LITTERATURE , ARTS , SCIENCES
La tendance de nos concitoyens à l'émancipation des intelligences ne s'est manifestée p pour la première fois, sous la restauration, qu'en 1822 par la publication du Lycée Armoricain , journal hebdomadaire 9 qui s'est soutenu neuf années , et dont M. Mellinet fut en même temps le fondateur et l'éditeur. Le Lycée. résume à lui seul tous les efforts faits a Nantes pour produire quelque bien et pour éclairer les esprits. Il est, du reste, l'œuvre d'hommes étrangement disparates par leurs études et leurs opinions. Les uns y écrivaient pour se rendre utiles; d'autres , ne pouvant se faire une réputation dans le inonde savant ou littéraire de Paris , se rabattaient sur la province, et lui demandaient une célébrité que la capitale leur avait refusée; d'autres encore s'y préparaient pour l'avenir ,'en y déposant leurs essais; aussi n'est-ce point un ouvrage soutenu et pour Le style et pour l'esprit de rédaction. À côté d'articles remarquables dans leurs divers genres , tels que ceux de MM. Richer , Souvestre , Ghapplain , Athenas , de Tollenare, etc., il s'y trouve souvent de plates rapsodies ou de méchants vers. Cependant, ce recueil offre de l'intérêt ; il en présentera encore davantage quand il aura vieilli. Alors la critique montrera sans peine , dans ce chaos d'idées de toute espèce , la fermentation d'une crise ; elle
fera ressortir le rôle de l'éditeur qui a su se servir de bien des esprits différents, employer le 'non, le médiocre , le mauvais même , pour créer chez nous une individualité provinciale et nous faire sortir de l'ornière , en réveillant le sentiment du moi.
Nous devons au Lycée Armoricain, et surtout à M. Ri cher, d'avoir signalé ce fait , que la littérature du moyen âge est originaire de notre Armorique. La petite Bretague est , en effet , la première des contrées d'Occident où s'établit la féodalité , et lorsque les irruptions des Francs et des autres barbares venaient modifier l'idiome des Gaulois et des Anglais , seule elle conservait le langage des Celles, avec les superstitions et les traditions du pays. Le génie des anciens Bardes avait chez nous des successeurs , comme il en a même encore aujourd'hui dans quelques cantons du Finistère, où l'on trouve des chants populaires , des airs nationaux, et des hommes qui exercent la profession de poètes aux grandes circonstances de la vie (1). Notre province devait donc être le berceau de la littérature romane. Au siècle de Charlemagne , où les poésies celtiques jouissaient de quelque renom, elle possédait plus que toutes les au-
(1) Mon «mi, M. Souvestre, a l'intention do publier cet cbtnts et ces airs nationaux > qu'il a recueilli! sur les lieux*
très contrées, ces idées de féerie et d'enchantement qui s'étaient conservées d'âge en âge dans son sein. Elle avait aussi, plus que toutes les autres, l'habitude et les mœurs de la féodalité. Les enchantements, les ménestrels, les paladins, les fées, devaient donc jouer un grand rôle dans ses poésies. La suprématie des gentilshommes , la presque égalité qui régnait entr'eux , la nul* lité du peuple , les idées de servage mêlées aux idées d'amour , la religion chrétienne et les souvenirs du culte druidique , tous ces faits réunis formaient le fond des chants primitifs, d'après lesquels l'on a écrit les romans de la Table- Ronde. Ce qui confirme cette opinion , c'est que la Bretagne, dans ces romans, est presque toujours le lieu de la scène \ c'est que Tristan , le Léonais, le célèbre Amadis , Morgane la fée qui était l'une des vierges de l'île de Sein , Merlin l'enchanteur , ont réellement appartenu a l'Armorique, où l'on trouvait aussi le château de Joyeuse-Garde, Blanche-Couronne, et plusieurs lieux célèbres dans les livres de la chevalerie.
