Essais historiques sur le Béarn
Lorsque les Gaules n’avaient point encore subi le joug des Romains , le Béarn formait une partie de l’Aquitaine; on ignore quel était alors le nom de ses habitans; mais il parait que rien ne les distinguait du reste des Gaulois aquitains.
Les Gaulois n’étaient pas réunis en un seul corps d’état; ils étaient partagés en plusieurs républiques indépendantes les unes des autres. Chacune d’elles avait sa constitution particulière et ses intérêts propres; elles différaient entre elles par leurs lois, leur gouvernement et même leur langue. Mais les mœurs , la religion et le caractère général de la nation étaient partout les mêmes. Tous les Gaulois étaient vifs, légers , su-
perstitieux, crédules, amis des nouveautés, avide» de nouvelles, prompts à sedécider, et plus prompts encore à se repentir. Ils ne reconnaissaient que deux ordres de citoyens , les prêtres et la noblesse. Le peuple n’était compté pour rien : il n’entrait dans aucun conseil , et ne formait *point un ordre dans l'État. La plupart des plébéiens, écrasés par le poids des impôts, accablés de dettes , et sans cesse opprimés par les grands , étaient réduits à chercher un asile dans la servitude. Ils se dévouaient au service d’un grand , et ce protecteur avait sur eux l’autorité que le maître exerce sur son esclave. La noblesse ne connaissait d’autre profession que celle des armes ; elle n’eut jamais le temps de cultiver les arts de la paix. Dans ces petits états, toujours divisés entre eux, chaque année voyait éclore une guerre nouvelle; tous les nobles étaient obligés de prendre les armes, et le nombre des cliens qu’ils tramaient à leur suite marquait la splendeur de leur rang. Il s’était formé dans les Gaules une institution qui paraît avoir beaucoup de rapport avec les ordres de la chevalerie. Des guerriers choisissaient un chef,
‘ s’attachaient à sa fortune et partageaient ses succès ou ses revers : s’il périssait dans un combat, ses compagnons , désignés sous le nom de soldtiviens t périssaient avec lui ou se donnaient euxmêmes la mort; auclm d’eux ne survécut jamais • à la perte de son chef.
Les Druides formaient le premier ordre de l’État; ils étaient les ministres et les interprètes de la religion. Tous ces prêtres, dispersés dans les républiques des Gaules , n’avaient cependant qu’un seul chef; ils étaient exempts du service militaire, et des tributs imposés au reste des citoyens; leur ambition ainsi que leur crédit était •sans bornes ; on les voyait interposer leur autorité dans les querelles d’état, et dans les contestations des particuliers; ils évoquaient à leur tribunal le jugement des délits quelconques, et quelquefois même ils étendaient leur juridiction sur les causes civiles les moins importantes. Si quelqu’un refusait de se soumettre à leur décision , quel qu’il fût, homme public ou particulier, les Druides le déclaraient exclus de la participation aux sacrifices. Cetait, aux yeux des Gaulois, un «bâtiment terrible; ceux à qui l’on interdisait les sacrifices étaient mis au rang des scélérats et des impies ; personne n’osait ni leur parler ni les voir; on les fuyait comme s'ils eussent été atteints d’une maladie contagieuse ; les tribunaux étaient fermés pour eux , et l’État ne les comptait plus au nombre des citoyens.
C’est ainsi que César nous peint les Gaulois. Les Français ont avec eux une ifessemblance et, pour ainsi-dire, un air de famille qu’il est impossible de méconnaître. L’état delà France, sous le règne de Louis-le-Jeune , était exactement le
même : le régime féodal avait séparé le royaume en plusieurs provinces indépendantes ; le peuple était esclave; la noblesse ne connaissait que la guerre; le clergé, par une politique semblable à celle des Druides, excommuniait les souverains eux-mêmes, et fondait une puissance temporelle avec des armes spirituelles. En un mot, la France était alors au même degré de civilisation où les Guulcs étaient parvenues à l’époque de leur réunion à l’empire Romain.
