‹ Essais historiques sur les progrès de la ville de NantesChapitre 6 sur 35 · DIXIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

DIXIÈME SIÈCLE

Jusqu'en 936, les comtés de Rennes et de Nantes furent ravagés par les Normands, dont les hordes désolaient la France; ils se portèrent aussi du côté de la Basse-Bretagne f mais ils y furent vaincus et c on train t$ de se retirer. Pendant tout ce temps, la villè, que le comte Robert, frère d'Eudes, roi de France, leur avait abandonnée comme propriété , resta déserte. En 936, Alain- Barbe -Torte, fils du comte de Mathuédois et de la fille d'Alain -le- Grand , revint d'Angleterre, à la tête de quelques guerriers. Pendant 3 ans, il n'eut pas assez de troupes

pour tenter un coup décisif. En 939, fort de l'appui des Bretons, qui l'avaient reconnu pour duc, il présenta la bataille aux Normands dans la prairie de la Hanne (prairie de Mauves). Le combat fut long; Alain fut contraint de se retirer du côté de la Hautière pour faire rafraîchir ses troupes ; il revint ensuite à la charge, et défit complètement ses ennemis.

Après la victoire, ce jeune guerrier entra dans la ville, dont les habitants s'étaient enfuis depuis près de trente années : les rues étaient désertes et n'offraient partout qu'une effrayante solitude. Alain s'avança vers la cathédrale pour y rendre grâces au ciel' de sa victoire ; mais il n'en restait que les murs, noircis par la flamme : des ronces en défendaient l'entrée , et , pour y pénétrer, il lui fallut se frayer un chemin avec son épée, encore teinte du sang des ennemis. Nantes était reconquise, mais tout restait à faire. Après avoir examiné sa position avantageuse, Alain résolut de s'y fixer, et, pour la mettre à l'abri d'un coup de main, il fit rétablir les anciennes fortifications du château; il y ajouta une tour que l'on appela la Tour-Neuve; puis il fit creuser un fossé profond avec une chaussée en terre depuis le château jusqu'à la Haute-Grande-Rue, qui a porté long-temps le nom de rue de la Chaussée. Alain-Barbe-Torte doit être regardé comme le second fondateur de Nantes. Au bruit de ses exploits, les seigneurs et les anciens habitants

se hâtèrent de venir repeupler une ville qui leur offrait l'appui de ses murs, la protection d'un chef puissant, et, par suite, l'espoir d'une vie tranquille; le duc la divisa en trois parties: gardant pour lui la première, il donna la seconde à quelques— uns de ses lieutenants, comme récompense de leurs services; et la troisième au clergé. Nantes fut ainsi partagée en trois fiefs : celui du duc s'appelait Fief de la Prévoté ou Gentil-Fief; c'était le plus considérable. Ne trouvant pas encore la ville, assez peuplée, et comprenant qu'il serait d'autant plus puissant et plus riche qu'elle renfermerait plus d'habitants, Alain, du consentement du roi de France, en fit un lieu d'asile pour les serfs et les coliberts. Cette mesure politique procura un demi-affranchissement à beaucoup de paysans, qui en profitèrent.

Après 23 années d un règne calme et glorieux, Alain mourut , laissant un fils en bas âge. Sa veuve, dans l'année même de son deuil, épousa le comte d'Anjou. Celui-ci , pour étendre sa domination, fit périr dans un bain le fils de sa femme; mais n'ayant pas fourni de secours aux habitants pour repousser les Normands dans un moment de danger, les Nantais appelèrent à les commander Hoè'l, fils naturel de Barbe-Torte* qui fut bientôt reconnu pour duc de Bretagne. En 981 , ce prince , fut assassiné par un envoyé de Conan, comte de Rennes, qui convoitait le comté nantais et le titre de duc. Pans le même

