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pondant qu'il est engourdi par la digestion. Les exploits des conductrices leur font d'autant plus d'honneur qu'elles sont aveugles.
Chez toutes les espèces qui possèdent des grosscs-tètes, celles-ci sont visiblement les soldats de profession. Lorsqu'on fait une brèche dans la fourmilière de VEciton vustator, les ouvrières courent réparer le dommage, les grosses-têtes sortent avec des mines menaçantes, en agitant leurs mandibules. Il n'est pas hors de propos de faire remarquer que la faculté qu'ont les fourmis de faire naître à volonté des grosses lêtcs et des ouvrières présuppose la faculté de prévoir et de calculer les besoins de la communauté.
La guerre, avec ses difficultés et ses dangers, a toujours passé avec raison pour mettre à nu le fond des cœurs. Elle nous révèle chez les fourmis le même mélange de bons et de mauvais sentiments que parmi les nations d'hommes. Sans parler des nuances du caractère individuel, telle race de fourmis est brave, telle- autre poltronne; l'une est chevaleresque, l'autre a des instincts bas. L'amazone ne fuit jamais. Entourée d'ennemis, elle se défend avec une agilité surprenante, faisant de grands sauts et visant ses adversaires à la tète avec la pointe
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Je SCS mandibules. Elle leur transperce d'un seul coup le cerveau '. La blessée tombe sur place, le système nerveux paralysé, éprouve quelques convulsions et meurt. Une amazone séparée des siens fait des monceaux de victimes avant de succomber. Elle connaît sa supériorité, s'y lie et n'hésite jamais à attaquer, quel que soit le chiffre des forces ennemies. Une poignée d'amazones se jette sur une armée, et presque toujours en vient à bout.
La Myrmecina Latreilli est l'opposé de l'amazone pour le courage. Elle n'attaque jamais et se défend à peine. Les seules mesures de résistance qu'elle prenne sont de faire les entrées de son nid très étroites et d'y placer des gardes, chargés, en cas d'invasion, de les boucher avec leur tète. Les gardes tués ou repoussés, la ville est prise; la Myrmecina Latreilli, à laquelle la nature, |)renant en pitié sa pusillanimité, a donné une peau très dure, se roule en boule, ne bouge plus, laisse faire.
La Telnnnorium ciespitum n'est pas plus brave. Au moindre danger, elle se hâte de faire la morte, les pattes et les antennes raidies et
1. Sir Jolin Lubbock cslime qu'on peut donner le nom de cerveau à la portion <Ju sysli.'Uic nerveux coiitcniic dans la lèlc de la f(;iirmi.
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ai)|>li(|iiéos au corps, comme elles le sont chez les cadavres de fourmis.
11 va de soi que les races fournissant les esclaves sont d'un naturel timide. Il n'en est que plus curieux de voir les esclaves s'aguerrir sous la conduite et au contact de leurs maîtres.
hdi Formica pratensis inaulio l'emiemi mortel maltraite les cadavres. La Myrmica scabrinodis est tout à fait méprisable. Lâche et pillarde, elle liante les champs de bataille des autres pour manger les morts. Revenons à des types plus nobles.
La Formica ru fa a ado|)té la tactique de la phalange macédonienne. Elle attaque en masses serrées, ne se débande sous aucun prétexte. Pas de détachements, presque jamais de combats singuliers; une fourmi isolée évite les rencontres. Rarement la Formica riifa poursuit un fuyard, mais elle ne fait pas de quartier et s'attache à tuei- le ^tlus grand nombre d'ennemis possible, n'hésitant jamais, dit sir John Lubbock, à sacrifier sa vie dans ce but, pour le bien commun.
La Formica sangiiinea, au contraire, cherche plutôt à effrayer qu'à tuer, du moins dans ses chasses à l'esclave. Elle épargne les habitants
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du nid envahi, les laisse se sauver sans les inquiéter, à moins que les fuyards n'essayent d'emporter leurs nymphes et leurs œufs, auquel cas elle se jette sur eux et les force à lâcher prise. Poussée à bout, elle écrase son adversaire avec ses mandibules.
