ACTE II, SCÈNE VI
LE SÉNÉCHAL
Comment ! il mène à sa suite... Un homme de cette espèce ! d'honneur, c'est incroyable!
LA PRINCESSE
Tout est vraiment d'une élégance parfaite.
LE SÉNÉCHAL
Cette argenterie surtout est d'une richesse...
JEAN
C'est ma vaisselle de voyage.
LE SÉNÉCHAL
Elle est à vous ?
JEAN
A moi.
LE SÉNÉCHAL
Quoi ! M. le bourgeois, vous l'avez apportée de Paris ?
JEAN
Oui, j'ai suivi en cela les conseils de ma mère, femme très-judicieuse, et surtout fort prévoyante : « Jean, m'a-t-elle dit la veille de mou départ, garde- » toi de manger sur ces vilaines assiettes d'auberge j » il y a dans notre office de l'argenterie; emporte-la, » mon enfant. Après tout, ce n'est que l'aiFaire de )) deux ou trois chariots de plus, et de quelques )) hommes pour en avoir soin ; avec cela , on mange
44a JEAN DE PARIS.
» proprement partout, et on la rapporte comme on » l'a emportée. »
LA PRINCESSE
D'après tout ce que j'entends et tout ce que je vois , votre père doit être un homme- puissamment ricte , M. Jean de Paris ?
JEAN
A dire le vrai , il est à son aise ; il est l'aîné de la famille , et de plus , a un emploi de surveillance aux barrières , qui ne lui rend pas mal j car personne n'y passe sans y laisser quelque cliose pour lui. Mais c'est assez nous occuper de ces détails de famille ; que maintenant le chant et la danse égayent le repas. Qu'en dit M. le sénéchal?
LE SÉNÉCHAL
Je dis qu'à table, comme ailleurs, je ne perds jamais de temps ; ainsi donc , quand j'y suis , je mange, et ne chante point.
JEAN
Eh bien! d'autres chanteront pour vous... Olivier, disons chacun notre couplet de la romance du troubadour.
OLIVIER
Volontiers, Monsei... Monsieur Jean.