Les Romains avaient conquis, l’an de Rome 655, celte partie des Gaules qui s’étend le long de la Méditerranée ; ils en avaient formé un gouvernement sous le nom de Gaule Narbonnaise. Les peuples voisins de cette province s’étaient familiarisés avec les mœurs de Rome, et paraissaient moins barbares; tels étaient entre autres les Aquitains : la tactique des Romains ne leur était point étrangère, ils excellaient dans la défense des places; l’exploitation des mines dont leur pays était rempli , leur avait appris à pratiquer des souterrains, et ils opposaient avec succès l’art du mineur aux ellbrts d'un assiégeant. Aussi les viton repousser deux fois les armes des Romains, qui tentaient de les subjuguer. Dans la première invasion, le général L. Valerius Priconinus fut. défaitet tué; dans la seconde, le proconsul L. Manilius fut obligé de fuir, après avoir abandonné ses bagages. Ils furent moins heureux lorsque
César, vainqueur des Belges et des Celtes, ei\t résolu la conquête de l’Aquitaine.
Le jeune Crassus, lieutenant de César et son L’an de R# élève, entra rapidement dans le territoire des
1 Avant
Soliates, délit leur armée, et prit, après un siège J-G 56. en l'orme , leur ville , dont l’emplacement et le nom se retrouvent peut-être au village de Sos. À éette nouvelle, les Aquitains se confédérèrent • entre eux, et demandèrent des secours aux peuples limitrophes de l’Espagne. Les Vascons et les Canlabres leur envoyèrent des troupes auxiliaires, et des généraux formés à l’école de Sertorius. Crassus s’était avancé vers les frontières des Vocales et des Tarusates. L’armée combinée avait formé le projet sage d’éviter une action et de couper les vivres aux ennemis. Elle occupait auprès d’Aire un camp retranché que l’on regardait comme inexpugnable. Mais rien ne pouvait désister à la valeur audacieuse des Romains; le camp fut forcé après une défense opiniâtre; l’armée des alliés fut détruite, et les peuples de l’Aquitaine s’empressèrent de se soumettre au vainqueur. Crassus reçut les otages des Tarbelliens (Dax), des Bigorrons (Bigorre), des Prétiens, des Vocales (Aii’e) , des Tarusates (Tartas), des Éi usâtes (Eause), des Garîles, des Ausques (Audi), des Garmun ions (Brulhois), des Sibuzates (Buch) , et des Cocozates (Bazas). Un petit nombre de nations plus éloignées n’envoya point
Avant l’ère clirr litiine aff,
de députés : l’approche de l’hiver les mettait à l’abri d’une invasion. Mais, cinq ans après, César vint lui-même dans l’Aquitaine ; et tous ces petits peuples, sans en excepter aucun, se soumirent au conquérant des Gaules.
Les Béarnais sont-ils compris dans rémunération de ces peuples dont César nous a transmis les noms, ou faut-il les ranger parmi ces nations plus reculées qu’il s’est contenté de désigner?
C’est un problème historique dont la solution est, comme tant d’autres, aussi difficile qu’indifférente. 11 est vraisemblable que le Béarn, tel qu’il est aujourd’hui , était alors partagé entre deux peuples; l’un occupait le diocèse de Lescar, et peut-être est-ce à lui qu’appartient le nom de Prétiens; l’autre, plus avancé dans les montagnes, occupait le territoire qui forme aujourd’hui le diocèse d’Oléron : la division des deux cités marquées dans le démembrement de l’empire, semble venir à l’appui de cette conjecture.
