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Geschichte di's Tanzes in Deulschland

i( Limporlancc de la danse, écrit-il, comme initiatrice , promotrice et , plus tard , facteur nécessaire de la culture générale d'un peuple, comme mesure de la civilisation d'une nation, comme origine des arts de la poésie et de la musique, qui aujourd'hui encore s'y rattachent étroitement, comme appui et soutien de tous les arts qui expriment le Beau dans le mouvement, — cette importance n'a été reconnue que depuis un demi-siècle par l'histoire de la civilisation et celle de l'art. »

Chère Muse, vous vous êtes faite un peu pédante aux bords du Mein, Vos beaux pieds sont chaussés de bien grands mots, et j'ai peur que vous n'ayez quelque tache d'encre à vos doigts divins. Croyez-moi, laissez là vos gros livres. Puisque nous sommes en France, quittez cet air g^rave et ce ton de pédagogue. Un brin de coquetterie ne messied pas aux inimortcdles. Entre nous, Térudition ne vous a pas porté bonheur. Le livre de M. Bohme témoigne d'un labeur consciencieux et de vastes recherches; mais il est comme certaines valses sur lesquelles le musicien a trop peiné : il n'est pas dansant.

Il mérite encore un autre reproche. Il contient des erreurs, ce qui est impardonnable dans

un ouvrag'C d'érudition. Toutes les divagations sont permises, à propos d'entrechats et de pirouettes, cà un auteur frivole parlant de frivolités; mais dès l'instant que les entrechats et les pirouettes sont élevés à la dignité de « facteur nécessaire de la culture générale d'un peuple », il n'est plus permis de se tromper, et M. Bôhme s'est trompé plusieurs fois. Nous ne lui en devons pas moins des remerciements pour nous fournir l'occasion d'étudier, à travers les âges, les destinées du plus aimable des arts.

'< L'iiommc seul sait danser », dit M. Bohme. Los ours savants ne comptent pas, car, lorsqu'ils dansent, « l'impulsion psycliique fait défaut ».

Ce sont là des vérités incontestables. Le seul ours savant qui ait possédé « l'impulsion psychique », Atta Troll, fort sur la gavotte, ne nous est connu que par Henri Heine, et l'on sait s'il faut se défier de Henri Heine !

" Pourquoi danse-t-on? » demande ensuite M. Bôhme, et il trouve trois motifs, entre lesquels le peuple des danseurs se partage très inégalement. Sur cent personnes, quatre vingtdix dansent pour s'amuser, neuf par hygiène, « pour remplacer un hain de vapeur »; une seulf j)our l'amour de l'esthétique.

Considérée au point de vue sociologique, la danse est un honnête « courtier de mariage ».

Tout cela est encore très vrai; mais la question, ainsi posée, ne va pas assez au fond des choses. Les raisons pour lesquelles riiominc conserve l'habitude de danser sont d'un intérêt très secondaire auprès de la réponse à cette autre question : — Pourquoi s'est-on mis à danser? Pourquoi, bien avant ({u'il fût rpiestion d'esthétique sur la terre, pourquoi la jeunesse excitée par un tr()[i-ploin de vie animale, pourquoi l'homme prudent qui sent le besoin de transpirer, ne se sont-ils pas contentés de courir et de gambader comme les enfants? Pourquoi se sont-ils astreints à discipliner leurs gestes et leurs attitudes? Pourquoi ont-ils fait un art de ce qui n'était au début qu'un exercice? En un mot, quel instinct trouve-t-on aux origines de la danse?

On y trouve l'instinct du nombre.

Il y a en nous un goût naturel et comme un attrait pour le nombre. Ce goût n'est lui-même qu'un des résultats de l'effort instinctif de l'humanité vers le Beau, et on le retrouve aux origines des dilîérents arts. Il incite le barbare à arranger ses mots de manière à former des vers. Il donne naissance à la musique par le rythme et à l'architecture par les rapports des lignes entre elles. C'est encore lui qui transforme les

g-ambades et les gesticulations du sauvage en danses. Sans le nombre, il n'y a point d'ordre, et, sans ordre, l'univers ne serait qu'un immense chaos ; mais le monde obéit à la loi de l'attraction vers le Beau. Pour nier cette loi, il faudrait pouvoir supprimer toutes les vieilles légendes, tous les chants antiques qui nous montrent la Poésie, la Musique et la Danse au berceau des races.