temps, le clergé et les habitants de noire ville élurenfpour évèque Guérech, encore laïc, second fils naturel de Barbe-Torte : mais n'étant pas sacré, il préféra succéder à son frère, tout en conservant l'administration spirituelle de l'évéché, qu'il confia à un homme à gages. En 982,Conan voyant son crime inutile, essaya la force des armes ? mais il fut vaincu dans les landes de Conquereul, près Guemené. En 987, il parvint à gagner l'abbé de Redon , médecin de Guérech; et celui-ci, saigné avec une lancette empoisonnée, périt de la gangrène, laissant un fils, qui lui succéda sous le nom d'Alain, et qui mourut deux ans après. Guérech passe pour avoir reconstruit ou au moins rétabli la cathédrale. En 988, Judicaèl, fils de Hoèl, fut élu évéque par le clergé et le peuple. N'étant pas sacré à la mort d'Alain, il conserva cependant l'évéché, qu'il fit régir à son profit, tout en acceptant, comme son prédécesseur, le comté nantais. En 988, Conan finit par s'emparer de Nantes qu'il convoitait depuis long-temps, et, pour la tenir en respect, il fit construire le château du BoufTay : quatre ans plus* tard, il livra bataille au comte d'Anjou, dans les landes de Conquereul , où il perdit la vie : la garnison du BoufTay, à cette nouvelle, abandonna la place et prit la fuite.

ONZJEME SIÈCLE.

he XI. # siècle commença, dans notre ville,

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par une guerre véritable entre le comte et l'évêque, suivie d'une excommunication, lancée par celui-ci contre son adversaire. C'est la première dont il soit question dans nos annales; jusques-là, notre clergé s'était borné à chanter publiquement dans les églises des prières de vengeance contre ses ennemis. L'excommunication , par les cérémonies qui l'accompagnaient et la publicité qui lui était donnée, avait un caractère particulier* propre à en imposer au peuple.

Les fidèles étant réunis dans l'église qui retentissait du son funèbre des cloches, et qui se trouvait à peine éclairée , le prêtre montait à l'autel i il jetait a terre la croix et le livre des évangiles, en livrant à la malédiction publique le nom de l'excommunié ; ce nom était en outre inscrit sur deux tables dont l'une restait attachée a l'autel tandis que la seconde accompagnait le prêtre dans tous les synodes.

En 1020, l'on trouva dans les fossés de St.- Pierre une table de pierre portant une inscription latine: elle a été transportée en 1626 dans la maison commune ; en 1024 les paysans se révoltèrent contre les nobles , fatigués sans doute de leurs exigences x ils en massacrèrent une partie et brûlèrent plusieurs châteaux , mais ils ne tardèrent pas à être vaincus et soumis* En 1041, le fils de l'évêque voulut lui succéder, le comte de Nantes s'y opposa ; des présents le rendirent plus facile ainsi que ses conseillers ,

mais le concile de Rheims cassa cette nomination ; ce même concile condamna , sous peine d'ana thème, les promotions d'évêques sans élection du clergé et du peuple. En 1050, le pape nomma de son autorité privée au siège de Nantes qui était vacant , mais Tannée suivante le comte et le peuple écrivirent au pape une lettre fort vive dans laquelle ils protestaient contre la violation du droit d'élection et des usages suivis jusqueslà. En 1060, l'évêque vendit à l'abbé de Redon plusieurs droits , entr'autres celui de sacrilège qui consistait en amendes au moyen des quelles on se rachetait des pénitences publiques imposées pour les incestes , les parjures , les homicides et les cas réservés. A la même époque il existait un droit de confession dont nos annales nous ont conservé le souvenir. En 1087, sous le duc Alain Fergent , les états se tinrent à Nantes : l'ordre du tiers n'y était pas encore représenté'; on régla dans cette réunion le rang des évéques et des barons , tous les gentilshommes prirent ce dernier titre. La noblesse se divisait alors en trois classes ; les comtes formaient la première , les vicomtes la seconde ; les chevaliers, écuyers, etc. , la troisième. En 1096 le saintsiège prit sous sa protection l'église de la cathédrale ; mais il exigea une redevance annuelle de trois deniers d'or payables au palais de Latran. La simonie du clergé et les crimes des grands remplirent la fin de ce siècle, qui fut signalé par le départ des premiers Croisés*

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