Quoi qu’il en soit , l’Aquitaine reprit les armes sous le règne d’Auguste; le proconsul Messala y conduisit de nouveau les légions romaines ; il remporta plusieurs victoires au pied des Pyrénées et sur les bords de l’Adour. Ces victoires parurent assez importantes pour mériter l’honneur d’un triomphe : il fut déféré à Messala , et la mémoire s’en est perpétuée jusqu’à nous par les vers de Tibulle, qui, lui-même, avait partagé les
dangers de cette guerre , et qui célébra le triomphe de son ami. Lorsque les Gaules furent entièrement pacifiées , Auguste se transporta lui-même il ■Varbonne, pour régler l’administration des nouvelles provinces ; il y fit le dénombrement des biens et des personnes suivant la pratique constante des Romains, et régla les tributs d’une manière simple. Tous les Gaulois indistinctement payaient à l’État le cinquième du produit de leurs arbres et la dîme de leurs moissons en nature. L’Aquitaine fut placée au rang des provinces consulaires. Sous le règne d’Adrien, elle fut divisée en trois départemens; l’un d’eux renfermait neuf peuples, parmi lesquels on comptait les habitans du Bcarn; on le désignait parle nom de N ovempopulanie ; il avait un gouverneur particulier. Ce gouverneur présidait à l’administration de la justice ; il convoquait aussi chaque année une assemblée générale, où les citoyens distingués et les juges de la province réglaient tout ce qui concernait l’administration intérieure. Lorsque Constantin transporta l’empire à Byzance , il établit à Trêves un préfet du prétoire, pour gouverner les Gaules, l’Espagne et l’Angleterre; ce préfet avait sous lui trois vicaires, fixés chacun dans l’un de ces trois royaumes. Le vicaire des Gaules résidait à Vienne en Dauphiné. Tout ce qui concernait le gouvernement et l’administration était référé au préfet du prétoire et réglé par lui seul;
tout ce qui concernait la justice distributive était porté devant le vicaire de la préfecture : il était le juge en dernier ressort , excepté dans les cas particuliers où les gouverneurs croyaient devoir consulter l’empereur. Le droit romain était devenu la loi générale de l’Aquitaine, depuis que Caracalla , par un édit , eut accordé le droit de cité- à toutes les provinces de l’Empire.
Tel était l’état de la Novempojiulanie. Deux ouvrages géographiques, publiés sous les empereurs romains du Bas-Empire, nous ont transmis le nom des peuples cpii composent cette province; c’est là que nous trouvons, pour la première fois , les noms de Béarn et d’OIoron. La notice de l’empire place dans la Novempopnlanic la cité des Béarnais , ou Béarn, et la cité des Oloronais. Les Romains, par le mot de cité , désignaient un Etat, un peuple, un corps politique; ils avaient une expression particulière pour désigner les villes : souvent une cité renfermait plusieurs villes; quelquefois elle n’en avait aucune, et telles étaient les cités des Germains. L’itinéraire d’Anlonin nous apprend que les Béarnais et les Oloronais avaient des villes nommées comme eux : Bcnearnum et liluro. II fixe leur dislance entre elles sur la route qui conduisait des Gaules en Espagne par la vallée d’Aspe; cette route était tres-fréquentée , et servait au commerce des deux royaumes; les Romains l’entretinrent avec soin;
et l’on voit sur des rochers, à l’entrée de la vallée d’Aspe, une inscription qui semble l’attester; elle est conçue en ces termes :
L. Vider tus Venins, Decemviv,i)is hanc viam restiluit. Le millésime est effacé.
Le christianisme, qui, depuis Constantin, était la religion des empereurs, devint bientôt la religion de l’Etat. 11 fut introduit dans l’Aquitaine vers la fin du quatrième siècle. S’il est possible de croire les Mémoires insérés dans l’ancien Bréviaire de Lescar, Léonce, patriarche de Trêves , envoya Julien conquérir à la foi les provinces les plus éluoignées. Julien fut l’apôtre du Béarn et son premier évéque ; le siège qu’il fonda fuL désigné sous le nom de Noveila. Ce qui rend ce récit assez vraisemblable , v’esl que Léonce était né dans l’ Aquitaine, et devait naturellement s’intéresser au salut de ses compatriotes. Ce fut aussi dans le quatrième siècle que les lettres, jusqu’alors étrangères au climat des Gaules, fleurirent avec éclat dans l’Aquitaine. L’école de Bordeaux devint célèbre; Ausone l’illustra par ses talens : il eut pour élève l’empereur Gralien, qui, de rhéteur, le fit consul. Paulin, né d’une famille distinguée dans l’ Aquitaine, eut également Ausone pour maître; il fut poète, consul, solitaire, prêtre, évêque, et mis après sa mort au rang des saints. Léonce était patriarche de Trêves dans un temps où le
titre d’évêque supposait des talens. Ce concourir dte lumières semblait annoncer un beau jour prêt à se lever sur l’Aquitaine, lorsque les peuples du' j\ord inondèrent l’empire.
