L'infant avait écrit une petite lettre à sa tante Marie
Vue mÎTO séparée tlos siens ne suit pas avec plus de sollicitude que ni- le fait Philippe II les nouvelles des santés et tous ces menus détails matériels auxquels il est convenu qu'un homme n'entend rien. Il ne se perce pas une dent sans que le roi en soit informé, et le roi sait aussi pertinemment qu'une nourrice si la dent est venue de bonne heure ou si elle est en retard.
a II me parait que les dents canines viennent vite à votre petite sœur : ce doit être à la place de deux que Je suis à la veille de perdre, et je crois que je ne les aurai plus ([uand je retournerai là-bas. »
Il se rappelle même, ce que toutes les nourrices ne sont pas en état de faire, l'historique des dents de toute la bande :
« Il est très bien que les dents percent à votre
frère, et je souhaito qu'elles percent mieux que celles qu'il avait. Il me paraît qu'elles viennent bien tôt; mais il vaut mieux que ce soit maintenant que quand je retournerai, bien que j'en doive toujours voir une partie, au moins si elles tardent à venir autant qu'à vous, ma fille puînée, car je crus un instant quelles ne vous viendraient pas. »
Il pense à tout, au sirop de l'un, au bouillon de l'autre, à la purg-ation d'un troisième, à la chambre trop chaude pour l'été et qu'il faut chang^er. Quand il apprend que ses enfants sont malades, ce qui arrive fréquemment, il est bouleversé.
« Vous pouvez bien vous figurer, écrit-il après une de ces alertes, la joie que m'a causée votre lettre, lorsque j'y ai vu que vous aviez recouvré la santé comme je le désirais : aussi j'ai rendu beaucoup de g-râces à Dieu. »
Le tableau serait incomplet si nous n'ajoutions que, lorsque l'enfant malade mourait, le roi ordonnait des prières publiques d'actions de g-ràces pour la faveur que Dieu avait faite à l'infant ou à l'infante en l'admettant au Paradis. Aussi bon chrétien que bon pi're.
On sait à quel point il était méticuleux et les lenteurs (pii m résiillaioiil pr)ur la conduite de
l'IlIMPl'i: II ET SES FILLES 217
son royaume. 11 réglait liii-in»''me, de sa royale main, le nombre de tours de corde à donner à chaque torturé. Un jour que la flotte anglaise venait d'enlever le galion des Indes, on demanda un ordre du roi pour la poursuivre. Philippe rédigea, corrigea; l'ordre fut prêt au bout de deux mois et demi, longtemps après que les Anglais et le galion étaient rentrés dans la Tamise. Pour les affaires domestiques comme pour les affaires d'Étal, sa nature le poussait à descendre dans les infiniment petits. Tantôt il s'occupe des chausses qu'il serait temps de mettre à l'aîné des garçons, tantôt do la robe que les fdles se font faire pour une noce et oii il permet une garniture d'or, à condition qu'il n'y ait pas trop d'or. 11 approuve les infantes de no pas porter de toques. Pour lui, il mot un bonnet et un costume de velours et il n'a pas encore pu se décider à porter des souliers, bien que tout le monde en porte. Il envoie souvent de petits cadeaux à ses fillettes : une boîte do fil, des porcelaines, des chapelets, des fruits rares venus d'outre-mer, des gants; et, à propos de ces })aquets, il entre dans des minuties. En expédiant les chapelets, il écrit : « Mettez-y un autre cordon qui soit meilleur; celui qu'ils ont et qui y était quand je les achetai est mau-
vais. » Los îiaiils demantlenl encoro plus d'cxplicalions, car Philippe s'est trompé (]c taille en les arlietant : « Si les £;ants sont aussi grands que vous le dites, ils vous iront mieux à vous, ma fille puînée, pour qui ils ne le seront j)as trop ; pour votre cousine, je crois qu'ils le seraient. »
Philippe II n'est pas moins ahondant quand il raconte aux infantes ce qui concerne sa propre personne :
« J'ai été un peu dérangé ces jours-ci, je ne sais si c'est pour avoir, quelques jours auparavant, mangé trop de melon, qui était fort bon, mais je ne le crois pas ; et, quoique j'en aie ressenti quelque fatigue, je pense que cela m'aura fait du bien, car maintenant je me porte parfaitement. J'ai gardé le lit deux demi-jours, non à la suite l'un de l'autre, mais à trois jours d'intervalle, de sorte que c'était comme une fil.'vre tierce; mais déjà hier soir c'était lini, et, l'après-midi, je m'étais levé. Vous n'avez donc pas à vous inquiéter, car je vais maintenant très bien, et j'espère même que ce qui m'est arrivé m'aura évité quelque autre maladie plus grande, »
Si! a le mal de mer, nf>us le savons. De même s'il fait un faux jias. A|)rès une promenade sur l'eau, il «''f ril :