisme. C’est la doctrine du Christ qui est la source de ce qu’il y a de meilleur dans nos idées concernant les relations des hommes entre eux ; c’est elle qui est le levain du mouvement de réforme qui entraîne aujourd’hui l’humanité vers un
avenir meilleur. • , r
L’Évangile de Jésus, couronnement suprême des sentiments égalitaires des prophètes d’Israël, a été complètement dénaturé par les traditions romaines qui en ont fait un culte hiérarchique et despotique. Néanmoins, fidée de la fraternité et de l’égalité de tous es hommes, les ardentes aspirations vers un ordre de justice où les derniers seront les premiers, cet idéal d'amour et de dévouement réciproque que les premiers chrétiens mirent en pratique à Jérusalem, tout cela s’est conservé et, que nous le sachions ou non, vit au fond de nous. Ce n’est pas en vain que le Sermon sur la montagne a apporté au monde f idéal d’une société où les humbles posséderaient la terre. La Grèce, avec son horreur du travail et sa consécration de f inégalité et de f esclavage, ne nous offre rien de pareil. L’antiquité comme le Darwinisme glorifie les puissants et les habiles. Cest aux faibles, aux déshérités que la charité et la justice chrétiennes
s’adressent.
Le christianisme est loin, comme on le prétend, d’avoir épuisé sa mission réformatrice. Son influence sociale commence seulement , elle ira grandissant, car lui seul contient la vraie solution des antinomies qui ébranlent la société actuelle. A 1 espoir trompeur d une rénovation accomplie par la puissance de 1 industrie succède aujourd’hui l’inquiétude sur f avenir et une sorte de dégoût de ces raffinements qu’on considérait comme le triomphe de la civilisation. L’optimisme béat des économistes s’est trouvé démenti par la lutte violente des intérêts et par l’antagonisme des classes, plus âpre peutêtre qu’il ne l’a jamais été. Nous cherchons le moyen de sortir de cette terrible impasse, et certainement ce n’est pas la Grèce qui nous le fournira.