VI. Le Bourgmestre répondit en ces termes
Gand, 27 décembre 1872.
Monsieur,
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 24 de ce mois au sujet du cimetière nouveau du faubourg de Bruges, et j'en ai pesé les termes avec cette attention particulière que mérite toute communication de votre part, et avec des dispositions non moins conciliantes que celles où vous pouvez être vous-même. J'ai aussi revu à cette occasion la lettre que vous avez pris le soin d'adresser au collège échevinal sur un sujet analogue, le 6 août 1866, à la suite de l'agrandissement du cimetière de la Colline, et où vous exposez moyennant quels engagements de l'autorité civile, la bénédiction ecclésiastique peut intervenir. Entre autres conditions vous y exigez la promesse « de ne pas laisser violer la partie bénite par l'inhuma- « tion d'une personne que les lois de l'Église excluent d'un cimetière « bénit » .
Je crois être en parfait accord de sentiment sur l'objet de ces lettres avec le Conseil communal de Gand, comme avec le Collège échevinal, en me référant complètement aux lignes suivantes de la lettre que ce collège a eu l'honneur de vous adresser le 9 août 1866. et qui est restée, je crois, sans réponse.
« Nous tenons pour abrogé l'article 15 du décret de prairial an XII, « pour toutes les raisons que M. le ministre des finances a dévelop- « pées devant le Sénat, le 8 août 1862, à propos de la pétition des « marguilliers d'Uccle. De plus, nous regardons l'établissement de « lieux de sépulture communs pour tous les cultes, comme la solution « qui tient le mieux compte de la tolérance qui distingue la société « moderne, et de l'impossibilité pour l'autorité civile, soit de faire « des investigations sur les croyances des citoyens pour les classer « après leur mort, soit de se dépouiller elle-même au profit des « ministres des cultes, du droit de fixer l'emplacement de chaque a tombe. »
Je crois pouvoir exprimer en outre le désir, comme le faisait le
collège éclievlnal de 1866, que « le clergé finisse par accepter pour « définitive (1) une solution qui écarte aussi complètement toutes les « difficultés, prévient tous les conllits et lui laisse, dans son ministère « spirituel, autant d'indépendance qu'il en est réservé à l'autorité « civile » .
Et s'il persiste à trouver que les circonstances ne légitiment pas encore à Gand la bénédiction par fosses, acceptée et pratiquée par lui en tant d'autres localités, ceux de nos administrés dont vous annoncez « le mécontentement, les murmures, autre chose peiil-être », sauront, je pense, discerner à qui doit s'imputer l'absence de toute bénédiction dans le cimetière nouveau.
Agréez, M, l'évèque, l'assurance de mes sentiments respectueux.
Le bourgmestre, Comte de Kekghove.
VIL Cette lettre fut reçue par l'évèque le 28 déceml)re, et le lendemain une lettre pastorale fut lue en chaire et adressée à M. le bourgmestre, accompagnée de la lettre d'envoi dont voici le texte :
Gand, le 39 décembre 1873.
Monsieur le bourgmestre,
J'ai vu avec douleur, dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 27 de ce mois, que vous ne pouvez rien changer aux décisions prises par vous touchant le nouveau cimetière. J'ai dû me décider à annoncer aux catholiques des diverses paroisses comprises dans votre décret, que j'ai fait tous les efforts pour leur obtenir un cimetière bénit, et qu'ayant échoué, je me vois forcé par les saints canons de l'Église de ne pas permettre la bénédiction des fosses ni la présence du prêtre dans le lieu profane destiné à l'enterrement de leurs proches.
J'ai fait lire en chaire une petite lettre pastorale pour faire
(1) La lettre pastorale de M. l'archevêque de Malines du 10 mars 1891, s'oxprime comme suit : « Tenant compte des circonstances présentes et tout en rappelant aux évoques et aux fidèles le devoir de maintenir, partout où ils le pourront, la loi et la discipline de l'Eglise concernant la bénédiction des cimetières et la sépulture chrétienne, notre Saint-Père le Pape a daigné autoriser les évêques belges à permettre au clergé de bénir chaque fosse isolément dans les cimetières qu'il n'aura pas été possible de bénir ou qui auront été profanés. » {Belgique Judiciaire, XLIX, p. 401). 0. K.
connaître à mes chers fidèles les motifs de mes décisions, pour les engager à demander au Seigneur de meilleurs jours, et à attendre patiemment l'effet de leurs prières.
Permettez moi de vous remettre sous ce pli un exemplaire de cet écrit que vous trouverez, je l'espère fermement, calme et digne de la sainte cause qui y est défendue.
Agréez, M. le bourgmestre, la nouvelle assurance de ma haute considération en N. S. Jésus Clirist.
-(- Henri, évèque de Gand.
VIII. Le lendemain M. le bourgmestre donna en séance du conseil communal lecture des pièces reproduites ci-dessus, et le conseil, sur la proposition de M. Ad. Du Bt>is, vota à Tunanimité l'ordre du jour que voici :
Le conseil communal,
Ouï lecture de la correspondance échangée entre M. l'évèque de Gand et M. le bourgmestre au sujet de la bénédiction du cimetière nouveau.