Le 23 novembre 1826 fut publié, par M. Mel* linet , le i. er numéro du Breton. Ce journal , qui paraissait les mardi, jeudi et samedi de chaque semaine , était consacré uniquement à . la littérature, aux arts, à l'industrie: son but spécial était de satisfaire à des besoins d'études pratiques* On peut lui reprocher du verbiage 7
des redites , le peu de soin de la rédaction ; mais il présente, cependant, ce que nous avons de
1>lus complet sur la statistique de Bretagne et e mouvement industriel de la province de 1826 à 1827, époque à laquelle il fut réuni au journal politique de Nantes.
La Revue de l'Ouest, qui parut le 28 janvier 1829, reprit la tâche du Breton. Mr\f.
Chapplain, Souvestre et moi nous nous chargeâmes de la rédaction. C'était de notre part , ainsi que de la part de M. Mellinet , qui en était encore l'éditeur et le fondateur , une entreprise tout - à - fait désintéressée. Quelques articles nous furent envoyés par des personnes étrangères , et notamment par MM. Duch atelier et Huguet , de Saint-Brieuc. La Revue de l'Ouest paraissait tous les mercredis. Elle a cessé 10 mois après son apparition. La rédaction en était plus soignée que celle de Fancien Breton. Elle exprime parfaitement bien, par son ensemble , l'état des esprits dans notre ville en 1829 , et les améliorations dont on y sentait le besoin. On y trouve des vues sur l'industrie et les arts , des propositions utiles , des recherches curieuses , des tableaux de mœurs , des chroniques du moyen âge , et le compte-rendu des ouvrages et des inventions qui faisaient bruit.
Au mois de février 1830 parut la première livraison des Annales de la Société Académique , qui jusque-là n'avait fait connaître ses travaux
que par des rapports de fin d'année , et le Lycée Armoricain* D'autres livraisons se sont succédé depuis , les unes aux autres. Il est à regretter qu'elles ne renferment pas quelques-uns des mémoires inédits des Huet et des Athenas. Dans le sein de la Société Académique se trouve , depuis cinq années , une Section de Médecine, quipublie un journal de ses recherches particulières. L'un des travaux les plus curieux qu'il renferme , consiste en tableaux statistiques de mortalité , qui sont dus à M. le docteur Maréchal.
Je nepuis passer sous silence les recueils périodiques, sans parler des publications du Comité de Salubrité, qui fait imprimer chaque année, depuis 1826 , un compte-rendu fort intéressant. Les divers numéros qui en composent la collection offrent d'abondants matériaux pour la statistique, et sont écrits avec clarté et précision.
Parmi les ouvrages publiés à Nantes 9 depuis 1815, il en est plusieurs qui méritent de fixer l'attention : je citerai d'abord ceux de M. Richer. L'écrivain dont il est question a reçu de la nature une fécondité extraordinaire. Son Histoire de Bretagne est écrite avec verve et élégance ; c'est de beaucoup la plus exacte et la plus intéressante parmi toutes celles qui existent. Ce-, pendant on peut adresser à M. Richer le reproche de n'avoir pas exprimé comment il comprenait l'époque féodale et les phases successives des di-
verses classes de la société , lorsqu'il était plus capable que personne de faire un pareihravaH. Ses voyagesdansledépartement delà Loire-Inférieure, peuveut être cités comme modèles en leur genre. Les Cosmopolites et le Pécheur sont deut débauches d'esprit , auxquelles il n'a manqué pour avoir vogue que d'être publiées à Paris par un Charles Nodier. Le premier de ces ouvrages est une satire fort spirituelle de nos sociétés académiques , du grand bruit de leurs apprêts et de la petitesse de leurs résultats ; le Pêcheur est une fable ou plutôt un petit drame trèsplaisant , dans lequel on fait toucher au doigt cette vérité, qu'il y a un point où le désir d'avoir raison et la persuasion où l'on est d'avoir trouvé la vérité tout seul équivalent à une folie complète. Dans le moment actuel, M. Richer publie, sur la doctrine de Swédemborg, un grand ouvrage qui est attendu avec impatience , surtout en Angleterre, en Allemagne et aux Etats-Unis.
