‹ Essais historiques sur la ville de ValenceChapitre 15 sur 50 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Valence est bâtie sur un vaste plateau qu*airo« sent de nombreuses sources d'eau vive ; le *Rhône baigne ses bords , et alimente vainement du tribut de ses eaux ses ports inactifs (i). Elle est généralement mal bâtie , ses rues sont étroites , sinueuses et peu susceptibles de se ployer à un plan uniforme d'alignement. Les constructions modernes y sont assez bien ordonnées , mais elles y sont rares , parce que l'art est obligé de lutter contre une tradition invétérée de mauvais goût, les machinations obscures des coteries, et

(0 Voyez les Naîct H piécu Juttifieativct , n.* 35,

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surtout contre la tyrannie de l'habitude qu'A es difficile de Taincre : le bien , lorsqu'il est uni innovation , paraît un mal aux yeux des amateur de la routine. Valence se divise en haute et bassi ville. Elle n'a point de monuniens remarquables des églises et quelques fragmens de construction: du moyen -âge sont les seuls édifices queik puisse ofiErir à Tattention des curieux. Elle renfermait autrefois des couvens et des églises qui ont été détruits pendant le cours des guerres civiles. Son université lui a été enlevée et réunie à celle de Grenoble. Ses églises sont la cathédrale dédiée à saint AppoUinaire , Téglise de Saint-Jean, celle de Thôpital, enfin une quatrième située au Bourg , sous le vocable de Saint-Pierre.

ÉGUSE DE SAH^-APPOLLINAIKE.

L*ancienne cathédrale était autrefois TégKse de Saint-Félix, mais la nouvelle, dédiée à saint AppoUinaire et dont le vase était beaucoup plus vaste, lui a ravi ce titre. Il serait difficile à connaître d'une manière certaine la fondation de l'église de Saint-AppoIIinaire ; Thistorien des évêques de Valence et Catellan pensent quelle fut bâtie dans le cours du onzième siècle , ^^

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se fondant sur la date de sa consécration (i). Ce fut le pape Urbain II qui célébra cette consécration , en iog5 9 pendant son séjour en France, où il était venu prêcber le saint voyage d'outre-mer. On voy^^it jencore en 1 760 la formule de cette consécration écrite en caractères gothiques au-dessus de la porte latérale gauche de l'église^ Cette inscription était ainsi conçue :

ANNO AB INCARNATIONE DOMINI MJXLESIMO KONAGJSSIMO QUINTO SECUNDO N0NI3 AUGUSTÏ, URBANUS PAPA SECUNDUS CUM PUQDECIM EPISCOPIS IN HONOREM BEATAE MARIAE VIRGINIS5 ET SANCTORUM MARTYRUM CORNEE n ET CYPRIANI, HANC ECCLESIAM DEDICAVIT (2).

Le nom de saint AppoUinaire ne se trouve pas relaté dans cette consécration, quoique de vieux titres et des diplômes tirés des archives du chapitre de Saint-Appollinaire placent cet évêque au nombre des patrons de Téglise de Valence (3).

(i) Columbi, De rébus getiis Episcop. Valant, j, lib. I, pag. a5^. — Catellan, jintiquités de P Eglise de Valence, page aa6.

(a) Gatellan, loço citato, page aa6. — D. Buynard, tome I, page

190. — D. Mabilion , tome III de ses Œuvres posthumes, in appendice.

# (3) Archives da chapitre de Saint- Appollinairç transférées à U

préfecture de Valence, passim.

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Il est parlé pour la première fois de saint Âppol^ linaire, comme patron de Téglise de Valence, dans une charte sans date accordée par l'empereur Louis lY , fils du roi Bosqn , à un évêque de Valence , vers Tan 900.

La partie la plus remarquable de Téglise de )5aint-Appollinaire est sans contredit le clocher bâti en forme de tour carrée à quatre étages. Le rez-de-chaussée est d'une grande simplicité; peut-être est-il une construction romaine. Les étages supérieurs 9 d'une date plus récente , sont au contraire plus richement prnés : les fenêtres accompagnées de colonnes sont d'un assez bon style, et se présentent sur chaque face en nombre égal. L'extérieur de l'édifice est bien mieux soigné que l'intérieur : la corniche qui règne dans tout son pourtour est agréablement dessinée , et Tattique de l'aile droite ne serait pas indigne de l'attentioD des curieux;- il est orné de frises dont les détails seraient précieux , s'ils ne portaient l'empreinte des ravages du temps. Au milieu de Tattique, est fichée une tête grotesque en pierre calcaire que l'on nomme Mascaron : ce petit morceau de sculpture semble appartenir au ciseau romain. Les portes latérales n'existent plus maintenant telles qu'elfcs étaient autrefois. On peut aperce-: voir encore la naissance des voussures qui en