Et partageant les sentiments exprimés par M. le bourgmestre dans sa lettre du 28 décembre,
Passe à l'ordre du jour.
Belgique Judiciaire, XXXl"»"^ année, p. 204.
Histoire d'une lettre pastorale
A la fin de septembre 1859, Adolphe Du Bois, Auguste Orts et Louis Hymans se rencontrent en Suisse. On cause. La conversation tombe sur les scandales découverts dans une série d'écoles congréganistes et qui ont fait l'objet de débats retentissants. On parle de la guerre faite aux écoles laïques et des mandements publiés par les évêques de Bruges et de Gand en 1856. Ce dernier, dans une lettre pastorale du 8 septembre 1856, avait condamné ies établissements d'éducation laïque « où les enseignements de la vie éternelle sont mis de côté ou « communiqués par des bouches que l'Église n'a pas ouvertes. »
Le lendemain est jour de pluie. — Chacun sait combien le temps paraît long en Suisse quand il pleut. — Adolphe Du Bois écrit, dans le style propre aux gens d'Église, une sorte de lettre pastorale qu'il lit à ses amis. Le pastiche est trouvé réussi. Orts, dont la mémoire rivalisait avec celle de Du Bois, rappelle à ses amis, que Lambrechts, le grand juriste braban(on(2), publia en 1796 dans le Répiiblicain du .\or(l'^) un mandement attribué au Cardinal archevêque de Matines, si admirable-
(1) Gf page 12.
(2) Ministre de la Justice en France, sous le Directoire, Lambrechts fut un des rares niem)>res du Sénat qui votèrent contre l'établissement du premier empire.
(3) La Belgique Judiciaire publia ce mandement et de curieux détails sur ce journal dont les rédacteurs furent : Lambrechts, Van Meenen qui mourut président de la Cour de cassation de Belgique, et Gornelissen qui devint membre de l'Académie royale de Belgique. Cf. B. J., février, 1879, p. 143.
ment composé qu'il ne fut pas désavoué imméiliatement. A cette époque du reste, les lettres pastorales apocryphes émanaient même des membres du clergé (i). Le 8 février 1795, les vicaires généraux de l'évêque de Gand, Ferdinand Marie, prince de Lobkowitz, avertissaient les prêtres du diocèse qu'un des leurs s'était permis de publier sous leur nom, à l'occasion du carême, un mandement apocryphe et leur défendaient d'en donner lecture au prône (2).
La lettre pastorale supposée écrite par le cardinal-archevêque de Malines, parut le 15 octobre 1859 dans le Journal de Gand. Adolphe Du Bois l'avait fait précéder d'une note spécifiant toute réserve quant à lauthenticité de la pièce publiée.
« On nous communique une lettre pastorale de l'Arche- « vêque de Malines, où il fait allusion aux méfaits de Forges, « de Jemmapes, d'Alost, ..., ce qui attache quelque intérêt à « cette pièce. Comme le texte original est en latin, et que ■' nous n'avons pu nous en procurer que la traduction, nous « ne pouvons pas garantir la parfaite exactitude de celle-ci « dans toutes ses parties. Si quelque erreur s'y était glissée, « ce serait à la presse épiscopale à la redresser, en donnant le « texte latin.
« A en croire Marnix de Ste-Aldegonde, la pièce entière « serait apocryphe, car, comme il le dit, ■ Rome ayant esté « une bonne louve aux forests, ne s'étonne pas d'un petit • bruit; et ores qu'elle sache fort bien tout ceci... toutefois « aime beaucoup mieux souffrir tout ce beau mesnage de ses « bons petits enfants... »
" D'après cela on serait tenté de croire que Mgr Sterckx, « fidèle aux traditions romaines, ne s'est nullement ému des '- crimes de Forges, de Louvain, de Jemmappes, etc.
- Mais le lecteur remarquera que dans la pièce que nous « reproduisons, Mgr de Malines ne s'émeut de ces faits que « parce qu'il y voit des raisons nouvelles pour redoubler de 0 violence à l'égard des établissements d'instruction apparte-
(1) Voir page 272, ce qui est dit de la fausse bulle d'excommunication imaginée par un curé contre l'évêque Triest.
(2) Bibliographie gantoise de Ferd. Van der Haeghen, n" 7549.
6 nant à l'État. Ce langage n'a rien qui doive étonner, rien « qui ne s'accorde parfaitement avec les sentiments connus « des évêques belges. Si l'on avait oublié leurs mandements " de 1856, la polémique des journaux cléricaux en serait au « besoin la preuve éclatante.