M. Bohmc les aperçoit, à travers les siècles, protégeant tout particulièrement le berceau de son peuple. Les vieilles traditions germaniques et les vieux poèmes allemands lui ont redit indéfiniment la même histoire. « Pour nos aïeux, écrit-il, toute la grande Nature nétait que musiques et danses, qu'ils attribuaient aux dieux mêmes... Ils en entendaient jusque dans l'intérieur des montagnes. »

Pour ces vieux Allemands, race de grande imagination lixéc ji.umi les horizons mobiles et les bruits vagues des forêts et des climats du Nord, l'iiislant p(jétique entre tous de leur vie de peuple dut êtjc; celui où les bruits devinrent des sons musicaux et où l'œil distingua des mouvements cadencés dans ce qui reuniail. Emerveillés de leur découverte, ils entendirent une niusicpie dans tous les bruits de la nature, ils

virent des danses dans tout ce (|ui remuait, et le sentiment du divin s'épanouit en eux en même temps que le senliuicnl du Beau. Les grandes Allemaijnes aux voix mvstérieuses et aux ombres mouvantes se peuplèrent de nixes, d'ondins, d'elfes, de gnomes, dont les chants, les jeux et les rondes expliquèrent le murmure des sources, les gémissements du vent et les ondoiements capricieux du brouillard dans les bas-fonds.

C'est du moins ainsi que notre imagination s'amuse à se représenter le passé. Au fond, nous ne sommes pas très sûrs que ce monde charmant, évoque par les travaux des mythologues modernes, ait jamais existé pour d'autres que pour nous, qui lisons les vieux conteurs avec des yeux de lettrés et de raffmés. Les ancêtres incultes de M. Bôhme étaient peut-être trop occupés de trouver à manger et de ne pas être tués pour avoir de jolies idées. C'est peut-être nous qui traduisons poétiquement des sensations obscures ou grossières. Le temps travaille à riiisloire en ce sens qu'il renouvelle continuellement les impressions que nous» causent les mêmes faits.

Les vieux Allemands étaient un peuple danseur, nous dit M. Bohme, et nous devons l'en

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croire, bien que leurs descendants soient en ce cas très dégénérés. Les Espagnols sont un peuple danseur ; les Allemands modernes ne le sont pas. On peut voyager deux mois en Allemagne sans apercevoir un valseur; on ne peut pas voyager huit jours en Espag-ne sans voir beaucoup de fandang;os. Le démon de la danse prend les Espagnols partout, dans les rues, sur les places jiubliques, sous les porches des maisons. Un musicien ambulant passe, grattant sa guitare, et à Tintant les servantes jettent leur balai, les ouvrières posent la cruche qu'elles portaient à la fontaine , les muletiers abandonnent leurs mules, votre aubergiste oublie votre diner, et tous s'élancent, les bras étendus en croix, les yeux brillants. Leurs pieds frappent légèrement le sol; ils se balancent en cadence, ils dansent avec toute leur àme comme avec tout leur corps. M. Bohme nous parle (< d'impulsion psychique » : sait-il bien ce que c'est? Qu'il aille à Tolède, à rantitjue auberge de Llno, et quil installe un guitariste sous la grande voûte sombre que don Quichotte n'aurait pas fiMneJije sans un |iressentimenl. Il veira de ses yeux « toute la grande JNature » entrer en branle. Le fandango rapide arrivera de la cour, de la cuisine, de la rue; ce sera tout

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aiilfiiir (le lui un fourmillcincul cl un hniisscmeiit; la tèto lui tournera et il saura ce que c'est que « l'impulsion psychique ».

Un jour, à Saint-Sébastien, le résiment passait sur la promenade, musique en tète. La musique jouait un fandang-o. Les petits enfants occupés il faire des pâtés avec du sable étendirent leurs petits bras et s'essayèrent à ébaucher le pas. Leurs bonnes s'élancèrent en faisant claquer leurs doigts. Les passants se joignirent aux bonnes. Les soldats n'y tinrent plus et se débandèrent. Tout dansa sur la promenade de Saint-Sébastien, et voilà ce que c'est qu'un peuple danseur.