M. Souvestre a fait paraître , en 1829 , un recueil d'élégies intitulé : Trois Femmes poêles inconnues , petit livre plein de charme, dont une partie est réellement l'œuvre de trois femmes. En 1830, il a publié sesRéves Poétiques^ beaucoup de pièces de ce recueil ont été reproduites dans le Voleur et d'autres journaux delà capitale. Depuis, il a fait imprimer deux brochures , l'une sur la
méthode d'enseignement de Jacotot, l'autre sur les arts considérés comme moyen de gouvernement*
M. Ludovic Chapplain a publié , en 1825, une Notice historique sur le théâtre de Nantes ; en 1829, une Description des rives de la Loire, entre Nantes et Angers.
M. 110 Elisa Mercœur, après avoir livré au Lycée Armoricain plusieurs pièces de vers très remarquables , a réuni et publié ses poésies : de la verve et de l'exaltation 9 voila ses titres à prendre rang à côté des Tastu et des Delphine Gay :
elle a moins d'art, mais elle est aussi poète que ces femmes célèbres.
M. Le Boyer est auteur d'un Traité sur le calendrier, d'un guide du voyageur dans notre ville et le département 9 ouvrage en deux volumes, qui est à sa troisième édition (imprimerie de Fores t), d'une série de notices sur les hommes célèbres de Nantes, publiéesd'aborddans les étrennes nantaises et réunies depuis à son Itinéraire du département.
Sous le titre de Vendée poétique et pittoresque, M. Massé-Isidore a fait paraître un ouvrage en deux volumes, renfermant beaucoup de recherches historiques et des dessins lithographiés de nos sites les plus remarquables.
M. Le Cadre a publié, comme critique de l'ouvrage de M. Le Boyer, un volume in-8.« 4e Recherches sur les antiquités de Nantes,
Pendant qu'il subissait la seconde détention
infligée à son patriotisme , M. Victor Mangin a composé une brochure ayant pour titre Y Ami de la Charte en prison. C'est , comme tous les ouvrages de ce genre , une revue des circonstances et des objets qui environnent l'auteur. On y voit , du reste , à combien de petites tracasseries est exposé l'homme qui veut, en toutes circonstances, exprimer franchement son opinion.
Nous devons à M. Meuret deux volumes qui ont paru sous le titre à! Annales de Nantes. On doit les considérer comme un grand service rendu à notre ville par ce laborieux écrivain; on regrette seulement de voir que l'esprit de parti l'ait parfois empêché de rendre justice à des opinions consciencieuses contraires à la sienne.
Quelques articles de M. de Commequiers sur divers points de philosophie , publiés dans le hycée Armoricain , formaient une suite; l'àuteur les a réunis en une brochure.
M. Charles de la Roussière a écrit un ouvrage Sur le sentiment religieux , considéré dans son principe et dans son application.
On peut le résumer en deux mots : si l'on rejette la légitimité, et si l'on accepte le divorce, la société n'existe plus.
Nous devons revendiquer encore, quoiqu'impriraés ailleurs que dans notreville , les œuvres de M. de Tollenare, les Lettres vendéennes de M. Walsh, un Traité de morale de M. G. Démangeât, VÉconomie politique de M. Louis Say, et
les ouvrages sur Part militaire.de M. Mellinet père*
Les arts • moyen si puissant de civilisation , devraient être du domaine public. Il nVtait si petite ville de Grèce qui n'eût ses temples et ses musées* Non contente de dominer sur P Archipel, de couvrir là mer de ses voiles, d'appeler au Pyrée les produits de tous les peuples et le luxe de POrient, Athènes s'enorgueillissait encore de ses musiciens , de ses peintres , de ses sculpteurs et de ses architectes* Dans la cité de Minerve , il ne suffisait pas d'être riche, on voulait vivre au milieu des chefs-d'œuvre d'une terre inspirée. Mais à Nantes, la fortune s'accumule en écus, au lieu de fixer les regards sous la forme de statues, de monuments, de tableaux, d'aqueducs, de fontaines, de bains publics , de cirques , etc., au lieu de charmer un peuple entier par des fêtes pompeuses* L'art, privé d'avenir et de croyances, est tout-à-fait bourgeois ; il vit au coin du feu , il ne demande point d'applaudissements, il ne gonfle pas la poitrine, il ne fait pas couler les pleurs. Trois fois heureux ceux qui chez nous cuU tivent les muses l Copier un paysage , chanter la romance du jour, recevoir des fermages, faire partie d'une société; voilà comme pour eux passe la vie, sans désir de créer, sans besoin d'épanchements. Aussi, que cilerais-je depuis 1815 ; supprimez les sculptures de M. Debay a PH6tel-de-Ville, les statues sans caractère