'• Nous ne voyons donc pas de motifs, malgré le témoignage « respeGt:i])le de Marnix, pour rejeter la pièce. Si nous versons « dans une erreur, la presse de l'épiscopat éclaircira la ques- « tion. Voici la circulaire secrète de Monseigneur :
« A nos très chers frères
et coopérateurs....,
« A diverses reprises nous avons, mes très chers frères, '< déploré ensemble tout ce qui a été entrepris, dans ce pays, « par les ennemis de l'Église contre les droits qui appartiennent « aux ministres de Notre Seigneur Jésus-Christ, quant aux « soins de l'instruction et de l'éducation de l'enfance et de la « jeunesse. Nous vous avons exprimé combien notre cœur " était profondément attristé de voir que dans cette Belgique, « dont l'antique attachement au Saint-Siège et à la foi catho- « lique nous avait donné les meilleures espérances, tant de « chrétiens devenaient sourds à la voix de leurs pasteurs, et " se corrompaient lentement par le venin de l'erreur, au point « qu'ils osaient préférer des établissements d'instruction où " l'enseignement de la religion est ou bien exclu ou bien « diversement neutralisé, à ceux que l'Eglise dirige ou « approuve, au risque d'exposer le sort d'âmes dont ils répon- « dront devant Dieu.
« Et nous vous sollicitons,, vous qui partagez nos peines, de « déployer votre vigilance pour éclairer ceux qui étaient sur la « voie de leur perte, et pour réchauffer le zèle des tidèles « attiédis.
« Vos efforts empressés et dignes d'éloges avaient été un « soulagement et une consolation dans Taccomplissement de « nos devoirs pastoraux; et nous en espérions, avec les secours « de la Divine Providence sans lesquels aucune œuvre ne « prospère, les fruits les plus heureux, lorsque des sujets
^ nouveaux de douleur pour nous et de joie pour nos adver- « saires se sont multipliés depuis une année, et ont ajouté « à l'audace de tous les ennemis de la vraie foi et de l'ordre « social. Je veux parler de faits qui eussent dû être couverts à « jamais du voile de l'oubli; que l'intérêt même des mœurs et « le caractère de ceux qui avaient succombé commandaient de « soustraire à une répression publique, et dont le même esprit « de mal, qui les a inspirés, ne manquera pas de se prévaloir I contre nous et contre les écoles et les collèges catholiques.
« Ce serait doubler notre malheur commun, mes très chers ï frères et coopérateurs, et ce serait mettre le comble à notre t affliction si les circonstances graves et difficiles que nous « avons à traverser, devaient produire sur vous ce pernicieux « effet d'abattre votre courage et diminuer votre activité. Dieu « permet quelquefois que des avantages apparents soient " remportés sur nous par les partisans du mensonge, afin « d'éprouver notre zèle pour la conservation de la foi et '< des mœurs, notre constance à lutter contre l'esprit anti-reli- « gieux et anti-social qui envahit une partie de l'enseignement « et enfin notre foi en ses promesses qui ne peuvent faillir.
I Au moment où les fautes de quelques-uns sont exploitées « avec malice comme un argument contre toute participation « du clergé à l'enseignement, redoublez vos efforts, mes chers « coopérateurs, pour la préservation des fidèles de ce diocèse ; « et conformez-vous à mes précédentes instructions que je « vous renouvelle par les présentes.
" Demandez aux pères de famille qui par faiblesse, par f crainte des pouvoirs terrestres, ou par sordide intérêt, « retirent leurs enfants des établissements où la foi catholique « est honorée, pour les placer dans ceux où ses dogmes sont « ou passés sous silence ou méconnus, demandez-leur comment « ils croient accorder leur conduite avec le respect qu'il doivent « à la Sainte Église, et s'ils croient reconnaître ainsi les pout voirs que Dieu nous a confiés, lorsqu'il nous a été dit par la « voix de notre divin maître : c Allez et enseignez, apprenez « à garder tout ce que je vois ai recommandé » (Mat. 33, 20). « Conjurez-les de se bien convaincre des dangers que présente
« tout enseignement qui n'a pas pour base la foi catliolique, " enseignée par des personnes autorisées. Faites-leur voir les « tristes mécomptes auxquels s'exposent, ceux qui n'ont pas « préféré les écoles catholiques. Montrez-leur combien les « doctrines du rationalisme et de l'irréligion ont précipité de « jeunes gens, nés de parents chrétiens, dans l'abîme de la « corruption et de l'impiété.
« Exposez au besoin à ceux qui résistent qu'ils font autant « que s'ils étaient associés aux complots des pervers qui livrent « à l'Église catholique et au Saint Siège la guerre la plus achar- « née, afin que, s'il était possible, notre Sainte Religion et ses d divins enseignements fussent pour toujours bannis de la « terre. Ne négligez aucune occasion et tâchez dans toutes « d'approprier votre conduite aux circonstances. Et adressez « avec nous de très ferventes prières à Dieu tout puissant et à « la Sainte et Immaculée Vierge Marie, pour qu'ils nous conso- « lent dans notre affliction et bénissent nos communs efforts.
