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INDUSTRIE AGRICOLE

L'industrie, sous la restauration, a marché en sens inverse du commerce extérieur. Ses premières années ont été médiocres , et dans les dernières, nous avons tous pu remarquer une fièvre de production qui n'a pas peu contribué à

la crise de 1830. Produire, tel était le mot d'ordre. Aussi > de nombreuses usines de toute espèce se sont formées 9 et la plupart ont déjà succombé. Il semblait qu'elle fût une mine d'or inépuisable , et tous s'y jetaient avec une confiance qui ne s'explique que par cet entraînement général vers certaines idées qui domine de temps a autre dans la vie des peuples. L'esprit d'association, mal entendu et traduit à leur profit par les gérants des établissements qui presque toujours montraient peu de bonne foi , a fait consommer inutilement autant de capitaux que le système de Law dans le siècle dernier. Des hommes crédules et qui ne comprenaient pas l'industrie, des hommes qui s'imaginaient que l'un ne gagne que ce qui est perdu par l'autre, faisaient un beau projet d'usine sur le papier, et s'y couchaient eux et leurs amis pour des places lucratives. Ils cherchaient ensuite des actionnaires assez confiants , pour leur livrer leurs fonds ; mais lorsqu'il s'agissait de faire marcher cette usine , dont les frais s'élevaient toujours beaucoup au-delà des prévisions, et qui se trouvait surchargée d'un luxe énorme d'employés, l'argent manquait. C'est ainsi que la sordide et sotte avidité des entrepreneurs les conduisait à leur propre ruine.

L'esprit d'association est, certes, le levier le plus puissant de l'humanité, et la source où nous devons puiser remède pour les maux qui dominent notre ordre de choses actuel. Mais le

véritable esprit d'association, ce n'est pas l'ignorance crédule des uns, la friponnerie aveugle des autres, une bataille de ruses entre des actionnaires et des directeurs; au contraire , c'est un accord entre ceux qui possèdent les instruments de travail et ceux qui ont capacité pour s'en servir. L'esprit d'association eût pu produire merveilles dans notre ville , mais il y est presque éteint après avoir été usé, absorbé en quelque sorte par de fausses spéculations.

C'est surtout à partir de 1825 que l'on a commencé à Nantes à spéculer sur les ressources jusqu'alors trop peu connues que présentaient nos campagnes. A cette époque, les uns achetèrent des domaines considérables pour les revendre en détail; d'autres essayèrent de défricher et d'améliorer: malheureusement la plupart de leurs entreprises n'ont pas répondu à l'attente du public. La plus remarquable est sans contredit la fermemodèle créée par M. Haentjens, à Grand-Jouan près Nozai, et dirigée par M. RiefFel, ancien élève de Roville. Beaucoup de personnes ont fondé sur cet établissement de grandes espérances d'améliorations agricoles; quant à moi, je l'avoue, je ne saurais les partager. J'espère de l'activité , du talent administratif de M. RiefFel, et de son habileté pratique, qu'il réussira; mais je ne crois pas qu'il lui soit donné d'opérer une révolution dans notre département. Les fermiers ne faisant que des baux de 9 années, n'ont aucun avantage

à confier à la terre leurs capitaux; certains qu'ils sont de travailler uniquement pour leurs propriétaires, et de n'obtenir un second bail qu'à des conditions plus élevées; j'ajouterai encore qu'il ne leur est point facile de se procurer de l'argent à bon marché, à cause du régime hypothécaire , et je ne mettrai qu'en troisième ligne la difficulté des communications et leur ignorance, comme cause de l'état* stationnaire de notre agriculture. Cependant l'exemple de pratiques mieux entendues ne sera pas perdu pour ceux qtu* font valoir par eux-mêmes leurs domaines. Le désir du gain et l'esprit d'imitation introduiront nécessairement d'heureuses innovations dans leurs établissements.