Les Vandales, les Alains et les Suèves, quittèrent les marais de la Baltique, et fondirent tous ensemble sur l’Italie. Stilicon les défit «à Florence; il repoussa leur armée vers les Alpes et le Danube; il facilita même leur retraite. Il considérait le salut de Rome comme le grand objet de ses soins, et il lui sacrifia avec indifférence la tranquillité' 406. des provinces éloignées. Alors les Vandales entrèrent en Espagne; mais les naturels du pays leur fermèrent le passage des montagnes. Ce torrent, arrêté dans sa marche, retomba sur les Gaules; la Novempopulanic , l’Aquitaine et la Narbonnaise furent entièrement •dévastées ; il n’y resta, suivant l’expression de saint Jérôme, que quelques villes consumées au-dehors par le glaive et au-dcdans par la faim. Enfin , après trois ans de séjouret de ravage dans ces malheureuses provinces , les Vandales franchirent les Pyrénées et 409. conquirent l’Espagne.
Les barbares se succédaient comme les flots de la mer; et le midi des Gaules, à peine abandonné par les Vandales, fut envahi de nouveau par les Goths, sous les ordres d’Alaric. Ce général fameux conserva ses conquêtes, et les transmit à son beau-frère Ataulphe, qui fut défait par le
patrice Constance, laissa reprendre les Gaules, et 41S. mourut assassiné par son année. Wallia fut élu général à sa place : il conclut avec Constance un traité de paix et d’alliance, accepta les subsides des Romains, et alla combattre pour eux contre les conquérans de l’Espagne. Ainsi la paix fut rétablie dans les Gaules. On profita de cet instant de calme pour régler le gouvernement; Trêves n’existait plus , Arles fut choisi pour être le siège de la préfecture ; on assigna sept provinces à cette métropole; la Novempopulanie était trop éloignée pour envoyer des députés à l’assemblée générale , Honorius lui permit de tenir des assena- 41S. bit 'es particulières. Ces assemblées, composées des représentans de chaque cité et des citoyens distingués , réglaient chaque année l’état des impositions et s’occupaient del’adminislration intérieure : elle envoyait au siège de la préfecture les actes de leurs délibérations et le cahier de leurs plaintes. Cette forme de gouvernement subsista peu; Wallia, rappelé dans les Gaules, apres avoir conquis l’Espagne, reçut des Romains, 4ir». pour prix de ses services, l’Aquitaine ayec le titre de roi. La Novempopulanie n’était pas comprise dans cette cession, mais la faiblesse et l’éloignement’ de ses maîtres la laissa tomber bientôt entre les mains de ses voisins ambitieux et puissans. Cette réunion à la monarchie des Goths
était si naturelle, que l’histoire n’a pas daigné la remarquer.
466. Sous le règne d’Euric, Oloron et Béarn sont comptées parmi les villes de la monarchie des Gotha. Euric était arien, et joignait à la férocité d'un conquérant le fanatisme d’un sectaire; il persécuta les catholiques et chassa les évêques. I.es églises furent abandonnées; la religion fut pi’ès de s’éteindre.