« Fait à Matines, le 2 octobre 1859 etc.. >^
Bien que les lignes précédant la lettre pastorale apocryphe dussent éveiller l'attention du lecteur, et faire deviner l'intention de l'auteur, pendant huit jours la presse épiscopale la tint pour véridique, tant elle rendait bien ce qui était dans la pensée de toute la fraction militante du parti.
Le succès de cette pièce fut immense.
Le 26 octobre 1859, le Journal de Gand trouvant que la plaisanterie avait assez duré, publia l'article suivant :
< Après dix jours de silence, la presse épiscopale nous dit « son opinion sur la pièce généralement attribuée à Mgr l'ar- « chevêque de Matines, pièce que nous avons publiée les « premiers. L Universel dit, dans son numéro que nous avons « reçu hier : « Il résulte de renseignements puisés de bonne « source, que cette pièce est apocryphe. » UUniversel se plaint « ensuite des réflexions dont elle a été l'objet dans la presse « libérale. Le Journal de Bruxelles en fait autant. Les deux « feuilles montrent une grande colère qui sera partagée demain « par tous les journaux cléricaux de province.
« L'Universel, nous devons bien le reconnaître, est mieux « en position que nous de puiser des renseignements à bonne < source sur le point qu'il affirme. Nous-même, nous n'avons « donné ce document qu'avec une certaine réserve, en disant : € « Nous ne voyons pas de motifs pour rejeter la pièce. Si nous « versons dans une erreur, la presse de l'épiscopat éclaircira la '< question » .
« Cette presse a cru reconnaître le langage d'un membre de « l'épiscopat, et par son silence a confirmé les journaux libé- « raux dans la môuie opinion. P^lle eût mis fin aux commen- « taires, si dès l'apparition du document, elle eut dit : Tel ne « saurait être le langage d'un prélat belge.
" Mais comment oser le dire?
« Nous avons lu et relu attentivement la circulaire et nous « n'y avons pas trouvé une ligne qui dût faire regarder comme « impossible, ou seulement comme improbable, la supposition « qu'elle émanât de l'archevêque de Malines. Nous ne ressen- « tons aucun embarras à exposer les motifs de notre apprécia- « tion, — ils expliquent aussi les jugements de la presse « libérale sur ce document.
» Dire que les pères de famille qui envoient leurs enfants « dans les établissements d'enseignement de l'Etat font mal, « et exposent le sort des âmes dont ils répondront devant « Dieu, c'est répéter ce qui a été dit dans les célèbres mande- « ments de MM. Delebecque et Malou de septembre 1856.
« Inviter les prêtres à prêcher contre l'enseignement de « l'État : c'est encore répéter un conseil qui leur a été donné « tant de fois, et qu'ils suivent si bien qu'on aurait pu le a regarder comme superflu.
« Jusqu'ici le mandement nous paraissait présenter un air « de famille avec ses aînés. Ceci n'était certes par une cause « pour le rejeter.
« Remarquez d'ailleurs qu'on est toujours bien près de « croire que le conseil a été donné, lorsqu'on voit que ceux î qui auraient dû le recevoir, n'agissent pas autrement que « s'ils l'avaient reçu.
« Des sujets nouveaux de douleur se sont multipliés depuis « une année....
. Ici nous avons lu plus attentivement, le mandement cessant de se traîner dans les banalités. A première vue, ces paroles paraissent étranges dans la Louche de l'archevêque. Les faits de .Temmapes, de Forges, dAlost, de Schaerbeek, de Louvain, de Hasselt, de Bruxelles, n'ont pas été jusqu'ici l'objet d'une mention dans la presse de lépiscopat. Tout ce qui, de près ou de loin, appartient au clergé, s'efforce d'en restreindre la publication. Mais la circulaire étant destinée à rester secrète, nous comprenons que secrètement l'on doit parler de faits sur lesquels l'on s'imposait le silence le plus absolu dans tout document public.
« Il se trouvait dit dans le Mandement que ces faits devraient être couverts du voile de l'oubli. C'est à les faire tomber dans l'oubli que travaille la presse de l'épiscopat, puisqu'elle s"est jusqu'ici interdit d'en dire le premier mot. • Le caractère de ceux qui avaient succombé commandait
de soustraire ces faits à une répression publique >
« L'Église du moyen-âge procédait ainsi : elle ne livrait pas ses criminels au bras séculier, et leur jugement n'était pas public. Aujourd'hui encore à Rome, les Trappistes de " Forges ne seraient pas condamnés publiquement.
« L'Église a une aussi grande horreur de la publicité en « ces matières que la presse cléricale, qui a jusqu'ici refusé ' d'enregistrer aucune des condamnations encourues par les " religieux.
« Monseigneur tâchait dans la fin de la circulaire, d'exciter « le zèle et l'activité de son clergé dans la lutte contre > l'enseignement de l'État; il parlait de l'aveuglement des « familles, des dangers de l'enseignement laïc; il retombait « enfin dans toutes les répétitions que l'on connaît. Il nous « semblait entendre un écho des mandements de 1856; et « nous l'avons déjà dit, en fait de mandement les échos sont « ce qui étonne le moins.