Il paraît que les vieux Allemands étaient comme les Espagnols d'aujourd'hui, toujours un pied en l'air et prêts à bondir. M. Bohme assure que leurs premiers évoques eurent de la peine à les modérer et à les empêcher de baller jusque dans les églises, en quoi les Allemands n'auraient fait, selon lui, que suivre l'exemple donné à Rome même par les chrétiens des premiers siècles.

« Après, dit M. Bôhme, que les persécutions contre les chrétiens eurent cessé, toutes les fêtes de l'Église furent marquées par des danses... On voit encore aujourd'hui dans les

vieilles é^; lises chrétiennes (par exemple à Rome) un lieu élevé auquel on donnait le nom de chœur. Il était séparé du. reste de l'église et construit à peu près comme un théâtre. C'est là que les prêtres exécutaient leurs danses sacrées, d'abord aux jours de grande fête et, plus tard, chaque dimanche.

« L'évèquo en personne conduisait ces danses d'Eplise, d'où lui fut donné le nom de prrpsiil (celui qui mtMie la danse). »

Les curieux détails qu'on vient de lire sont, par malheur, inexacts. M. Bohme a cédé à la tentation, très naturelle dans son cas, de voir de la danse partout. J'ai eu recours, pour achever de m'en convaincre, à l'obligeance de deux des hommes qui savent le mieux l'histoire de l'Eglise primitive. M. Renan m'a fait l'honneur de me répondre :

'< C'est absolument faux. Chorus n"a jamais eu, dans l'Ki^lisc, qu'un sens musical. Prœsul n'est pas un mot clirélicii. Ce furent les lettrés des iv" et v*^ siècles qui empriintèreiil ce mot au latin profane. La danse n'a jamais eu de place dans la liturgie chrétienne, à moins qu'on n'appelle de ce nom les innocentes figures des processions de la Fête-Dieu. On m'a dit que, dans quehjues grandes églises dii midi de l'Espagne,

LA DANSE l:^

les enfants de chœur exécuLenl, aux grandes f«''tes, des danses devant le Saint-Sacrement. Mais co sont là dos cas modernes el qui n'onl jamais eu de développement général. »

M. de Pressensé n'a pas été moins précis :

« En ce qui concerne l'Eglise chrétienne des trois premiers siècles, (|ui a fait Tohjet de mes études particulières et que je connais par les sources, l'assertion ne se soutient pas. Nous avons dans les Coiintitutions apostoliqiiesi de l'Eglise d'Alexandrie le tableau complet du culte d'alors. L'ombre d'un motif à une telle hvpotlièse n'existe pas. Quant aux basiliques des iv'' et v° siècles, dont l'église Saint-Clément, à Rome, est un survivant authentique, le chœur ne se prêtait qu'aux rites les plus solennels du culte. »

Il semble que l'erreur de M. Bôhme, dans cette affaire, ait été de généraliser trop légèrement une idée vraie : l'idée que l'Église catholique s'est approprié, en les modifiant plus ou moins, certains rites des cultes qu'elle a remplacés. Les anciens avaient des danses sacrées : les premiers chrétiens devaient donc en avoir, et M. Bohme a vu dans les textes ce qu'il avait envie d'y voir.

Il ne lui avait pourtant pas échappé qu'en

Allemagne l'Église calliolique, à peine établie, avait combattu la danse, qu'elle considérait comme un reste du paganisme. Conciles et prédicateurs tonnaient à Tenvi contre les balata" tioues et saltationes. Les princes chrétiens les interdisaient quia hxc de pagmiorum consuetudine remanserunt \

L'Ég-lise catholique agissait en cela avec la haute sagesse qu'elle a toujours montrée dans ses rapports avec les nouveaux convertis. Les vieilles danses nationales s'exécutaient au son de lieder chantés, dont les paroles perpétuaient parmi le peuple les souvenirs et les idées du temps du paganisme. Beaucoup de ces lieder n'étaient même que des hymnes en l'honneur des anciennes divinités. C'est pourquoi les prédicateurs les qualihèrent de cantica diabolica et les défendirent.

Les vieilles danses firent comme tous les proscrits : elles se cachèrent. Au xii" siècle, elles avaient lieu la nuit, dans les cimetières, avec l'attrait délicieux (pic donnent le mystère, la peur d'être surpris et le scnliment de mal faire. Pourchassées par les prêtres, elles trouvi-rcnl iiii (Iciiiier asile dans les canijtagncs dé-

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