‹ Essais et mélanges sociologiquesChapitre 9 sur 11 · IIISTOIIIE DES DOCTRINES ÉCONOMIQUES · texte numérisé non relu

IIISTOIIIE DES DOCTRINES ÉCONOMIQUES

M. Dareste VOUS donnera des procédés sûrs pour obtenir telle monstruosité vivante qu'il vous plaira, — peut-être môme des monstruosités fécondes, créatrices d'une nouvelle espèce ex-abrupiol II me semble que, à ce point de vue, la logique de raction est plus avancée que celle de la pensée ; car je ne sais point de canons de l'induction qui permettent de découvrir sûrement une vérité cherchée dans un ordre de faits quelconque.

Mais, à vrai dire, inventer, comme découvrir, demeure toujours le secret du génie ; et tout ce que peut en général le logicien c'est, une fois éclose l'idée du génie, de la soumettre à des épreuves de véritioation théorique ou pratique. Remarquons, en effet, que l'invention, commeladécouverte, commence par être une conjecture. Il en est d'une machine nouvelle avant son emploi industriel, comme d'une hypothèse scientifique avant son contrôle par les faits. Or, ici et là, la pierre de touche est la même; il s'agit toujours d'appliquer l'observation et l'expérience. La locomotive étant inventée, le premier machiniste y monte et prouve en la faisant marcher sur les rails qu'elle est propre à sa destination : preuve ^^arV expérience. D'autre part, le public regarde et constate: preuve T^divVobse?'vation. C'est précisément de la même manière que les lois de Gay-Lussac ou de Berthollet ont été vérifiées. Je ne puis donc admettre que la logique de l'action et la logique de la pensée « soient soumises à des règles différentes. » L'une et l'autre se ramènent au fond, non aux canons de l'induction de Mill, mais à la vieille théorie du syllogisme qui, comme M. Renouvier me parait l'avoir établi, est implicitement postulée par ces fameux canons en ce qu'ils ont de solide. Il est vrai que le syllogisine de la connaissance., le seul étudié jusqu'ici, demanderait à être complété par le syllogisme de l'activité (que j'ai esquissé quelque part). Mais ce

G. TARDli

n'est pas le lieu d'insister là-dessus. Quoi qu'il en soit, il m^est, par suite, impossible de conclure que « la méthode de l'économie politique (comme art) n'est pas celle de la science. » Je sais bien qu'il n'y a pas de méthode scientifique pour inventer d'excellentes constitutions politiques, de solides organisations économiques. Mais il n'y en a pas non plus, que je sache, pour découvrir de beaux systèmes philosophiques, de grandes théories fécondes. Le philosophe emploie les sciences pures, pendant que l'économiste pratique et l'homme d'Etat emploient les sciences appliquées : voilà toute la différence. Mais la science appliquée est de la science aussi bien que la science pure. L'économie politique est la philosophie de ces sciences qu'on appelle l'agronomie, la métallurgie, la navigation, la construction des chemins de fer, la science des finances, etc. Elle synthétise dans le mot de richesses le caractère commun aux utilités très différentes que ces sciences enseignent et procurent aux hommes. Ce qu'elle cherche, plus laborieusement que fructueusement il faut en convenir, c'est une théorie de la valeur, qui explique la hiérarchie des richesses en tout état social, leur ascension ou leur baisse le long de l'échelle immense du désir humain, du jugement humain, et qui, en élucidant les causes de cette montée ou de cette descente, permette de modifier dans une certaine mesure leurs valeurs relatives. Or, si imparfaite que soit encore cette théorie et cette notion même de la valeur, elles l'emportent en précision sur ce qui leur correspond dans la logique de la connaissance, à savoir sur la théorie et la notion de la certitude et de la probabilité.

Mais je m'oublie à cette discussion avec M. Espinas. En la poursuivant je laisserais croire qu'il existe entre nous une dissidence fondamentale. Il n'en est rien. Je ne lui ai fait cette chicane de détail que par le plaisir de causer

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