SCENE V
SOPHIE
Amoureux? moi !... Oh, non ! faire trop de mal.
ZÉLINA.
Puisque vous savez cela, vous l'avez donc été?
SOPHIE
Non 5 mais avoir vu si malheureux quelqu'un qui intéresse moi beaucoup !
Bon ! ah racontez-moi donc cela.
SOPHIE
Autre jour.
ZÉLINA.
Non, non, tout de suite.
SOPHIE
Puisque toi le veux , faut te satisfaire.
PREMIER COUPLET
En mien pays la bas , petite sœur a moi , A gentil petit nègre avoit donné sa foi ;
Dans une grotte solitaire ,
Vers le soir tous deux se rendoient ;
C'est là qu'a l'ombre du mystère ,
Amour, bonheur, les attendoient.
DEUXIÈME COUPLET
Riches maîtres à moi, disoient ces doux amis,
De votre or qu'aimer tant , nous , peu sentir le })rix ;
Vous pouvoir eu jouir sans cesse; De votre sort nous peu jaloux :
Aurez pour vous honneurs, richesse; Amour , bonheiu" , seront pour nous.
TROISIÈME COTJPLET.
Las ! bientôt de ma sœur i'ami s'est séparé ; Pauvre sœur bien gémir !... après beaucoup pleui'é.
« Grotte ! qui vois ma peine extrême ,
» Dit-elle , moi fuir loin de toi ;
» ^'est plus ici celui que j'aime ;
» Amour, bonheur, sont plus pour moi ! »
ZÉLINA.
Oii que c'est singulier ! c'est exactement la même histoire que celle arrivée à notre Française. Vous voyez bien ce rocher ? eh bien , c'étoit là qu'elle se rendoit, ainsi que Monseigneur. Ah, mon Dieu, oui! c'est là, dit-on, qu'aux foibles lueurs de la lune, nos amans se juroient un amour éternel, qui a duré trois mois, après lesquels la jeune veuve, abandonnée comme votre sœur, a pris aussi de même le parti de fuir loin des lieux témoins de son malheur... Tenez, en vous approchant de ce rocher, vous y verrez encore les chiffres, les devises, que ce couple amoureux se plaisoit à y graver.
SOPHIE, ^ part.
0 doux !.,. et cru(;]s souvenirs !