historique , de M. Molchneth, qui forment quatre piliers aux entrées des Cours, la statue de Louis XVI , celles de la Bourse , de MM. Debay et Robinot-Bertrand, enfin, celles du Théâtre 5 et sous ce rapport il ne reste plus "rien. Parlerais-je de la peinture, lorsque pendant 15 années, le musée Cacault est resté enfoui à l'Hôtel-de-Ville , exposé aux atteintes des rats et de certaines personnes peu scrupuleuses sur les moyens d'enrichir une collection ? de la musique? lorsque M. Rebeyrol est le seul qui ait écrit. Quant à nos architectes , ils ont mis à profit la restauration. La Halle-aux-Toiles 9 la chapelle St. -François , l'hôtel Chardonn;au, le passage Bo 11 chaud, livré au public depuis juillet 1830, le pont Charles X, aujourd'hui d'Orléans, et quelques édifices particuliers, en fournissent la preuve. Que nos peintres et nos musiciens suivent donc leur exemple, qu'ils profitent de leurs réunions au cercle qu'ils viennent de fonder, pour s'échauffer les uns les autres, et qu'ils se prennent d'enthousiasme, afin de changer l'aspect de notre cilé. Aux arts, la grande mission de proparer l'avenir industriel du monde, et de lui donner ses fêtes pacifiques, comme il a eu dans un autre âge ses gladiateurs et ses tournois l aux artistes, de comprendre le grand rôle qui leur est dévolu , de lier les hommes, d'adoucir et d'embellir leurs travaux: l
Pendant que nos compatriotes oubliaient ainsi l'un des moyens les plus puissants de bien-être > M. Le Cadre formait une société à laquelle nous devons ces expositions de fleurs qui embellissent, cbaque dimanche , le jardin de la Bourse, et donnent une vie nouvelle à la partie artiste de notre horticulture. Les femmes ne craignirent pas d'en faire partie ; pourquoi craignent-elles davantage de s'abandonner à leurs élans; les arts , comme les [fleurs , ne sont-ils pas une expression suave et harmonieuse de la vie, et doit-on rougir de les cultiver ?
Sous le rapport scientifique , il me reste peu de choses à citer , la plus grande partie des travaux de nos compatriotes ayant été analysés, ou publiés en entier dans Le Lycée Armoricain, les Annales de la Société Académique, et les recueils périodiques déjà mentionnés. Il est du reste un fait que je ne puis passer sous silence. A l'époque où le docteur Bertrand, de Rennes, écrivait dans le Globe, ses articles si remarquables sur l'extase et le magnétisme animal qui réunirent l'approbation des penseurs et des physiologistes les plus éclairés, M. me de Saint- Amour vnit à Nantes, et tenta des guérisons du genre de celles opérées par le prince de Hohenloe. Ce fut d'abord chez elle une afiluence incommensurable; mais l'opinion publique ne tarda pas à changer. MM. Richer et de Tollenare, qui partageaient avec cette dame les doctrines
de Swedemborg, adoptaient la possibilité de guérisons obtenues de la Divinité par ses prières. Un public incrédule niait tout. 11 ne se trouva, dans notre ville, aucun esprit assez philosophique pour suivre avec soin les faits. Il est, du reste, bien constant que M. me de Saint- Amour obtenait, sur l'esprit des personnes qui venaient la consulter un ascendant extraordinaire, que sa foi vive et sa manière, en quelque sorte, inspirée leur en imposaient beaucoup. Nous devons donc regretter que des violences indignes d'hommes civilisés aient mis obstacle à des tentatives de guérison qui n'offraient aucun inconvénient, et pouvaient, bien étudiées, servir beaucoup aux progrès que nous faisons chaque jour pour percer les mystères de l'intelligence.
