ACTE II, SCÈNE IV. io
ZULNAR.
Aujourd'hui.
ALAMIR
Un pai'eil langage m'ëtonne !...
Tu connois ce monstre odieux?...
Où donc est-il?
ZULNAR.
Devant toi.
ALAMIR
Dieux !
ZULNAR.
Oui, tu vois ce farouche guerrier qui déteste ses erreurs , et depuis long-temps n'aspiroit qu'à les réparer. Tu m'as outragé, ma fierté m'a découvert 5 achève , et prends ma vie.
ALAMIR
Je ne sais si je veille ! Quoi ! ce mortel seusiLle , humain, qni sembloit ne respirer que l'amour des vertus, que je regardois comme un frère, étoit Zulnar !
ZULNAR.
Lui-même j je sais le sort qui m'attend : viens me livrer à tes Abencérages.
ALAMIR
Quand Alamir désiroit connoîlro Zulnar, c'étoit
io4 ZOMIME ET ZULNAR.
pour triompher de sa valeur au milieu des combats, et non pour le livrer aux bourreaux.
ZULNAR. .
Il faut expier mes crimes.
ALAMrR,
Il faut les réparer 5 sans doute, à plus d'un titre, Zulnar a mérité ma baine ; mais l'intérêt que m'inspiroit Enolf parle* encore à mon cœur; c'est le seul rival qui pouvoit impunément me disputer Zoraïme : si , témoin du bonheur que l'amour lui faisoit éprouver, j'ai respecté ses jours, ce n'est point quand le sort l'accable, qu'on me verra le poursuivre. Mais le temps presse; nos soldats le cherchent, et je veux te dérober à leur poursuite. Tu vois cette chaumière; elle est habitée par un vieillard digne de ma confiance. Je vais le prier, sans te nommer, de te recevoir chez lui, et quand le jour fera place aux ombres de la nuit, tu t'éloigneras de ces lieux.
ZULNAR.
Si je cède à tes désirs, c'est dans le seul espoir de le prouver bientôt que je suis digne de cette amitié dont mon cœur sent tout le prix.
ALAMIR
Oui, ta conduite justifiera ma démarche, et mon pays va me devoir un de ses plus ardens défenseurs j