La Formica exsecta est une charmante créaturc, petite, frêle, mais leste et brave. Pour compenser le désavantage de sa petite taille, elle a soin d'avoir la supériorité du nombre et elle avance en masse serrée. Arrivée à portée de l'ennemi, elle rompt les rangs et s'élance, distribuant des coups de dents à droite et à gauche, bondissant de ci de là, évitant les coups avec une adresse et une vivacité incomparables. Les ennemis se trouvent à peu près dans la situation où serait un lourd chevalier bardé de fer vis-àvis d'une troupe voltigeante de Bédouins aux chevaux rapides. La Formica e.rsecta ne se fait nul scrupule de se mettre plusieurs contre un. Trois ou quatre de ces naines immobilisent un des géants de l'armée opposante en le tirant par une paltc, chacune de son côté. Une cinquième lui monte sur le dos et lui scie délicatement la tète par derrière, sans que le géant puisse se défendre. Les jours de grande bataille, on les voit pratiquer cette manœuvre
avec onsomble et décapiter des régiments entiers.
Nous avons réuni dans ce chapitre ce qui avait trait aux mœurs militaires. Le procliain sera consacré aux nations pastorales.
Le chiffre des espèces d'animaux domestiquées par les fourmis est encore inconnu. On sait qu'il est infiniment supérieur à celui des espèces domestiquées par l'homme; on a constaté dans les fourmilières et aux alentours toute une population de hestioles qui ont évidemment leur utilité ou leur agrément, puisque les fourmis les gardent et les soignent; on ne connaît avec certitude les fonctions que d'un très petit nombre de ces animaux. Nous commencerons par les bestiaux. Les fourmis pasteurs en ont beaucoup, et elles s'en occupent avec la sollicitude et l'intelligence d'un fcimicr normand.
Les mieux étudiés jusqu'ici de leurs bestiaux sont leurs vaclies, représentées par plsieursn variétés de j)Ucerons {aplddes) , (ju'on peut diviser en trois catégories principales : ceux
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qui habiteiil sur les liges et les feuilles des plantes, ceux qui vivent dans l'écorcc des arbres et ceux qui se nourrissent de racines. En général, chaque espèce de fourmis a ses préférences et entrelient plus volontiers telle ou telle race de pucerons; cependant, entre communautés de même espèce, les préférences peuvent varier. Ainsi que l'avait déjà remarqué Charles Lespès, de deux nations sœurs, l'une, plus avancée que l'autre dans l'art de l'élevage des bestiaux, utilisera des animaux doni la seconde ignore l'emploi.
Les fourmis tiennent grand compte, dans les soins qu'elles donnent à leurs bêtes, de ce qui convient à chacune. Jamais il ne leur viendrait à l'esprit de traiter de même le puceron des feuilles et le puceron des racines. Ce dernier est ordinairement logé à la fourmilière même, dans les chambres situées au-dessus des appartements privés. Non contentes de veiller sur lui, les fourmis prennent ses œufs, les portent dans les pièces où leurs propres œufs sont alignés par ordre de grandeur, et les entourent des mêmes précautions minutieuses. La cité est-elle menacée, les œufs des pucerons, espoir des troupeaux, sont transportés dans un lieu sur en même temps que les autres. Au moment de
la naissance, les petits sont l'objet des mêmes attentions que les jeunes fourmis. Plus heureux que nos vaches, les pucerons n'ont pas à craindre l'abattoir au bout de leur carrière. On ne leur demande que de se laisser traire, et ils sont si parfaitement dressés, qu'ils ne laissent presque jamais aller leur lait sans un ordre de leurs maîtres. Ce lait est, à proprement parler, un sirop de miel, épais et sucré. La fourmi chargée de la traite s'approche de sa vache avec douceur, la caresse et la frappe de ses antennes. La vache comprend et lâche son miel.
