‹ Essais historiques sur les progrès de la ville de NantesChapitre 30 sur 35 · NÉCROLOGIE DE 90 A · texte numérisé non relu

NÉCROLOGIE DE 90 A

Si Ton passe eu revue les hommes marquants de notre ville qui sont morts de 90 à 1830, on voit avec satisfaction qu'ils ont beaucoup fait auprès de leurs devanciers. Je rappellerai , en quelques mots, pour chacun d'eux, leurs titres à notre souvenir.

Pellerifij avocat, membre de l'assemblée constituante: il a écrit sur le droit public de la province de Bretagne. Pelloutiev, négociant éclairé, a donné un grand élan à notre industrie manufacturière. Cacault, ambassadeur à Rome , amateur distingué en fait de peinture ; nous lui devons une traduction des poésies allemandes de Ramier. Ceineray et Crucy , architectes, le théâtre, la bourse, le Cours Henri IV, le quai Brancas, la Poissonnerie, lequai Flesselles, la place Louis XVI, la route de Rennes, le Palais de la Préfecture, enfin nos plus beaux édifices sont leur ouvrage : il y avait peut- être plus de facilité , plus d'abondance chez Crucy ; plus de grandiose et de simplicité chez son prédécesseur. Le Deist de Kerivalant , maître à la chambre des comptes, s'occupait dé poésie ; il

a laissé une traduction inédite de Martial. Pierre Levéque , membre de l'institut , était un mathématicien distingué. Bougon, peintre d'histoire, a joué un rôle fort honorable dans notre révolution. Mellinet, le père du général qui a dirigé en 1831 le siège de Afaëstrich , fut nommé en 1788 , député aux états de Bretague ; il prit une part active aux événements de 89. Lié avec Voltaire, d'Alembert, Florian et les beaux esprits de cette époque, sa correspondance avec ces hommes célèbres offrirait sans doute quelque intérêt, si elle était publiée. Laenncc, médecin habile et très-érudit , a écrit plusieurs mémoires scientifiques, et rédigé l'un des l. era budgets de Nantes. Athenas, cet homme actif jusqu'aux derniers instants de sa vie, a beaucoup contribué à faire l'éducation de ses compatriotes : fort instruit en chimie et en archéologie, il a laissé un grand nombre de mémoires, dont plusieurs inédits. Huetj l'auteur de la statistique de l'an X , fut proposé sous la république par son compatriote Sotin , pour être ministre de l'intérieur. Ou le trouva trop jeune , comme si la jeunesse n'était pas une garantie d'activité et de force physique. Il a prouvé depuis par sa statistique du département de la Loire-Inférieure, par un ouvrage sur l'administration, par plusieurs autres écrits et par toute sa vie, que ce poste éminent n'était pas au-dessus de lui. Très-instruit

en économie politique, très-érudit et doué d'une grande facilité comme écrivain, il était l'un de ces hommes d'avenir qui marchent en avant de leurs compatriotes. Nous devons regretter qu'il n'ait pas publié comme il en a eu l'intention, grand nombre de pièces autographes qu'il s'était procurées pendant qu'il remplissait les fonctions de secrétaire-général au ministère de l'intérieur. Plusieurs de nos hommes influents eussent été mieux appréciés sous la restauration et n'eussent pas caché 15 années leur bassesse sous le masque hypocrite du dévouement au pays. On doit regretter aussi qu'il n'ait pas publié so;i histoire des courtisanes de Rome, ouvrage écrit en latin, et ses recherches sur l'économie politique des anciens sur les moyens qu'ils mettaient en usage pour faire vivre leurs armées et transporter leur matériel de campagne. Nommé député en 1815, il fonda à la rentrée des Bourbons, le journal du commerce. Dans l'un des premiers procès intentés à la presse libérale, seul il se présenta devant les juges pour répondre de ce qu'il avait écrit, tandis que ses confrères du Constitutionnel et des autres journaux descendaient à la fiction, ou pour mieux dire à la lâcheté d'hommes de paille payés pour subir la prison. Aussi ce ne fut pas sans quelqu'émotion que l'on vit ce publiciste plein de cœur et de fermeté assis au milieu des autres gérants responsables. De tous les Nantais qui ont figuré depuis la révolution, Huet est sans con-

treditle plus pur comme homme politique, le plus capable comme homme d'affaires, comme penseur et comme écrivain.