« Cependant, la pièce, paraît-il, n'était pas de Mgr Sterckx. » Ce n'est pas dans son texte que Y Universel l'a vu; c'est en * puisant ses renseignements « à la meilleure source » . La cirf culaire, s'il faut la tenir pour apocryphe, ne différait, cela
« est certain, de ce qu'aurait été une pièce originale, que « par de faibles nuances, par quelques teintes imperceptibles > pour nous, (les nuances ont aussi échappé à la presse « cléricale, et c'est ainsi que la question ne s'est éclaircie « que lorsque l'Universel, le premier, a été « puiser ses ren- • seignenients à la meilleure source. ><
A la suite de cet article, le silence se lit sur cette pièce, ainsi qu'il arrive des articles de journaux dont l'intérêt ne survit guère à l'heure de leur apparition. On n'en parlait plus quand le 9 mars 1861, un journal politiiiue que le parti clérical employait parfois pour certaines besognes, leXouvellistede Garni publia une L'ttre d'un ancien rédacteur du Journal de GandV) indiquant comme auteur de la lettre pastorale apocryphe, M. Adolphe Du Dois, substitut du procureur du Roi.
Dès qu'il eut connaissance de cet article. Du Bois adressa la lettre suivante au Journal de Gand :
t Mon nom a été publiquement cité hier dans les colonnes d'un journal de cette ville au sujet d'un fait sur lequel je désire donner publiquement aussi mes explications.
« Vos lecteurs n'ont pas oublié certain mandement de M. l'Évêque de Gand accusant à l'occasion du Carême de 1856, les élèves sortis des établissements d'instruction appartenant à l'État, d'être capables des plus grandes monstruosités. Ils ont sans doute gardé également souvenir d'un mandement semblable de M. l'Évêque de Bruges. Je n'avais oublié ni ces mandements, ni l'usage qui en avait été fait au sein des familles catholiques, ni tout ce que la presse catholique y avait ajouté de commentaires; je devais nécessairement y
(1) Ce Seghers avait été accueilli par le Comité de rédaction, sur la foi de renseignements erronés. 11 ne fut que peu de mois rédacteur du Journal de Gand, il n'en faisait pas partie en octobre 1859. Quelques membres du Comité, et parmi eux Du Bois, se défiaient de lui; ils firent une enquête sur son séjour en France. Ayant appris qu'il avait été condamné à 5 années d'emprisonnement et à 300(i francs d'amende par le Tribunal de la Seinev pour escroquerie d'une somme de 94,074 francs, ils réclamèrent sa révocation; celle-ci fut immédiatement prononcée par le Comité du Journc^^
de Gand.
songer plus que jamais, en 1859, au moment où venaient de se produire ce que la presse libérale entière a appelé les scandales de Jemmapes, de Forge, de Hasselt, d'Alost, d'ailleurs... (Qui aujourd'hui est encore à môme de faire une énumération complète?)
I Or, deux choses m'avaient profondé ment frappé etm'étaient un sujet de réflexion. D'abord cette espèce de punition du ciel qui faisait précisément que les scandales se révélaient coup sur coup dans les rangs de ceux dont les chefs avaient porté les accusations les plus graves contre l'enseignement de l'État, et qu'ils ne se produisaient que là. En second lieu, cette tlagrante injustice et des auteurs des mandements et de la presse entière de l'épiscopat qui laissaient les établissements de l'État sous le coup d'accusations dilïamatoii'os, non encore rétractées aujourd'hui, en même temps qu'ils continuaient à cacher la vérité en ce qui concernait les établissements du clergé, le tout vis-à=vis de personnes auxquelles on interdisait d'ailleurs la lecture de tout ce qui n'était pas entaché de cette double pensée de mensonge.
« Dans cette situation il m'a semblé et il me semble encore, que c'était uae forme de polémique légitime de la part des défenseurs de l'État, que de représenter, par hypothèse, M. l'archevêque de Malines comme ayant donné des instructions à son clergé pour redoubler ses attaques contre l'enseignement de l'Etat et ses recommandations en faveur des établissements rivaux. Nous ignorons, me disais-je, si des instructions ont été formellement données sur ce point, mais le clergé agit comme s'il les avait reçues : et si c'est spontanément qu'il agit ainsi, au moins ne peut-il le faire que du consentement de ceux qui ont le pouvoir de l'en empêcher; — cela seul, en présence d'une corruption qui est dans ses établissements et point dans ceux de l'État, est une injustice qui révolte l'âme.
« Sous l'empire de ces sentiments, j'ai écrit l'article que le Journal de Gatid a publié le 16 octobre 1859.
« L'effet a été quelque peu différent de ce que j'avais prévu. J'avais donné la traduction des instructions supposées sous
cette réserve, que le journal n'en « garantissait pas la parfaite « exactitude dans toute? ses parties », et que si « quelque « erreur s'y était glissée., c'était à la presse épiscopale à la '< redresser » .