Alaric, son lils, lui succéda. Ce prince régla l’administration de ses états; les lois n’étaient point alors attachées au territoire; elles étaient personnelles : le Goth était jugé par les lois des Golhs, le Romain par la loi romaine. Tel fut le principe, sur lequel Alaric ordonna dans scs états l’administration de la justice. Les anciens habitans de la Novempopuianic suivaient le droit romain. Depuis leur réunion à la monarchie de§ Goths, Théodosc-lc-rJeune avait publié le Code qui porte encore son nom; Alaric adopta ce Code, le ht examiner et corriger par son chancelier Ànien; et celte nouvelle rédaction , destinée à servir de loi aux Gaulois , fut publiée solennelle-
%,c. ment dans la ville d’Airc, vingt-trois ans avant le temps auquel parut le (iode de Justinien. Les coutumes des Goths, qu’Euric avait fait rédiger par écrit, étaient les lois des peuples couquérans ; ces lois ne donnaient aucun avantage civil
aux Goths sur les Romains : elles étaient impartiales entre les vainqueurs et les vaincus; chacun d’eux retint des lois qu’il n’avait aucun intérêt d’abandonner. C’est ainsique le droit romain s’est conservé dans nos provinces. Peut-être doit-on chercher aussi dans les mœurs des Gotlis l’origine de nos lois particulières sur le partage des successions. Les Goths ne gardaient auprès d’eux qu’un seul de leurs enfans; dès que les autres étaient en état de porter les armes, ils les envoyaient chercher un établissement loin de leur famille. Cet usage, si contraire à la nature , leur fut inspiré par la difficulté de faire subsister dans un pays pauvre, une famille nombreuse.
Alaric, arien comme son père, ne fut pas intolérant comme lui ; il protégea la religion catholique , et permit aux évêques de ses états de s’assembler à Agdc. On voit paraître dans cc synode, Galatoirc , évêque de Béarn , et Grat , évêque d’Oloron. Cependant Clovis déclara la guerre au roi des Goths; le clergé favorisa les armes des Français, et la haine de l’arianisme rendit les évêques infidèles à leur prince. Galatoirc fut tué les armes à la main par un parti de Goths ; il fut mis au rang des martyrs lorsque Clovis eût triomphé : les deux nations combattirent à Vouillé ; AJaric y perdit une bataille et la vie; l’Aquitaine entière , dejfhis la Loire jusqu’aux Pyrénées, fut enlevée aux Goths et réunie à la France.
Depuis cet événement, le Béarn lut compris dans la monarchie française. Il échut en partage à Chilpéric, roi de Soissons. Quelques années aprèK Sigebert et Chilpéric , tous deux frères, épousèrent, l’un Brunehaut, et l’autre Galsuinte, toutes deux sœurs et filles d’Athanagild , roi d’Espagne.
Les lois des Goths prescrivaient aux maris de constituer une dot à leurs épouses , et cette dot devait être au moins le dixième des biens. C’était également une coutume des Francs d’assigner à leurs femmes un douaire, sous le titre à' augmenta ou de don du matin. Ce don était désigné par le terme barbare de M argangila. De ce double usage on fit une seule coutume , et le même contrat renferma la stipulation de la dot et la donation à cause des noces. Childebert satisfit à cette loi en assignant des domaines à son épouse, .et la cité de Béarn fut comprise dans le don du matin. Galsuinte ne vécut pas long-temps après son mariage; elle fut immolée par son époux à la barbare jalousie de Frédégonde. Sigebert et Brunehaut s’unirent à Gontran pour venger la mort de leur sœur : ils déclarèrent la guerre à Chilpéric, qui s’empressa de les apaiser; il abandonna à Brunehaut les villes qu’il avait assignées à sa sœur, et la mort de Galsuinte fut oubliée.
Sous le règne de Sigebert , on tint à Paris un .concile national. Licerius, évêque d’Oloron, fut un des membres de cette assemblée; le même
-Licerius assista avec Savin , évêque de Béarn , au SW* concile de Mâcon, assemblé par ordre de Gontran , roi de Bourgogne. Personne n’ignore que ces synodes convoqués par les rois étaient composés des évêques de leur royaume : lorsqu’on voit un évêque appelé dans un concile national, on peut affirmer que son évéclié formait une partie de l’État. Ainsi les cités de Béarn et d’O- Joron étaient encore unies à la France à l’époque du concile de Mâcon ; mais peu de temps après, elles devinrent indépendantes, lorsqu’elles formèrent une alliance avec les Vascous.