La restauration a vu créer divers cours scientifiques dans notre ville. En 1826 , MM. Pihan- Dufeillay , Cox et Cormeray commencèrent des leçons de chimie, qu'ils ont continuées jusqu'ici. Chacun des trois professeurs, à son tour, enseignait une partie spéciale , et les deux autres faisaient les préparations qui, toujours très-soignées , donnaient un attrait de plus à leurs séances , auxquelles assistait un public assez nombreux.
En février 1828 , un jeune avocat de Rennes, d'une grande érudition, M. Le Poitevin, commença un cours de droit commercial. Les 15 premières leçons furent publiques et gratuites;
aussi la curiosité lui amena un public nombreux ; mais le professeur ayant exigé une rétribution de 10 fr. par mois de ceux qui pouvaient la payer, les auditeurs devinrent plus rares. Sans se laisser décourager par cet essai , le professeur, qui avait fait preuve de talent, et qui du reste avait la conscience de ses forces , proposa de faire un cours gratuit, à condition qu'on lui accorderait le local. Cette idée fut goûtée ; des négociants instruits et quelques pères de famille, secondèrent fortement cette nouvelle tentative ; mais la majorité y opposa une force d'inertie décourageante. Cependant, dans une ville où chaque commerçant peut être appelé à remplir les fonctions de juge au tribunal de Commerce, ou de membre de la Chambre commerciale, les connaissances judiciaires sont trèsimportantes. Le cours de M. Le Poitevin devait être suivi d'un cours de mathématiques commerciales, d'autant plus utHe, qu'il est honteux pour un homme de finances (et cela se voit cependant très - fréquemment ) de ne - pas savoir calculer les intérêts composés d'une somme , et par suite d'être incapable de préciser nettement l'action des caisses d'épargnes , de la caisse d'amortissement, des compagnies d'assurance sur la vie, etc.
En 1829 , j'essayai, malgré l'insuccès de M.
Le Poitevin, dans une autre partie , d'établir un cours de chimie industrielle. Mon but était d'en-»
seigner à mes auditeurs les éléments de la chimie, et de leur donner quelques notions sur la construction des cheminées et des fourneaux, sur la vapeur et les machines motrices , enfin sur quelques industries spéciales , comme la fabrication du fer, du sucre de betteraves, de la fécule, toutes si misérablement exploitées dans l'ouest. Ce cours, passablement suivi, donna naissance à quelques améliorations ; mais l'indemnité que j'avais reçue de la mairie n'ayant pas couvert tous les frais, et la mairie s'étant trouvée trèsobérée après la révolution de juillet 9 j'ai du nécessairement discontinuer. J'ai publié la première et la dernière séance de ce cours. Dans la première, apr^s avoir présenté un programme de la marche que je comptais suivre , je crus . utile et instructif de montrer les modifications subies par l"industrie depuis l'antiquité jusqu'à nous , et j'essayai de faire sentir que l'économie industrielle est, comme toutes les sciences, et plus même que beaucoup d'autres , susceptible d'offrir de vastes sujets de méditations ; qu'elle mérite , par conséquent , toute l'attention des esprits les plus philosophiques. Dans la dernière, je montrai quels services directs et indirects , la connaissance des phénomènes natureb peut rendre à l'agriculture ; je précisai plusieurs questions importantes , autant que je le pouvais ; enfin , j'essayai d'inspirer à mes auditeurs l'amour de la science , en leur montrant que les
questions de commerce et d'industrie se lient aux questions morales. Non, leur disais- je en terminant, ce n'est pas seulement des pièces de fer ajustées et limées qu'il faut voir dans une machine à vapeur , il y a quelque autre chose encore que la surface brillante et polie* Au-delà des soupapes et des tuyaux de conduite , audelà de la vapeur elle-même ^ je trouve une idée d'ensemble et d'harmonie , un être de création humaine , soumis à notre volonté pour remplacer notre puissance , une espèce* de résumé de nos connaissances et de notre civilisation , un garant de nos progrès à venir j'aperçois enfin une sorte de réflexion de cette haute intelligence à laquelle nous sommes arrivés.
A l'époque où j'achevais mes leçons de chimie industrielle , M. Noisette professait , au Jardin des Plantes , la taille des arbres. C'est ainsi que partout l'on voyait des efforts en sens divers. Ils auront pour effet de faciliter une réussite plus complette aux cours qui plus tard pourraient être tentés.