‹ Essais historiques sur les progrès de la ville de NantesChapitre 5 sur 35 · NEUVIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

NEUVIÈME SIÈCLE

Les courses des Normands et les divisions entre les ducs et les évéques , ont signalé cette époque. Au commencement du siècle, l'abbé Arnouî fonda le monastère de St.-Philbcrt , et bientôt les moines s'occupèrent d'améliorations agricoles. Une Charte de Lôuis-le-Débonnaire , du 16 mars 819 , les autorisa à changer la direction de la Boulogne, qui se jette dans le lac de Grand-Lieu.

Le 24 juin 843, les Normands , à la sollici 7 tation de Lambert , comte de Nantes , que les habitants avaient chassé de leur ville, remontèrent la Loire sur 67 bateaux formés de claies revêtues de peaux. Ils entrèrent dans la ville sans coup férir et massacrèrent une grande quantité d'habitants, jusques dans la cathédrale. Chargés de butin , ils se retirèrent pour le partager à l'île dUer, que le savant Athénas a cr.u retrouver dans les marais de Moiitoir , mais leurs prisonniers profitèrent d'une division qui s'éleva parmi eux, pour s'échapper et revenir à Nantes. Lambert, de son côté rentra bientôt dans la ville $ cette fois, comme la pre-

mière , il ne sut pas se faire aimer. Il voulut ajouter une nouvelle tour aux fortifications du château; mais les travaux qui se faisaient par corvée , occasionnèrent un soulèvement auquel l'evêque prit part. Forcé de quitter de nouveau, il se retira à Craon sur la rivière d'Oudon, où il éleva en 847, des fortifications et une tour que Ton voit encore aujourd'hui. Pour se venger des Nantais, Lambert se rendit maître de la navigation de la Loire, et détruisit tout le commerce qui se faisait par le moyen du fleuve. Dans le même temps , le duc Noininoë poursuivait les évéques comme Simoniaques, et les chassait de leurs sièges. En 851 , Erispoë , fils de Noininoë , lui succéda. Deux ans après , Nantes fut pillée de nouveau par les Normands qui se retirèrent ensuite dans File de Biesse pour partager leur butin.

En 855 , l'ancien évêque Actard parvint à rentrer dans ses fonctions ; grâce à l'appui que lui donna la Duchesse. Le nouvel évéque se retira à Guérande, et retint la partie du diocèse qui a formé jusqu'en 89 l'archidiaconné de la Mée. Actard fut encore assez habile pour obtenir la moitié des octrois des marchandises qui entraient à Nantes ; mais son caractère remuant força le duc de le chasser comme l'avait fait son père. En 857, Salomon parvient , par le meurtre , au duché de Bretagne : La même année, les Normands font une irrup:

PROGRÈS HE KÀNTES.

tion dans le diocèse de Nantes, et mettent le comble aux malheurs des habitants. Salomon , voulant apaiser la colère céleste , et se faire absoudre de son crime , trouva cependant le moyen, à cette époque de désastres , de faire des dons aux églises et de nombreuses fondations pieuses. Il envoya au pape, une statue d'or de sa hauteur, enrichie de pierreries, et le St.-Siége, forcé par ce présent de reconnaître la vérité de son repentir, lui accorda l'absolution. Pins tard, ce prince, devenu pieux, voulut rétablir, dans leurs fonctions , les anciens évéques chassés par Nominoé ; mais les nouveaux conspirèrent sa perte. Salomon, pour • échapper à leur vengeance , se réfugia dans un cloître, où des Français lui crevèrent les yeux, sou fils mourut en même temps que lui, probablement d'une fin tragique. En 8/5 , Charlesle-Chauve s'empara de Nantes ; ce fut lui qui fit construire les premiers ponts sur la Loire: son but était de soumettre toute la Bretagne, mais il n'y réussit pas. En 879, il fit une seconde tentative dans laquelle il échoua complètement : ses troupes, attaquées par Alainle-Grand , tuteur du jeune duc , furent battues auprès de Questember, et de 15000 hommes, 4w seulement revirent la France. En 896 commença, au sujet de la propriété de Téglise St.-Donatien , un procès qui a duré 92 ans. La même année, Foucher, évêque dé Nantes,

entoura la cathédrale de hautes murailles, pour offrir aux habitants une retraite assurée contre les Normands ; cependant , 42 ans plus tard , ceux-ci reparurent : Les Nantais se retirèrent alors dans la partie fortifiée, et soutinrent pendant toute une journée un assaut terrible ; mais, désespérant de pouvoir tenir plus long-temps, ils profitèrent de la nuit pour se sauver, emportant avec eux leurs effets les plus précieux. La Famille Ducale et les principaux chefs, se réfugièrent en Angleterre , les autres s'établirent dans les diocèses voisins. Le lendemain, les Normands furent fort étonnés de trouver la ville déserte, ils pillèrent ce qui restait, brûlèrent la cathédrale, puis ils continuèrent leurs brigandages en Bretagne.

Page 1