11 paraît qu’on doit regarder la Navarre comme le berceau des Vascons; c’est là qu’ils existaient indépendans et libres ; lorsque Home et Carthage combattaient en Espagne pour l ’empire du monde, Ânnibal avait quelques Vascons à sa solde. Le poète Silius nous les peint agiles, lestes, marchant au combat la tète nue, et dédaignant l’usage du casque. Le proconsul Cnæus Scipion conclut un traité avec la nation entière ; les Vascons furent alors comptés parmi les alliés de Rome ; ils s’attachèrent ensuite à la fortune de Scrtorius. Ce grand homme trouva de grandes âmes parmi ce peuple ; les Vascons lui furent fidèles même après -sa mort. Calahorre, leur principale ville, fut détruite; mais ils refusèrent de se soumettre au vainqueur, et se replièrent vers leurs montagnes. Quelques années après on les yoit servir comme
auxiliaires dans l’armée que les Aquitains opposèrent à Crassus. Enfin, lorsque la guerre civile de Rome eût divisé l’univers entier, les Vascons se déclarèrent pour Pompée; César fut vainqueur, et les Vascons devinrent tributaires de Rome. Vespasien les éleva à la qualité de citoyens romains ; ils étendirent leurs possessions dans l’Alava et le Guipuscoa : ces. petits pays étaient compris sous le nom générique de Vasconies. Dans la décadence de l’empire, les Vascons furent attaqués tour à tour par les Suèves, les Goths et les Francs; leurs terres furent dévastées; mais il fut impossible de les subjuguer : la nation perdit ses villes et resta libre. Léovigiide leur enleva la Cantabrie et l’Alava; les Vascons chassés de ces deux provinces, marchèrent en corps, pour aller chercher au-delà des Pyrénées un nouvel établissement et la liberté. Une armée française, sous les ordres de Bladaste, voulut en vain les arrêter au passage des montagnes ; ils remportèrent une victoire complète, et s’établirent dans le Labour et la Soûle. Bientôt ils cherchèrent à s’étendre dans l’Aquitaine ; le duc Austrovalde mardi# contre eux, sans obtenir aucun succès. Les Vascons formèrent à cette époque une confédération avec les peuples du Béarn et des contrées adjacentes ; elle porta leur nom , et les historiens ont confondu tous les alliés sous la dénomination générale de Vascons. . ' - ; •
Quelques années après cette invasion , Thierri , roi de Bourgogne, et Théodebert, roi d’Austrasie , réunirent leurs forces pour les attaquer : un traité termina la guerre; les Vascons reconnurent la souveraineté de Thierri, et Thierri, de son côté, leur assura la possession de leurs conquêtes. Genialis fut nommé pour les gouverner avec le titre de duc; son administration fut tranquille; mais le duc Aignan, qui lui succéda sous le règne de Clotaire n, vit la nation entière se révolter contre lui.
Dagobert, en montant sur le trône , céda à son frère Charibert une partie de l’Aquitaine. Ce jeune prince prit le titre de roi de Totdouse. Il était marié à Gisèle, fille et héritière d’Amand, duc des Gascons, et petite-fille de Serenus, duc d’Aquitaine. C’est à cette alliance qu’il dut l’avantage de régner paisiblement sur les Vascons.
Son règne ne dura que deux ans; il mourut, et son fils aîné, Chilpéric, encore enfant, le suivit de près au tombeau. Les anciens historiens imputent sa mort à Dagobert , qui réunit à ses états le royaume de Toulouse. Mais Cliaribertavait laissé deux autres enfans , Boggis et Bertrand. Amand , leur aïeul et leur tuteur, conserva leurs personnes, et défendit leur héritage. Il fit soulever la Vasconie entière. Dagobert envoya pour la réduire une - armée nombreuse : les Vascons cherchèrent un asile dans leurs montagnes.
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