Antoine Pecotj l'ami intime de Huet, était l'un de ces hommes dont le caractère original et les saillies continuelles font le charme des sociétés. Administrateur du département en 1792; membre du club de la halle où il se prononça énergiqueinent en 93 en faveur de la Gironde, il fut du nombre de ceux que le comité révolutionnaire de Nantes fit traîner de prison en prison jusqu'à Paris. Ses poésies, si on les ressuscite, ne donneront pas une juste idée de sa capacité. On ne les lira d'ailleurs que dans notre ville comme étude des opinions de l'époque et comme souvenir d'un homme remarquable, car le doute chanté sur tous les tons, l'absence complète de croyances et de doctrines, les plaisanteries voltairieunes, toutes choses bonnes en leur temps, ne sont plus à l'ordre du jour. Nous devons cependant désirer qu'on les publie, d'après ce principe qu'il faut toujours conserver ce qui nous reste des hommes utiles à leurs concitoyens.

Fouchéj duc d'Otrante , ancien oratorien , plus habile en intrigues qu'en administration, est mort comme il l'avait mérité, loin de sa terre natale. Sotin , ministre de la police sous la république, avait de l'énergie et de la capacité , il eut fait réussir le mouvement de l'Ouest en faveur de la Gironde , si les députés qui la composaient

ne

n'avaient montré la plus grande faiblesse , Bonaparte ne pouvant le corrompre le mit de côté. Fournier , architecte-voyer , commandait le détachement des Nantais qui marchèrent au secours des députés de la Gironde , opprimés par la Montagne ; il nous a laissé une carte de l'ancienne ville de Nantes, que nous donnons dans cet ouvrage , et plusieurs volumes manuscrits de recherches sur nos antiquités. Dorion, versificateur infatigable est Fauteur de plusieurs e'popées qu'on ne lit pas. Grelier , il a coopéré au dictionnaire de Bretagne d'Ogee. M.me Dufresnoisi elle est trop connue par ses poésies pour qu'il soit nécessaire d'en dire davantage. Dobrée , consul des Etats-Unis ; des vues comme spéculateur et beaucoup d'habileté pratique en avaient fait le premier négociant de Nantes.

Baudry, docîeur-médecin , homme actif et hardi, auquel n'out manqué ni les grandes entreprises, ni les grandes pensées; chaud en industrie comme il l'était en politique. Soit inconstance, soit besoin de créer , il passait sans cesse d'une spéculation à une autre spéculation. Mais pour le malheur de notre ville à laquelle il a rendu de grands services , un jour il douta de lui-même et suc • comba à la crainte de l'infortune. Le Ray, jeune poète ignoré , connu seulement de Béranger , de quelques artistes et de ses amis ? au nombre desquels M. Richer était un des plus intimes. M. Mellinet , l'imprimeur de ce livre , possède un grand nombre de lettres de lui , écrites avec

toute la franchise et l'abandon de l'amitié : quelque jour sans doute elles seront publiées. On ne saurait rien écrire de plus piquant comme mémoires sur l'époque de la Charbonnerie.

Ils méritent aussi que l'on consacre leurs noms, ceux qui , dans la journée du 30 juillet, succombèrent victimes de leur patriotisme. Carni/i , Reseau, Racineux , Chauyet* Dolbeau , Rigaucl, Robert , Potin , Lasnier* Voruz , vous avez bien mérité du pays : puisse la ville où s'exhala votre dernier soupir ne jamais oublier que voire sang fut versé pour le triomphe des droits populaires, puisse votre dévoûment profiter à la France ! Hommes de cœur , vous fûtes grands comme les circonstances , vous jetâtes courageusement vos têtes dans la balance à côté de vos opinions, et vous réussîtes à la faire pencher. Vos frères et vos fils se rappelleront qu'à côté des dangers du combat vousaviez encore la perspective de l'échafaud.

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