ACTE I, SCÈNE IV
candeur croyoit ne céder qu'aux mouvemens de la reconnoissance.
HASSEM
Il étoit bien juste qu'elle clierchât à vous dédommager des dangers que vous avoit fait courir l'imprudence d'exposer vos jours pour quelqu'un que vous n'aviez jamais vu.
ZULNAR.
Tu te trompes, Hassemj rappelle-toi ce jour où, le glaive à la main, je répandis l'effroi dans Tolède 5 la fille d'Akbé parut devant moi au moment même où je livrois son frère au farouche Abular; la poussière et le sang déroboient à Zoraïme les traits de mon visage ; mais je pouvois contempler les siens : la douleur sembloit encore ajouter à ses charmes ! Frappé d'un trait dont la blessure devoit être éternelle , mon cœur et mes yeux s'enivrèrent des doux poisons de l'amour; je sentois mon, âme entière pénétrée d'un feu dévorant : oubliant à la fois Tolède , la guerre, les dangers que je courois, j'allois rassurer cette femme adorée , lorsque les ennemis ralliés fondirent sur moi de toutes parts. Je voulus combattre , et ne retrouvai plus ma première ardeur; je me retirai , repoussant d'une foible main les atteintes qui me menaçoient, et, négligeant ma gloire et ma vie
^8 ZORAIME ET ZULNAR.
pour jeter encore un regard sur celle que je ne pouvois quitter, et de qui désormais alloient dépendre mes destinées. Depuis ce jour, mon cœur ne fut plus le même : un regard de Zoraïme a changé tout mon être j l'amour sacré de la patrie , les soins touchans de l'amitié, viennent l'occuper sans cesse. Une secrète voix me dit toujours : Zoraïme te regarde, elle t'entend , elle est le témoin invisible de tes actions , de tes pensées 5 aussitôt s'enfuit de mon cœur tout sentiment qui pourroit le corrompre j aussitôt toutes les vertus s'y rassemblent autour de l'image qui le remplit, le purifie, et l'embrase de tous les feux de l'amour.
HASSEM
Vous êtes fort heureux que, trop jeune pour porter les armes , ses pleurs fussent les seules qu'elle ait employées j et plus heureux encore que son père et le jeune Alamir se trouvassent alors absens de Tolède ; car s'ils vous eussent connu, vous ne fussiez point impunément tombé entre leurs mains.
ZULNAR.
Ne crois point que , si j'ai consenti à cacher mon nom à ces fiers Abencérages, ce soit dans la seule vue de me livrer sans crainte aux charmes de l'amour 5 un projet plus vaste m'a déterminé. Abular, sédui-