« Je ne prévoyais pas d'erreur sur le caractère de la pièce, accompagnée d'ailleurs de pareil commentaire. Qu'est-il arrivé? La presse catholique a commencé par ne rien redresser; elle n'a pas dit : nous ne reconnaissons point là le langage d'un prélat belge, comme elle eût dû le faire de toute supposition contraire au caractère d'un chef de l'Église. Non; elle est habituée ta attendre si peu d'équité d'un prélat à l'égard de l'enseignement de l'État, si peu de vérité au sujet de l'enseignement donné par le clergé, qu elle n'a rien aperçu, ni entrevu dans les lignes du Journal de Garni, qui rendît improbable qu'elles fussent de ^I. l'archevêque de Malines, jusqu'au jour où VUniversel a imprimé : " Il résulte de renseigne- ■< ments puisés à bonne source que la pièce est apocryphe » , ce que le Journal de Gand n"a jamais contredit. .T'ai lu les commentaires qui ont suivi dans la presse cléricale, mais n'en ai point été ému, habitué à juger beaucoup de choses d'un point de vue très différent du sien.
« Si, dans vingt années, un écrivain prend la plume, pour écrire la lutte du clergé contre l'enseignement de l'Etat, il dira en toute vérité : le clergé a agi comme s'il avait reçu le mot d'ordre pour diffamer l'enseignement de l'Etat et ne tenir nul compte de la corruption existant dans ses propres établissements. Et si, à l'exemple des historiens de l'antiquité qui font toujours prononcer des discours par leurs principaux personnages, il fait parler les chefs de l'église belge, il sera amené à placer dans leur bouche — je le dis sans vanité aucune — des paroles approchant beaucoup de celles que j'avais imaginées. Au moins en le faisant, sera-til plus dans la vérité historique que ceux qui représentent les chefs de l'église restant étrangers aux passions politiques et remplissant uniquement un ministère de vérité et de justice.
« Permettez-moi, en terminant, d'exprimer le désir que vous mettiez sous les veux de vos lecteurs l'article du
16 octobre 1859 qui fait l'objet des lignes qui précèdent, et agréez etc.. (U
Le Bien Public, organe de révôcbé de Gan 1, et les autres organes de la presse catbolique s'emparèrent de la révélation de Seghers : « Il est impossible, dit le Bien Public, (pe la « magistrature belge, si haut placée dans l'estime du pays, •< compte plus longtemps au nombre de ses membres cet '< individu (sic) qui ose étaler devant tous les yeux le scandale « des plus coupables impostures.... »
" Nous voulons espérer que M. Du Bois comprendra ce que " les révélations de M. Seghers et ses propres aveux exigent « de lui : il saura se faire justice à lui-même. »
Les autres organes de la presse ultramontaine suivirent l'exemple du journal de l'Évêché de Gand. Dans sa colère, celui-ci accola même au nom d'Adolphe Du Bois, le titre de cardinal, estimant sans doute comme l'injure la plus cruelle qu'on puisse faire à un homme d'une probité indiscutable et d'une admirable pureté de mœurs, de l'assimiler au premier ministre du Régent, du dépravé Cardinal Dubois!
Au milieu de cette campagne d'injures, Adolphe Du Bois resta impassible. Il n'était pas au pouvoir de ses adversaires de l'abaisser au niveau de leurs insultes. Il opposait à toutes les plus dédaigneux mépris. Pour en juger, il suffit de lire ce qu'il écrivait le 24 mars 1861 à un de ses amis qui lui avait offert de se déclarer l'auteur de la lettre pastorale incriminée :
'< Merci, mille fois merci pour votre toute bonne lettre; mais « les moyens de se sauver ne manquaient pas; ce qui man- « quait, c'était de la part du coupable la volonté de reculer. « Me, me, adsum qui feci de Virgile, voilà ce qui m'est venu à « l'esprit du premier moment, sans préoccupation aucune du « lendemain. Ai-je eu tort? Je ne le crois pas. Si cette voie « n'eût eu mes préférences comme la plus nette, la plus « franche, la plus anti-catholique, il sen ouvrait plus d'une « autre...
(1) La Ictlro est du 17 mars 1861.
« J'ai préféré avouer nettement mon méfait avec les senti- « ments qui me l'avaient fait commettre et quelles que soient • les suites de ma conduite, personne ne me reprochera d'avoir ' sacrifié mes devoirs à mes intérêts et les marques de sym- « pathie et d'estime que je reçois de mes amis, me consolent « amplement de toutes les criailleries des adversaires. »
Un député de Roulers, saisit la Chambre des Représentants dans la séance du 19 mars 1861. Avec l'intempérance de langage qui lui était propre, M. Dumortier s'écria « qu'un pareil « acte ne peut assez exciter l'indignation de tout homme qui se •< respecte » . IMM. De Fré et Louis Hymans lui répondirent en termes élevés, invoquant de nombreux exemples littéraires de pièces supposées, depuis la Satyre Menippée jusqu'aux immortels pamphlets de Paul-Louis Courrier, depuis les œuvres de Marnix de Saint Aldegonde jusqu'aux écrits de MM. Ducpétiaux et van de Weyer sous le gouvernement du roi Guillame.
