ACTE m, SCÈNE I. ii
ZÉIDE.
Une faute que l'erreur vous fit commettre , et qu'il faut que l'amour répare; ne pouvant employer la force, nous sommes obligées de recourir à l'adresse : le danger le plus pressant nous menace ; on crie aux armes de toutes parts ; le hennissement des coursiers, mêlé aux cris des assaillans, annonce la plus terrible attaque ; profitez donc de ce moment de tumulte, et ne perdez point de vue le personnage que vous représentez : songez que jeune troubadour, attaché au service de Zulnar, et déjà tout armé pour le suivre aux combats , la douleur et l'espoir de pénétrer dans sa prison, vous conduisent au pied de cette tour : tel est le rôle que vous devez jouer.
ZORAÏME.
Sa difficulté m'effraie.
ZÉIDE.
Et moi , il me suffit que vous vous en soyez chargée, pour que je réponde du succès. Commençons par trouver quelque prétexte pour lier connoissance avec le gardien de cette prison; sans doute, en sa qualité de geôlier, le vin doit être sa passion dominante ; et comme , par respect pour les lois du saint Prophète, il est assez rare dans ce pays, je me suis
iiT) ZORAIIVIE ET ZULNAR.
munie de ce flacon, il pourra nous être utile j il ne s'agit donc plus que de saisir la première occasion favorable...
ZORAÏME.
Et si elle ne se présente point?
ZÉIDE.
Nous la ferons naître.
7,0R \ÏME.
Il faudroit trouver quelque ruse...
ZÉlDE.
Il V en a mille !
Ces geôliers ont tant de surveillance !
ZÉIDE.
L'amour donne tant d'invention ! . . . Allons , faisons du bruit pour éveiller ce terrible adversaire j si une fois nous le tenons...
ZORAÏME.
Non, il vaut mieux s'y prendre d'une manière qui l'indispose moins contre nous : je vais chanter sous sa fenêtre; accompagne-moi, et ne fût-ce que pour me faire taire, j'espère qu'il se montrera.
ZÉIDE.
Fort bien imaginé.