‹ Essais et fantaisiesChapitre 25 sur 34 · LES IDÉES DE NAPOLÉON SUR LE .MAI{IA(;E · texte numérisé non relu

LES IDÉES DE NAPOLÉON SUR LE .MAI{IA(;E

cher, les attentions à avoir entre époux, les soins à prendre en cas de grossesse, rempcreur prévoit tout, règle tout, ordonne tout, d'un ton qui n'admet pas la discussion.

Il semble impossible que des unions ainsi conduites et surveillées ne fussent pas des unions modèles. Cependant la vérité est que Napoléon eut souvent la main malheureuse. On sait que dans sa famille les ménages allaient assez à la diable. En dehors de sa famille, plus d'un couple assorti par ses soins ne tarda guère à venir solliciter de lui la permission de l'imiter en divorçant, permission qu'il refusait toujours, en vertu de la distinction dont nous avons parlé entre les idées qui ne sont bonnes que pour soi, et les autres. La cause de ses désastres de marieur doit être cherchée dans un de ses principes favoris, très juste au fond : ce qu'il est bon et utile de faire ne saurait être fait trop vite.

La promptitude avec laquelle il vous mariait les g^ens est quelque chose d'inconcevable. Elle surpasse la rapidité tant vantée de ses opérations militaires. Tel entrait chez lui garçon et ne son;:ieant à rien, qui sortait marié ou peu s'en fallait; il serait sorti père de famille si cela eût dépendu de l'empereur. Dans les premiers commencements, alors que JNapoléon n'était encore qu'un apprenti, on pouvait espérer un répit de vingt-quatre heures pour reprendre ses esprits, devenir amoureux, faire sa cour et être agréé. M, de Lavalette, aide de camp du général Bonaparte, apprit en voiture, en faisant une course, qu'il épousait une nièce de Joséphine. Il eut toute la nuit pour penser à cette nouvelle. Le lendemain matin, Napoléon le conduisit au pensionnat où Mlle de Beauhar-

Page 1