Le Ministre de la Justice, pris au dépourvu, déclara : «quelle « que soit l'honorabilité de M. Du Bois, quoique je sois con- « vaincu qu'il n'attachait pas à la pièce publiée le caractère et « l'importance qu'on y a données depuis, je ne puis que le « blâmer. »
Les hommes qui gouvernent, manquent souvent de sang froid et sacrifient au désir d'obtenir l'approbation de leurs adversaires, le bon sens, la dignité, Ténergie, au point d'oublier comme dans ce cas que l'ironie est, depuis Marnix, une des formes les plus familières de la littérature en Belgique. M. Tesch, il est vrai, aimait peu la littérature et détestait la plaisanterie.
A la réception des Annales parlementaires, Du Bois adressa sa démission à M. Tesch, dans les termes suivants :
Monsieur le Ministre,
« Si profondément touché que je sois du témoignage d'estime « que vous m'avez publiquement donné et de la justice rendue « à mes intentions, je ne puis, en présence du blâme que vous « avez prononcé, que vous prier de soumettre à l'acceptation
» de sa Majesté ma démission des fonctions de Substitut du " Procureur <lu Roi.
« Veuillez agréer, M. le Ministre, l'assurance de mon profond « respect.
A. Du Bois. »
La démission fût acceptée le 25 mars 1861.
Le 37 mars, à la séance du Conseil Communal, M. Pickaert et le comte Charles de Kerchove de Denterghem, Bourgmestre de Gand, interprètes des sentiments de l'assemblée faisaient voter la proposition d'inscrire au procès-verbal de la séance les paroles de protestation comme témoignage public de la vivo sympathie du Conseil pour un de ses membres les plus dignes et les plus dévoués (1). Il n'y avait tu qu'un seul opposant.
(1) EXTllAIT DU PKOCÈS-VEKBAL DU CoNSlîIL COMMUNAL DU 27 MAKS 1861.
M. Pickaert, rappelant les accusations dont M. Ad. Du Bois a été tout récemment l'objet, propose à l'assemblée de donner à cet honorable Conseiller un témoignage public de sympathie, en protestant contre ces accusations.
M. LE BouKOMESTRE s'associe aux sentiments de M. Pickaert, et il espère que le Conseil tout entier partagera la même opinion.
M. A. Du Bois, remercie M. Pickaert, M. le Bourgmestre et tons les membres du Conseil des marques dVslime qui viennent de lui être données.
M. LE roDRfiMESTKE propose que mention soit faite au procès-verl'al, des paroles prononcées par M. Pickaert.
M. Hebbelynck s'y oppose, ne considérant ces paroles, de même que celles dites par M. le Bourgmestre, que comme l'expression de l'opinion personnelle de ces honorables membres.
M. TiMMRRMANS demande si M. Hebbelynck proteste.
M. Alb. Colson de son côté, demande que M. Hebbelynck motive son abstention s'il entend s'abstenir.
M. Hebbelynck répond que pour sa part il ne peut s'associer, en aucune manière, aux paroles prononcées par M. Pickaert. et par ^I. leBourgmestre.
M. Vuylsteke propose que les paroles prononcées par M. Pickaert et par M. le Bourgmestre, soient relatées au procès-verbal, comme exprimant les sentiments de tout le Conseil, sauf M. Hebbelynck. Le Conseil, ayant été consulté d'urgence à ce sujet, sans autre opposition, la proposition de M. Vuylsteke est adoptée ti l'unanimité des voix, sauf celle de M. Hebbelynck.
Voici le texte des paroles dites par M. Pickaert et par M. le Bourgmestre :
M. Pickaert. Vous savez, Messieurs, que du haut de la tribune nationale des accusations violentes et passionnées ont été lancées contre un de nos collègues des plus dignes et des plus dévoués à la chose publique. Ces accusations, ces calomnies nous ont profondément indignés, non qu'elles puis-
La délibération du Conseil communal fut attaquée le 2 mai 18GI au Sénat par M. le baron d'Anelhan, le leader de l'opposition catholique. M. Rogier, ministre de l'intérieur, refusa de proposer au Roi l'annulation de cette délibération. Il prit kl défense de Du Bois en termes tels qu'il reçut le lendemain la lettre suivante :
« Monsieur le Ministre,
« Je ne veux pas attendre l'occasion de vous exprimer verbalement mes sentiments. J'ai été profondément ému et touché par les termes dans lesquels vous avez parlé de moi et de la conduite de M. Dumortier à mon égard. Je m'en sens honoré et vous en suis reconnaissant plus que je ne saurais vous le dire, n'ayant personne en Belgique de qui les témoignages de bienveillance et d'estime puissent jamais avoir une aussi haute valeur pour moi que ceux que vous venez de me donner publiquement devant le Sénat.