Les fermes-modèles sont surtout avantageuses en ce qu'elles consacrent l'habitude d'une nouvelle forme de bail dans laquelle le propriétaire ou les propriétaires deviennent actionnaires et commanditaires , et le fermier commandité ou gérant de l'entreprise. Jusqu'ici on n'a pas su en tirer tout le parti possible, mais il faut en accuser ceux qui possèdent le sol et qui veulent tout accaparer, honneur et profit : combien n'en avons-nous pas vu offrir à de jeunes laboureurs actifs, laborieux et instruits de se mettre à la tête d'exploitations de cette nature? ils faisaient mousser dans le public (je me sers ici de l'expression consacrée) leur amour du progrès, leur philantropiej leur désir de perfectionner le plus

utile des arts, et de venir en aide aux cultivateurs de nos campagnes; mais, en réalité, de toutes leurs belles propositions et de leur libéralisme passés au crible, il ne restait le plus souvent qu'une double spéculation , Tune de vanité , Pautre d'argent; d'un coté, c'étaient la députation, la croix-d'honneur, des médailles d'or, des éloges dans les journaux, une réputation de dévouement aux intérêts du pays, que l'on voulait obtenir; de l'autre, c'était une vente à gros bénéfices que l'on désirait effectuer.

Ai! moment de la fondation du couvent des trappistes de Meilleraie, quelques personnes pensèrent qu'il en naîtrait un grand bien pour le pays; mais elles furent bientôt détrompées, les trappistes formèrent peu d'élèves; et, loin d'être utiles, ils ne firent qu'apporter dans leur arrondissement une concurrence d'autant plus redoutable, qu'ils se servaient d'instruments perfectionnés, et que la main-d'œuvre leur revenait .à vil prix.

Parlerai -je maintenant des travaux agricoles de notre Société Académique ? Je suis peu partisan , je l'avoue , de toutes ces sociétés d'agriculture qui couvrent notre patrie, et qui n'ont jamais su jusqu'ici, pour la plupart, que publier des recettes d'apothicaire et donner de misérables primes lorsqu'il y avait des abus profonds à reformer, des questions vitales à traiter. Qu'importent au paysan tous les projets d'assolement que tous

tracez au coin du feu dans votre cabinet souvent pour une série de plusieurs années , puisqu'il lui faudrait pour en faire usage des capitaux qu'il ne possède pas; que lui importe d'améliorer, puisqu'encore une fois il risque souvent de travailler uniquement pour son maître? Vous l'appelez brute, ignorant arriéré ; mais il serait bien coupable d'imprudence , s'il s'abandonnait à vos conseils et s'exposait à la misère dans l'unique but de tenter des améliorations qui profiteraient presqu'exclusivement à d'autres, au risque de subir des écoles ruineuses pour lui. Je ne prétends pas faire le procès à mes compatriotes ; mais ils sont restés , comme toutes les ' sociétés agricoles de France au-dessous de leurs fonctions ; ils louaient avec exagération la charrue à avant-train de M. Athénas , tandis qu'ils passaient sous silence celle de Roville; j'ajouterai qu'ils ont mêmepeu fait comme théoriciens et qu'ils n'ont pas su mettre à profit les écrits d'Arthur Youug , de Sainclair , deThaër et de Mathieu de Dombasle. Ils n'ont rendu de services réels que pour l'amélioration des chevaux. Plusieurs mémoires de MM. Paquer, Mellinet , Robineau de Bougon et Edelin de la Praudière , ont eu pour but de montrer la fausse route suivie par le gouvernement dans la direction de nos haras. N'est-ce pas , en effet , quelque chose d'étrange qu'au lieu de chercher à améliorer la race bretonne , qui possède de §i bonnes qualités , on fasse ? pour obtenir de§

changements dans les formes, les croisements les plus disparates. Tous les animaux quels qu'ils soient sent influencés non-seulement par leur origine, mais encore par une foule de modificateurs , tels que le climat , la nature du sol , la nourriture , toutes choses dont u est absurde de ne pas tenir compte. On doit aussi à notre Société Académique d'avoir fait venir à Nantes des étalons bas-bretons pour la serte de nos juments.

C'est un fait bien remarquable et qui doit être signalé dans ce livre que les bénéfices immenses perçus sans bourse délier et sans courir de risques par les propriétaires fonciers dans l'espace d'une vingtaine d'années. Leurs terres se vendaient au denier 20, elles se vendent au denier 30 et 40, et leurs baux ont augmenté du quart, souvent du tiers; en sorte qu'une terre qui valait en l'anX, 20,000 fr. et donnait 1,000 fr.. de revenu , produit aujourd'hui 1,250 fr. de revenu et se vend environ 36,000 fr. 11 n'est pas difficile de comprendre après cela pourquoi les cultivateurs paient des fermages plus chers sans avoir perfectionné leur industrie et pourquoi le prix des céréales s'est toujours élevé. Comment faire pour que le sol perde le caractère féodal que lui imprima la conquête ? voilà Tune des questions les plus sociales que l'économie politique puisse entreprendre de résoudre.

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