ACTE I, SCÈNE IL
cette forêt depuis que le duc de Mayenne est venu camper près d'ici. On se seroit bien passé d'un pareil voisinage; el pour moi, en vérité, je ne conçois pas comment il se fait qu'un brave et loyal seigneur, comme M. d'Estrées, ait pu se lier de la plus étroite amitié avec ce duc , l'ennemi le plus acharné du bon Henri.
GABRIELLE
Je connois assez mon père pour être sûre que , loin de partager en tout les sentimens de Mayenne, le roi lui est toujours cher ; mais le duc lui a sauvé la vie , et je suis forcée d'avouer que depuis cet instant, la voix de la reconnoissance l'emporte dans son cœur sur celle du devoir.
ESTELLE
Si j'en crois ce qu'on m'a dit, Dieu merci! il n'en est pas de même de celui qui m'est destiné pour époux 5 et le roi compte peu de sujets qui lui soient aussi dévoués. Ah dame! Voyez-vous, c'est qu'il a eu l'honneur de servir sous les drapeaux de Sa Majesté j il étoit aux batailles d'Arqués, d'Yvry ; que sais-je moi ! tant y a, que Henri, témoin de sa bravoure, l'a pris en amitié ; et que , de son côté , ce brave garçon a conçu un tel attachement pour le roi , qu'il n'est point de dangers auxquels il ne s'rxposc poui* ce bon
3oo GABRIELLE D'KSTRÉES.
prince, qui se plaît à l'appeler souvent son l>rave compagnon d'armes.
G-ABRIELLEj avec émotion.
Rien ne peut me prévenir plus on faveur de votn; prétendu que l'attachement qu'il montre pour son roi 5 n'en doutez pas, ma chère Estelle.
ESTELLE, souriant malignement.
En douter?.... Oh je n'ai garde !
GABRIELLE
Eh pourquoi ?
ESTELLE
Tenez , Mademoiselle ; c'est que , soit dit sans vou.s fâcher, quoique je n'aie l'honneur d'êlre auprès de vous que depuis trois jours , il ne m'en a pas fallu davantage pour m'apercevoir
GABRIELLE, l'interrompant vivement.
Mon père ne peut tarder à me rejoindre; laissezmoi l'attendre ici.
Estelle sort.