ACTE II, SCÈNE VI
est en ces lieux, qu'on est à sa poursuite, et qu'on regardera comme traître à nos tribus, celui qui seroit assez lâche pour lui donner un asile?...
ZORAÏME.
Eh bien! mais votre embarras redouble...
LE VIEILLARD
Je ne sais si je dois...
ZORÀÏME.
Achevez.
LE VIEILLARD
Sachez donc qu'on vient de me présenter un inconnu, en me priant de lui accorder une retraite jusqu'à l'entrée de la nuit ; j'y consens : à peine sommes -nous seuls, que je le regarde, croyant reconnoxtre les traits d'un guerrier que j'avois vu au siège de Tolède 5 je le considère davantage, et bientôt, dans cet étranger, je découvre Zulnar.
ZORAÏME.
0 ciel I
LE VIEILLARD
Je feins de ne point le connoîtrc j et , dans ce premier moment, la pitié s'eraparant de mon cœur, je forme le projet de le sauver.
ZORAÏME.
Ah ! malheureux ! qu alliez-vous faire ?
io8 ZOKAIME ET ZULNAK.
LE VIEILLARD
Hors de moi-même, tourmenté de la crainte d'être coupable envers mon pays, et ne pouvant cependant me résoudre à trahir les devoirs de l'hospitalité ; incertain sur ce que je devois faire, je cherchois un guide 5 daignez m'en servir.
ZORAÏME , & part.
Quoi ! mon frère seroit vengé, sans qu'EuoIf exposât
ses jours !
LE VIEILLARD
Le chemin qui conduit à ma chaumière est rempli de soldats 5 mais, cependant, si vous voulez sauver ce malh(îureux, il en est encore temps : cette porte qui servoit autrefois d'entrée à cette cabane, communique à l'endroit où il est réfugié, et peut protéger sa fuite,- son sort est donc entre vos mains... parlez 5 que faut-il faire ?
ZORAÏME.
lîÉCITJ TIF.
Qu'ai-je entendu ! je suis maîtresse de son sort ! AUons ! que sans tarder notre ennemi périsse... Ah! que dis-je!... où m'entraîne un aveugle transport;'... Mais mon frère au tombeau rc'clame son supplice ! N'importe ! on cet instant je ne puis me venger. Fier Zulnar ! en mes mains en vain le sort te livre : Redoute, triomphant, je devois le [)oursuivre; Désajine , malheureux , je dois te protéger.