La lellre de l'impératrice
prises exactement avec des rubans de soie ou de fil; joignez-y celle de votre frère : je serai cliarmé de les voir, quoique je le fusse davantage de vous voir tous. J'espère en Dieu que ce sera bientôt : demandez-le-lui, vous autres; suppIicz-Ie d'ordonner tout de manière que cela se puisse. Et qu'il vous garde comme je le désire! » (19 mars.)
Les infantes se bâtèrent d'envoyer les mesures soubaitées. Pbilippe II les en remercia sur-lechamp. En même temps, il leur contait l'agréable spectacle d'un autodafé auquel il venait d'assister et dont il leur envoyait le programme :
« On nous donna ù cbacun un papier où étaient inscrits les noms de ceux qui allaient y figurer; je vous envoie le mien pour que vous voyiez quels ils ont été. Il y eut d'abord un sermon, comme de coutume. Nous restâmes jusqu'après la prononciation des sentences. Nous nous retirâmes alors, parce que, dans la maison où nous étions (il assistait d'une fe* nôtre), la justice séculière devait condamner au feu ceux que les inquisiteurs venaient de remettre entre ses mains, 11 était huit heures^ quand nous arrivâmes, et nous revînmes dînei* vers une heure. » (2 avril lo82.)
" Vomi; BON pKiti:. »
l'HILlPPE II ET SES FILLES 213
Cotle lettre émut les infantes. Elles craignirent que l'autodafé n'eût fatigué leur bon père. Celui-ci se liîlta de les rassurer :
« Je ne suis pas revenu très fatigué de l'autodafé : ces cérémonies ne sont pas aussi longues ici qu'en Castille, du moins celles que j'y ai vues; cette dernière n'a pas duré quatre heures. » (16 avril 1582.)
Quel bonheur qu'il n'ait pas été trop fatigué ! Le pauvre homme !
La lettre du 4 juin i.')82 est encore d'un bien bon papa, disposé à admirer ses enfants. L'impératrice Marie lui a fait voir une petite image de cheval coloriée par un des infants. Philippe II trouve que c'est vraiment bien peint. Il charge ses filles de ses compliments pour le jeune artiste, promet à celui-ci de lui rapporter des livres d'images et lui envoie par un des courriers suivants des modèles d'écriture à colorier.
« Je crois, dit la lettre qui accompagne les modèles, qu'il aura achevé de remplir les lettres coloriées : c'est pourquoi je vous en envoie d'autres avec lesquelles il en aura pour assez longtemps, et il m'en reste encore davantage. Faites qu'il s'occupe de les remplir, mais petit à petit, de manière à ne pas se fatiguer, et que quelquefois il les imite : il apprendra ainsi
mieux, et j'espère que par là il acquerra une bonne écriture. Jusqu'à ce qu'il l'ail, il vaut mieux qu'il n'écrive pas \ parce qu'il apprendra mieux à assembler les lettres quand il y aura quebju'uu qui le lui montre bien. »
Ailleurs il promet à son fils un encrier, s'il travaille bien.
Les infantes recevaient les instructions paternelles avec docilité. En leur qualité d'aînées, elles faisaient les petites mamans avec les petits frères et la petite sœur. C'est un tableau de famille digne de Greuze.