CONCLUSION
Tout œuvre est l'expression d'une pensée ; il est facile en y réfléchissant de comprendre celle qui a dicté ce livre ; car , à Dieu ne plaise , que je l'aie composé dans un but d'amourpropre ou de spéculation* Je sais qu'il y manque beaucoup sous le rapport des formes et du style. J'ai trop peu recherché, je l'avoue, et même je Je regrette, cette manière de dire avec intérêt et de peindre aux yeux qui jette du charme sur un écrit. Mais si cet ouvrage obtient quelque succès, j'aurai contribué pour ma part à rendre populaire l'intelligence de faits trop peu compris. Je n'ai rien négligé pour établir d'une manière nette et par des faits comment la domination romaine s'est transformée pour faire place à la féodalité ; comment cette dernière institution s'est organisée dans notre province , le premier pays de l'Europe où elle ait existé ; comment le clergé a été pendant plusieurs siècles une source de progrès ; enfin les phases diverses du commerce de notre ville et leurs rapports avec les règles faites ou à refaire de l'économie politique. Ceux
d'ailleurs qui savent par eux-mêmes combien certains hommes ont besoin de publier et de faire triompher leurs doctrines, ceux-là, dis-je, entreront facilement dans la route que j'ai suivie pour vérifier mes déductions : leur approbation et leur estime me dédommageront, je l'espère, des peines que je me suis données. Du reste, je prise fort peu l'opinion des gens qui me reprocheraient d'avoir rendu justice au moyen âge et aux partisans de l'aristocratie, ou d'avoir accordé de grands éloges à la conduite de quelques jacobins de notre ville. Je puis dire avec Montaigne : Lecteurs , voici un livre de bonne Jbi 9 et cela me suffît. Je ne quête point l'approbation de cette masse inerte à laquelle un journal apprend chaque jour ce qu'elle doit penser des événements de la veille ; mais après avoir quelque peu payé de ma personne pour le triomphe de mes opinions , je me fais apôtre, uu livre a la main.
J'ai eu aussi pour but, en écrivant l'histoire d'une ville de province , de contribuer à la décentralisation. Le moment approche où les divisions territoriales de la France et son organisation administrative seront modifiées de nouveau pour faire place à des circonscriptions basées sur les intérêts. Le moment approche où de grands centres viendront rivaliser avec la capitale sous le triple rapport des arts , de la science et de l'industrie^ alors Mantes posée à cheval
sur le bassin de la Loire , à la réunion de la Sèvre, du canal de Bretagne et d'un nombre infini de grandes routes, à l'embouchure d'un grand fleuve, deviendra naturellement la capitale de l'Ouest , le lieu où tous les produits des départements voisins viendront recevoir la dernière façon, et s'échanger contre les denrées exotiques.
Le temps a passé sur la ville de nos ancêtres , la cité romaine n'est plus qu'un souvenir historique , celle du moyen âge s'efface chaque jour et disparaît pour faire place à des maisons de simples particuliers plus belles que les palais de nos ducs ; les fortifications qui la protégeaient dorment dans les douves et les marécages qu'elles ont servi à combler. Pourrionsnous doncj quand tout gravite vers le mieux et après avoir fait de nous-mêmes de grands pas , rester stationnaires au sein du mouvement des intelligences ? Négligerons-nous les avantages immenses de notre situation ?
Il nous faut , sous le rapport ées embellissements, des fontaines ? des jardins publics., l'éclairage au gaz , des passages et des promenades nouvelles. Sous le rapport de l'instruction des institutions primaires et secondaires , un athénée , des cours publics , un musée industriel , un musée commercial. Enfin, nous devons désirer encore pour rendre notre ville plus florissante, une banque intituée sur un large systèmede crédit, des routes en fer qui établissent dei communica-
tions plus faciles avec Paris 9 Poitiers , Brest el Bordeaux, et la destruction des obstacles qui s'opposent à la navigation du bas de la Loire en ne permettant pas à des navires de 300 tonneaux de remonter chargés jusque dans notre port.
Nantais ,
Les hommes de l'empire et de la restaurât ion sont épuisés , le pouvoir va tomber nécessairement aux mains d'une génération plus probe, plus capable et désireuse de faire de; grandes choses. Un rôle important est réservé a votre ville. Ayez foi dans vos destinées!