' Si vous avez dit aussi que : l'acte que le magistrat a posé, nul ne peut l'approuver, — je ne pense pas me tromper sur votre pensée en interprétant ces mots en ce sens que l'acte
sent le moins du monde atteindre riionorabilité de M. Du Bois, non, mais le caractère du lieu où elles se sont produites dtirfend de rester indiflerent.
Comme membres du Conseil communal de la ville de Gand, il importe que nous protestions de toutes nos forces contre elles.
Tou.^, nous connaissons la droiture d'âme de M. Du Bois, son impartialité, sa loyauté ; mu par un sentiment de justice, uniquement par un sentiment de justice, je désire donner à M. Du Bois, un témoignage de sympathie en protestant contre une accusation aussi injuste qu'oaieuse.
J'ai dit, Messieurs, j'ai la coLScience d'avoir accompli un devoir.
M. LE Bourgmestre. Je m'associe de tout cœur aux paroles que vient de prononcer l'honorable M. Pickaert. Ces paroles, je le dis avec une entière certitude, ne fout que rendre le sentiment unanime de tous les membres de cette assemblée.
Tous, j en ai la ferme conviction, me donneront leur plus complet assentiment, quand je dirai que notre honorable Collègue M. Du Bois ne compte dans cette enceinte que des amis jaloux de lui prodiguer les marques de leur sympathie et de leur haute estime.
Quant aux violences de langage dont M. Du Bois a été récemment l'objet, chacun de nous a pu reconnaître le parti pris de haine qui les a inspirées et chacun de nous, dès le premier jour, en a fait justice dans sa conscience.
M. LE PRÉsiûtiNT déciare l'incident clos et le Conseil aborde son ordre du jour.
« ne peut être approuvé de la part du magistrat, en raison (si « son nom apparaît) des désagréments que, dans l'état de nos « mœurs politiques, cet acte peut causer à d'autres qu'à lui- • même et je tiens à vous dire que le droit de provoquer « pareils désagréments, je ne me le suis jamais arrogé.
« Mais je persiste à croire que l'emploi d'une forme de •' polémique autorisée par de fréquents exemples, dans le but « de mettre mieux en évidence des idées vraies, ne pouvait '• point constituer un acte mauvais en soi et indépendamment 1 des circonstances imprévues qui y ont attaché un nom de « substitut.
« Je fais cette remarque pour n'être i)oint regardé commue « penchant vers la conversion alors que toutes les probabilités « sont pour l'impénitence finale, et j'espère ne point compro- « mettre par ma franchise la place que j'ai pu acquérir dans « votre estime à laquelle je tiendrai toujours comme au bien t le plus précieux.
« Agréez, Monsieur, l'expression réitérée de mes sentiments « de reconnaissance, de respect et de dévouement.
•< A. Du Bois. »
La démission de Du Bois coïncidait avec la mort d'un représentant libéral, Ferdinand Manilius, dont la popularité locale était considérable : le parti libéral lui savait gré d'être resté fidèle à ses convictions anciennes à une époque où MM. Delehaye, t'Kindt de Naeyer, et d'autres députés, élus par les libéraux de Gand abandonnaient leurs amis politiques (l).
L'association libérale offrit à Du Bois une candidature : ses amis le pressaient d'accepter : l'élection était certaine. Du Bois n'accepta pas le mandat qu'on lui offrait, par la lettre suivante adressée au Comité :
» Vous me faites l'honneur de me demander si j'accepte « d'être porté- sur la liste des candidats à soumettre par le « Comité libéral au vote de l'association, mou nom ayant réuni « dans les sous-comités le ]dus grand noml)re de voix.
(l) Cf. Diugraphie nationale, v° Manilius,
« Je ne puis Monsieur, que remercier de tout cœur les -« membres du comité et des sous-comités de ce témoij^nage ■« d'estime et de contiance. Mais, du jour où des amis me par- « lèrent de leur désir de me voir succéder à l'honorable « M. Manilius, ma détermination étant déjà bien arrêtée de n'y « point consentir.
« Si je ne m'en explique qu'en ce moment, c'est en raison du t droit que je croyais avoir, attaqué comme je Tétais, de « laisser l'Association libérale manifester librement ses senti- « ments à mon égard.
« Après ce qui s'est passé au sein du Conseil Communal de « Gand et après l'ofifre que le Comité me fait, je me tiens pour « plus que vengé des insultes de M. Dumortier et de la presse « de l'épiscopat, et ne puis que prier les membres de l'Asso- « ciation libérale de renfermer leur choix parmi les personnes « dont les candidatures étaient prévues avant tout le bruit qui « s'est lait inopinément autour de mon nom.
« Agréez, etc.. »
Avec cette lettre se termine cet incident, — je serais tenté de dire cet accident — qui eut sur la destinée d'Adolphe Du Bois une influence décisive.
Il quitta la Magistrature pour rentrer au Barreau et celui-ci s'honorera toujours du grand exemple donné par le talent de Du Bois et par la dignité de sa vie.