On va me demander dans quoi la vachère recueille son lait de puceron et si elle a un seau. Oui vraiment, et un seau bien perfectionné, car il marche tout seul. La fourmi a encore appelé à son secours la précieuse faculté de modifier dans l'œuf l'enfant à naître, et elle a fait venir au monde une certaine quantité d'individus pourvus de ventres énormes, dont l'unique fonction sur la terre sera de servir de pots à miel vivants. On les emmène à l'étahle, aux cliamps, dans les expéditions de maraude, et on leur fait avaler, rnletu nolem, tout le mif'l et le sucro qu'on récolte et (pi'oii pille. Les malheureuses bêles sont gonflées à crever,
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leur ahdnnit'ii jh'cikI des projKirtiuns niniis- Irueusos, cl cllos sont obligées (rallcndrc palii'iiiint'iil riioure de la dislribiilidii. Viciinc la faim, on les vide. ])uis on les remplit à nonvcan, et lenr vie s'écoule dans ces alternatives monotones. Elles n'ont même pas la distraction du travail; elles sont trop alourdies pour se livrer à une occupation active el elles ont assez à faire de traîner leur ventre. Victimes du bien public, elli's restent reléguées à ])erpL'tuilé dans l'emploi sans gloire de pots à miel.
Les pucerons qui vivent sur les plantes donnent plus de peine aux fourmis que ceux des racines. Ils les obligent à bàlir des fermes, qui sont assez souvent reli(''es à la fourmilière paides galeries enterre, servant à se rendre à couvci't auprès des troupeaux, ('/est par là que passent les vaclières, soit pour la traite, soil pour aller défendre leurs pucerons contre d'autres insectes, soit pour s'occuper des œufs. Les fermes consistent en enclos, formés de murs de terre, et en bâtiments couverts, construits également avec de la terre. A l'automne, vers le commencement d'octobre, les pucerons pondent. Les fourmis emportent les œufs dans la fourmilière, où ils n'écloront que six mois plus tard, se donnent pendant tout l'biver l'em-
barras do les soigner et reportent, au printemps, les pucerons naissants sur la plante qui convient à chacun d'eux selon son espèce. Quelque extraordinaires que paraissent ces faits, les expériences de sir John Lubbock ne permettent pas d'en douter.
En 1877, l'éminent naturaliste se procura des œufs de pucerons et les offrit à un nid de Lasius iii{/ei\ race éminemment pastorale et élevant spécialement des pucerons de racines. Les fourmis acceptèrent le présent et prirent les œufs. Le nid, ne l'oublions point, était enfermé dans une prison de verre, sans autres res sources, par conséquent, que ce que ses gardiens lui apportaient. Les œufs commencèrent à éclore en mars. Sir John Lubbock avait conclu assez naturellement, de l'empressement avec lequel ses œufs avaient été accueillis, qu'ils provenaient de l'espèce, familière à la Lasius nifjer , des pucerons de racines. Il pourvut donc à la nourriture des jietits au moyen des diverses racines que l'on trouve dans les fourmilières à bestiaux. Extrême fut son désappointement : les jeunes pucerons refusèrent de manger. Il en vit se traîner péniblement hors de la fourmilière, errer çîi et là cl ex[)irer. D'anlrcs fiiicnl liansporlés au
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(li'liors par leurs mères nourricières el n'eurent pas meilleur destin. On eut beau essayer de nouvelles racines, ils mouraient de faim à eût»', et il n'en resta pas un seul.
En 1878, mémo expérience et môme désastre. Beaucoup naquirent, aucun ne vécut.
En 1879, troisième tentative. Les œufs commencèrent à éclore dans la première semaine do mars. Il se trouvait par aventure à la portée do la prison de verre, et communiquant avec olK', un vase de plantes vivaccs contenant, entre autres, un pied de pâquerettes. Les fourmis prirent les nouveau-nés, les portèrent sur les pâquerettes et les y installèrent. Elles avaient reconnu la plante particulière qui convenait à ces étrangers, introduits chez elles par hasard. La preuve quelles ne s'étaient pas trompées, c'est que le troupeau prospéra. Les pucerons grandirent, et leurs propriétaires les enfermèrent dans une étable en terre. Ils pondirent , et les fourmis vinrent chercher leurs œufs, qu'elles emportèrent dans le nid. Il n'y a pas d'autre exemple dans le monde animal, dit sir John Lubbock, d'une prévovance semblable. Voici des œufs qui non seulement ne serviront à rien pendant six mois, mais seront une source de fatigues et de tracas.
Les fourmis n'hésilent pas à aller au loin les chercher et à s'en imposer la charge afin «l'assurer la Hdurriture de léU'' suivant.
