ABBAYE DE SAINT*RUF
L'ordre de Saint-Ruf, fondé â Avignon en io38 par quatre chanoines de l'église cathédrale et confirmé en 1092 par une bulle du pape Urbain II, comptait, dès les cinquante premières années de son institution , un grand nombre de maisons ou prieurés en différente^ villes de France. Un. des plus considérables était celui
(1) Gay Allard, Dictionnaire mat, du Daupktné, bibliothèque de Grenoble, Terbo Falau^
de Valence , connu soiîs le nom de prieuré de Saint- Jacques 5 ou prieuré de Valence, (i).
En 1 158 , les chanoines furent obligés d'aban-* donner le Comtat-Venaissin , en proie alors aux guerres sanglantes dirigées contre les Albigeois. Ils vinrent s*établir à Valence, où Tévêque Odon lent vendit l'île de TÉpervière (2). Cette transaction fut approuvée en 11 58 par le pape Adrien IV, qui lui-même avait été chanoine, puis abbé de Saint-Ruf. Ils élevèrent dans leur nouvelle résidence une maison abbatiale et une église spacieuse. Le cloître était de Tédifice la partie la plus remarquable. . Il était soutenu par des piliers en marbre, surchargés de basreliefs représentant les principaux épisodes de l'ancien et du nouveau Testament et de l'Apocalypse. Ce couvent fut ruiné pendant les guerres de religion. On aperçoit encore quelques vestiges de cet édifice sur les ruines duquel s'est élevée une maison fermière. En i562 ,*la maison abbatiale de l'ordre de Saint-Ruf fut transférée dans l'enceinte de Valence au même emplacement occupé Jadis par le prieuré de Saint-Jacques.
(1) Héliot, Histoire des ordres monastiques, tome II, page 67.
(2) Archives du chapitre de Saint- AppoUinaire déposées à la préfecture de Valence, pièce cotée chap. II, n.» 1,
1^4 XSSAIS ËlSTOBlQUEd
L'ordre de Saint-*Ruf suivait la règle de sàiD Augustin pour les mœurs, et des institution particulières pour la discipline (i). Il a foura à l'église un grand nombre d'hommes illustres. des cardinaux, des évêques et plusieurs papes (2]. Il était puissamment riche, et l'abbé surtou! jouissait de revenus considérables^ Les priyiléges de l'abbé étaient fort étendus; il avai: le droit de crosse et de mitre. Un de ces abbé: fit bâtir un fort bel hôtel , dont le faste blessait un peu la rigidité des constitutions : on se rappelle encore à Valence les dîners fins et l'urbanité exquise de M. l'abbé de Saint-Ruf ^ dont les salons étaient ouverts i la haute société. L'ordre de Saint-Ruf a été sécularisé et supprime plus tard par la révolution.
GOUTENT DES VOmKlCàlSi.
Ce couvent fondé en 1234 était destiné à cent religieux. Le dernier dauphin Humbert I! venait souvent y faire de pieuses retraites. Il s'est tenu dans ce couvent quatre chapitres généraux.
(1) ConstUidUmôseanimieorumSaneii-Rufig 171a, Yalentûe, ia-12.
(a) Chorier , État politique du Dauphmé, tome II » page 333. — Belleforeft , Cosmographie, tome I , page 3a8«
SUK VAIENCE. I y5
Il fut ruiné en 1 562 , et réédîfié sur un plan beaucoup plus vaste aux frais de la communauté. Guy AUard rapporte que l'on voyait dans le cloître de ce couvent les restes d'un géant de quinze coudées de hauteur , qui étaient respectueusement conservés par les religieux (i). Les géans et leurs reliques étaient fort répandus à Valence. Aimar du Rivail raconte avec naïveté les prouesses de l'honorable géant Curseolus, qui ayant franchi le Rhône en quelques bonds , s'arrêta sur le rocher de Crussol , où il bâtit le château dont on voit aujourd'hui les ruines (2). Dans un autre couvent de Valence , on montrait aux curieux la jambe d'un géant non moins modeste , car il avait vingt-cinq pieds de haut. Or, cette jambe était celle du fameux Theutobochus 5 dont le prétendu tombeau fut découvert dans la seigneurie de Langon. Les reliques de ces intéressans géans n'existent plus aujourd'hui (3).
(i) Guy AUard , Dictionnaire manuscrit du, Dauphiné, bibliothèque de Grenoble.
(a) Aimari Rivallii, De AUobrogibut , M.ss. de la bibliothèque royale, sous le d.« 6,014) cap. Falentia.
(3) Voyez les ^^otes et piècet justificatives, n.» 36.
i'j6 ESSAIS HISTORIQUES
COUTENT DES COBDEUERS.
La fondation de ce couvent est incertaine :
une vieille inscription qui , de Tancienne église des Çordelier» , avait été placée dans leur nouveau cloître, la faisait remonter à Tan i23i; elle était ainsi conçue :
ANNO DOMlM MILLESIMO DVCENTESIMO TEIGESIHO PKIMO , DUO DECIMO K.AIENDAS MAII OBIIT. . . DE MONTASIO , DE QUO FIT ANMVERSAKIUM 9 PRO DEDIT HUIG EGCLESIJE MILLE SOUDOS.
« L'an du Seigneur mil deux cent trente-un, » le douze des kalendes de mai, est mort de » Mont aison , dont est fait anniversaire , pour * lequel il a donné à cette église mille sols i.