ACTE I, SCENE IV
Ah ! ne me rappelle point ce temps que je voudrois bannir de ma mémoire 5 aide-moi plutôt à réprimer ces passions violentes , terribles , que j'ai puisées dans le sein de la brûlante Afrique. Nourri sur ces rocs cachés dans les nues , où la neige brave de près les feux du soleil ; élevé parmi les monstres des forêts , mon cœur en avoit pris la férocité. Appelé près d'Abular, à qui j'étois uni par les liens du sang, je le suivis en ces climats ; et c'est alors qu'imitant son exemple, je déclarai une haine éternelle aux Abencérages , si
célèbres Dar leurs vertus Bientôt , conduits par la
rage, nous triomphons de leur valeur ; vaincus, poursuivis , ils deviennent nos victimes : sur un indice, ils sont dépouillés; sur u;i soupçon, leur tête tombe. C'est ainsi que, portant partout l'épouvante et l'effroi, je rendis mon nom horrible à ceux même qui se trouvoient forcés de louer mon courage.
HASSEM
11 est sûr que l'amour que Zoraïme éprouve pour vous ne tarderoit point à s'affoiblir, si elle venoit à découvrir que vous fûtes l'ennemi le plus implacable de sa famille.
ZULNAR.
La crainte de m'attirer sa haine a pu seule me ré-
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soudre à prolonger un déguisement qui, si tu m'avois consulté...
IIASSEM. ,
Et, le pouvois-je? Indigné des cruautés d'Abular, vous veniez de quitter son arhiée pour retourner en Afrique j passant près de Grenade , vous trouvez une occasion de vous battre, vous la saisissez : triomphant, mais percé de toutes parts , vous êtes au moment de perdre la vie 5 Zoraïme , qui vous doit la sienne , vous voyant sans force, sans connoissance, vous fait conduire dans son palais, dans l'Alliambra, ce monument superbe habité par son père; elle me conjure de lui faire connoître son libérateur!... Mais les dangers qui vous menaçoient, les prompts secours qui vous étoient nécessaires , la présence des Abencérages , tout me forçoit au silence ; ne doutant point que découvrir votre nom, c'ctoit prononcer l'arrêt de votre mort, je vous fis donc passer pour un jeune Africain qui venoit combattre sous les drapeaux d'Akbé.
ZULNAR.
Zoraïme, par ses secours généreux, m'eut bientôt rappelé à la vie 5 son langage touchant, le tendre intérêt qu'elle prenoit à mon sort, me faisoit chérir mes souffrances; elle ne me quiltoit point, et tandis que par degrés son âme s'ouvroit à l'amour, sa noble