Les autres bestiaux sont moins bien connus que les pucerons. Ils sont moins répandus et, par conséquent, plus difficiles à observer. Le Ckivifjcr, petit scarabée aveugle qui sécrète une liqueur sucrée, ne se rencontre que chez les peuples Irt's avancés en civilisation. Il est fatigant à soigner parce qu'il ne sait rien faire tout seul; on est obligé de le faire mang-er. Sir John Lubbock pense que lui et plusieurs de ses congénères, ég-alcmenl aveugles, ont perdu la vue à force de vivre dans l'obscurité, au fond des souterrains où les fourmis les parquent. Quoi qu'il en soit, le Claviger dédommag'e amplement de ses |»eines le maître qui connaît le manger délicat découlant de la toulfe de poils placée à la base de son élytre. Une fourmi en train de lécher cette toulTe de poils pourrait poser pruir la statue de la Sensualité. En revanche, pour «jui ignore les délices de sa touffe de poils, le Claviger n'est qu'un parasite gênant dont on se débarrasse. Charles Lespès ^i a essayé à j>lusieurs reprises d'enlever de ces Hl animaux à des nids de Lasius nigor et de les lrans|K)rler daus d'aulres nids de Lasliis niijer
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(|iii n'en possédaient point. Ses scarabées ont Ions été massacrés et man<;és, à quoi il a vu clairement que les penj»tes arriérés auxcjncls il les donnait ne se doutaient pas du parti à en liicr. On les considérait et on les traitait en gibier, non en bétail.
Les fourmis déploient beaucoup de patience et de complaisance vis-à-vis des animaux domestiques ipic la cécité on d'autres causes ont j)lacés dans leur dépendance absolue. Plusieurs fourmis se régalaient d'un morceau de sucre, ('liarles Lespt-s vit un scarabée de l'espèce dite /j)//irc//usa s'approcber de l'une d'entre elles et ra]>peler à sa manière en lui donnant des coups d'antenne sui la trie. La foui'mi interroni[tit à l'instant son fesl in et se mit à faire manger le scarabée, qui était incapable de se mettre les nn)rceaux dans la bouclie.
D'autres insectes vivent avec les fourmis sur un pied de quasi-égalité. Ce sont des relations toutes différentes, non plus de maître à bétail, mais de maître à serviteur. On ne les oj)[)rime pas, on ne les enferme pas, ils vont et viennent librement dans la fourmilière; en revancbe, on n'a point pour eux les sollicitudes intéressées dont les bestiaux sont comblés. On leur donne le vivre et le couvert en éclianiîe de leurs ser-
vices, le reste est leur affaire. Le scarabée baptisé Bevkia par sir Jobii Liibbock est un petit animal vif et remuant, trottant avec activité dans la fourmilière et aux environs, gênant sans cesse les fourmis, qui conservent à son égard une altitude passablement dédaigneuse et feignent de ne pas le voir. Sir John Lubbock, qui a observé le Beckia dans ses maisons do verre, croit qu'il est, de son métier, balayeur. Il fait le service des boues.
A côté des bestiaux et des domestiques, il y a encore les animaux d'agrément, correspondant à nos serins et à nos levrettes. Quelquefois, on n'en garde qu'un de chaque espèce par fourmilière; c'est le cas du Chenniuni et du Batrisus. Si vous me demandez en (jiioi ces animaux amusent les fourmis, je vous répondrai (jue les fourmis aiment beaucoup le plaisir, qu'elles sont gaies, joueuses, et qu'elles possèdent des sports, ni plus ni moins ([uc les éluiIImiiIs de Camiu-idge. Elles ont la gymnastique, le jeu de cache-cache, les combats simulés. Le révérend Gould déclare positivement, dans son AcrountofengllsIiAnts, qu'elles ont des <( amusements » et des <( exercices récréatifs ». Ilubcr les a parfaitement vues se divertir à la lutte. Forel, qui n'en croyait pas Ihiber, a été obligé
(le se rendre k révidonce. « MaUré roxaclitude, dit-il, avec laquelle lluber décrit ce fait, j'avais peine à y croire avant de lavoir vu moi-niènie; mais une fourmilière pratoisis m'en donna l'exemple à plusieurs reprises, lorsque je m'en appnKliai avec précaution. Des ouvrières se saisissaient par les pattes ou par les mandibules, se roulaient par terre, puis se relâchaient, s'entrainaienl les unes les autres dans les trous de leur dôme pour en ressortir après, etc. Tout cela sans aucun acharnement, sans venin ; il était évident que c'était purement amical. Le moindre souffle de ma part mettait aussitôt fm à ces jeux. J'avoue que ce fait peut paraître imafifinaire à qui ne l'a pas vu, quand on pense que lallrait des sexes ne peut en être cause. » On se croirait aux beaux temps de la Grèce, lorsque les jeunes hommes s'exerçaient en public aux jeux athlétiques.