formaient le porche ; on leur a substitué de misérables poternes d'un fort mauvais goût L'empla-* ceiïient situé le long du mur de l'église du côté du nord était jadis occupé par un cimetière ; il existe encore contre le mur quelques vestiges illisibles d'inscriptions funèbres et les restes d'armoiries et de blasons mutilés. L'ordonnance extérieure de cet édifice est au reste étrangement défigurée par les bâtimens que l'on a groupés autour de lui sans méthode et sans ordre, tels que des sacristies , des chapelles et des boutiques. Quant à l'intérieur de l'église de Saint-AppoUinaire, il est d'une grande simplicité d'ornemens* La nef, privée de tribunes, n'offre qu'un ensemble de lignes sans effet; elle est accompagnée de bas-côtés presqu 'aussi élevés, mais dépourvus de chapelles latérales , excepté du côté gauche , où, avec quelque attention, on en découvre trois percées en forme d'ouverture de four, et à la décoration desquelles a présidé le plus étrange mauvais goût. Les bas-côtés qui régnent autour du chœur sont écrasés et privés de lumière. Ils n'étaient autrefois séparés du chœur que par des piliers dont l'effet devait être assez agréable à lœil; mais on s'est empressé de les remplacer par un épais massif de bâtisse qui ne présente qu'une surfçtce plane et sans intérêt. Quelques

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tableaux des écoles italienne , flamande et imçaise décorent le chœur : il en est qui sont remarquables par la pureté du dessin et la vigueur du coloris ; mais , outre les outrages du temps , uoe étroite et ignorante susceptibilité religieuse les i déshonorés. A Tun des piliers de la nef est accolé un fort beau buste de Pie VI sculpté par Canova: ce buste est supporté par un cénotaphe àm lequel ont été déposés le cœur et les entraiUes du Saint Père ; monument fort mesquin et peu digne de Thomme à la mémoire de qui il a été élevé (i). L'église de Saint-Appolliaaire a été détruite pendant le cours des guerres civiles, et réédifiée sur un nouveau plan en i6o4 (2). Jean Tuilier et Jacques Blanc se chargèrent de la reconstruire pour la somme de 22,600 livres, dont révêque et le chapitre payèrent 3,ooo livres et la ville le surplus (3). Le clocher fut renversé par la foudre en 1281 (4) ; le feu du ciel Ta de nouveau réduit en cendres en 1822. On areiu-

. (1) Fie VI est mort à Valence le 39 août 1799, Agé de Sa ans. (a) Belleforest, Cosmographie, plan do Faïence.

(3) Archives de la mairie de Valence, pièce cotée d'armoire 3* n,^ 1, lettre NNN.

(4) yita Jmedei, Bpiscopi Faient», apud opuscula Golumbiy p* ^^9*

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placé la flèche par une terrasse que couronne une balustrade dont le dessin n'est pas en harmonie avec l'architecture de Tédifice.

Le chapitre de Téglise de Saint-Apollinaire jouissait autrefois d'un grand crédit. Il était composé d'un doyen , d'un prévôt , d'un archidiacre , d'un théologal et de neuf chanoines (1). Il possédait de riches propriétés, notamment dans les communes d'Urre et d'Allex. Les chanoines vendirent leurs fiefs d'Allex et d'Urre à de riches bourgeois , qui , soudainement revêtus d'une noblesse récente , érigèrent leurs domaines en seigneuries , et se placèrent honorablement au rang des nobles campagnards. Ce chapitre n'était pas aussi soumis et aussi humble envers son évêque qu'il était riche et puissant. De fréqùens démêlés s'élevèrent entre lui et le prélat, qui, presque toujours , sut rudement le châtier.

L'évêque était un haut et puissant seigneur, plaçant en tête de ses mandemens et instructions pastorales les titres de comte de Valence et de Die et prince de Soyons. Il possédait dans les comtés de Valentinois et Diois plus de quarante fiefs avec tous les droits et privilèges que le seigneur suzerain se réservait sur la terre vassale,

(1) Ghorier, État politique du Dauphiné, tome II, page 3a4*

Les empereurs d'Allemagne, les dauphins de Viennois et les rois de France , lui avaient fait de magnifiques concessions , entre autres le droit de battre monnaie. Ce fut Odon de Chaponnaj qui obtint en 1167 de Frédéric I" ce privilège, confirmé plus tard, en 1^38, par Frédéric II (ij. Ces monnaies , dont la forme et la valeur subirent de fréquentes mutations , étaient fort répandue dans la Provence et le Languedoc. Un historien des Croisades rapporte qu'elles pénétrèrent en Palestine où les avaient apportées les Croisés {2]. On a conservé de ces monnaies des deniers d'argent qui d'un côté portent une aigle à deiu têtes, avec la légende urbs vauntia, et au revers une croix avec les mots s* apoixinars. Les autres monnaies datent de la réunion des évêchés de Valence et de Die : elles portent d'un côté sps ET coMEs avec une croix » et au revers une colombe aux ailes déployées, avec les mots valm ET DiEN. Ces pièces pèsent vingt grains , et leui valeur devait être la même que celle des deniers viennois ; car , dans les anciens titres , on stipu-

(1] Ghorier, État politique du Dauphiné, tome II 9 passim,—^^ apud opuscula Golumbi, pag. a56.

(3] Raymond d'Agiles, Histoire des Croisades, page Z28* Guizot) Mémoires relatifs à Tbistoire de France.

lait indifféremment les livres viennoises ou valen* tinoises (i).

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