LES IDÉES DE NAPULÉON SE 11 LE .MARIAGE
ration le chapitre de M. Bingliam sur Napoléon en quête d'une femme. Il faut avoir vu un de CCS impatients à l'œuvre pour savoir de quoi ils sont capables en fait d'excentricités. De refus en refus, Bonaparte en vint à demander la main d'une personne qui aurait pu être sa mère et que la démarche divertit beaucoup. A en croire des mémoires du temps, il examina sérieusement la proposition, faite par Barras, d'une autre personne qui aurait pu être sa grand'mèrc et qui n'était autre que Mlle Montansier, l'actrice. Il fut retenu par la crainte du ridicule. Si ce dernier mariage s'était conclu, iXapoléon serait devenu directeur du théâtre du Palais-Royal. L'énuméralion de tout ce qui ne serait pas arrive s'il avait borné là sa carrière formerait un beau sujet de vers latins. Mais l'anecdote repose jusqu'à présent sur une autorité médiocre.
En 1796, Napoléon est enlin accepté. Il épouse Joséphine, et dès lors son instinct matrimonial s'exerce en faveur — ou aux dépens des autres. Parvenu au pouvoir, jamais on ne vit ni ne verra aussi enragé marieur. Il ne se borna pas aux mariages politiques, destinés à fusionner les différentes classes de la société. Innombrables furent ceux qu'il fit pour l'amour
du principe, parce que le grand but de la vie, disail-il, esl davoir beaucoup d'enfants. Nulle excuse n'était admise. Aux officiers alléguant qu'ils pouvaient être tués, il répondait : Raison de plus pour se bâter. A qui prétendait ne pas avoir pu trouver de femme, il disait : Je m'en cbarg-el et, défait, le soir même c'était cliose arrangée, et il n'y avait plus à s'en dédire. Les pauvres recevaient des dots, des trousseaux, de l'argent pour payer les mois de nourrice. L'Etat leur promcUait de marier tous leurs enfants, quel qu'en fût le nombre. Un jour, par un décret, l'empereur marie six mille soldats d'un coup. Un autre jour, il ordonne à ses grands dignitaires en masse de se marier. Dans son testament, il arrange encore deux mariages, dont celui de son valet de cbambre. « Ce qu'il a fait en ce genre, écrit M. Bingbam avec une légitime admiration, aurait rcnijdi la vie d'un liomme ordinaire. »
Il ne se tenait pas pour quitte après la noce. Il suivait les jeunes couples dans leur nouvelle vie, les conseillait, les dirigeait, et fort sagement. Au besoin, il rédigeait pour eux des instructions aussi minutieuses et assez du même style que s'il se fût agi de manœuvrer un corps d'armée. L'iieuro du lever et du cou-