Il nous reste encore à parler de deux familiers du foyer, entre lesquels il n'y a qu'un trait de ressemblance. La Stenamma Westwoodii et la Solenopsis fwja.r sont des naines, des fourmis naines, mais combien différentes pour les sentiments et le caractère! La Stenamma est une bonne petite créature, gaie et inoffensive, qui a su se faire adopter par la Fonnica ru fa et la
Fonnicd pratensis^ deux colosses en comparaison. Dans leurs fourmilières, elle est de la maison. Elle y est même gâtée. Elle liouspillc ses grosses amies; à la promenade, elle se fait porter sur leur dos; elle se jette à chaque instant dans leurs pattes. Les bonnes géantes souffrent tout avec une débonnaireté admirable. Les jours de déménagement, on voit gambader autour d'elles des lrou[tcs de Slfnamman, imj)udentes comme des Tri])oulet, dérangeant les travailleuses pour leur dire des choses oiseuses, encombrant le clicmiii. bref, se conduisant en personnes à (|ui tout est permis, qui le savent et qui en abusent.
La Solcnopsis est aussi reiloutée (jiie l'auUM; est aimée, ("est Togre des fourmis. De taille minuscule, elle fait des trous dans les murs des fourmilières, s'y cache et profite des moments oîi les nourrices sèches, chargées de la nursery, se relâchent de leur surveillance, pour voler les enfants et les enq)orlei' dans son anli'e, où elle lesdévort;. K(qirésentez-vous, dit sir. John Lubbock, les murs de vos maisons habités par de ])etits nains, rpii, de temps en temps, emporteraient nu de vos enfants dans leur iHU'iihle caverne. — C'est affieux, et nous axons hâte de passer à un sujet moins pénible.
Les conimiinaiités aiiricolos représenlent clicz les fourmis le tv[>e do société K' plus élevé qui existe actuellement. Ou n'eu reneoulie guère (jue (laus les pavs chauds, où elU's sont connues d(^[iuis de longs siècles, puisque le Talmud s'en est occupé et contient des règlements sur leurs provisions de g-rains. Soit dit en passant, ces règlements, (pie les curieux trouvt'ront dans la Misclma. n'avaient pas toute la clarté désirable, puisqu'ils ont fait couler des llols d'encre. Plusieurs commentateurs, entre autres l'illustre Moïse Maïmonide, médecin <le Saladin. (»nt discuté à perle de vue sur la (|uestion desavoir à qui a|q>artiennent les grains emmagasinés par les fourmis : à celui (}ui les trouve, ou au projuùétaire du terrain? Aucun de ces savants hommes ne parait s'être souvenu des droits des fourmis.
Los récoltes que le Talmiid enseigne à voler selon la loi ne sont pas toutes des moissons proprement dites, venues par culture. Une portion se compose de graines et de plantes sauvages, que la fourmi n'a que la peine de ramasser, ou de grains pillés dans nos champs de blé et d'orge. Je reconnais que cette dernière circonstance excuse jusqu'à un certain point Maïmonide et ses confrères. L'historien turc Hassan- Ali ' a décrit avec admiration les brigandages de la petite fourmi rouge, si commune aux Indes. « Elle est si petite, dit-il, qu'il en faut une douzaine pour porter avec bien de la peine un grain de froment ou d'orge, gros comme la moitié d'un grain anglais. Je les ai vues parcourir avec leur charge des distances de six cents à mille mètres. Elles se placent sur deux lignes, celles qui vont et celles qui reviennent, marchant dun pas régulier et ne faisant pas de détours, quand même il se trouverait une marche d'escalier sur leur passage. Les fourmis en train de retourner à vide vers le champ ne manquent jamais de dire bonjour aux fourmis qu'elles rencontrent chargées et se dirigeant vers le grenier commun; mais ce « bonjour »