M. de Salvandy
i6 DISCOURS ACADÉMIQUES.
Votre empressement à l'accueillir alors, votre deuil iFan-
jourd'bui s'expliquent d un seul mot : c'était un esprit rare, original, exquis, qu'Alfred de Musset; disons mieux, disons tout, c'tUait un poêle! un de ces homme à qui le ciel, sodveut au prix de misères* de faiblesses, d'iodicibles souffrances, semble livrer ses secrets, et qui, par une exception saus t''gale, en reçoivent un don merveilleux et divin, de sentir, d'exprimer et de peindre. Enfants privilégiés qu'il faut aimer, juger avec indulgence, car ils sont en ce monde moins puur s'y gouverner eux-mêmes que pour charmer et consoler les autres.
Celui que nous perdons était de cette noble race. N'essayons pas ici de parler de ses vers, de faire l'histoire de son talent, d'en peindre les débuts, les progrès, les contrastes, les côtés imparfaits, regrettables, les franches et saines beautés. Ce mélange indéfinissable de chimère et de raison, d'ironique sécheresse et d'émouvante mélancolie, la grftce, la passion, l'élégant badinage, les mille traits brillants dont son œuvre t'tiuceiie, tout cela ne pourra se dire que dans un autre temps et dans un autre lieu. Ën face d'un cercueil, ce spectacle littéraire serait presque une profanation.
Nous ne voulons parler ici que de nos regrets, de la douloureuse surprise qui nous a tous saisis à. la nouvelle de cette mort. Une santé défaillante pouvait sans doute inspirer quelques craintes, mais la force de l'âge semblait le protéger. 11 vivait, et sa muse avait beau sommeiller, tant qu'il était debout, nous gardious un espoir de réveil. L'étincelle céleste pouvait se ranimer. C'en est fait aujourd'hui, Tétincelle est éteinte et la lyre est brisée : nous ne l'entendrons plus !