ACTE I, SCÈNE V
MARIE
Et d'autres, que je ne crois pas assez j n'est-il pas vrai? Par exemple.
Qu'un élève bien fait chez de pauvres artistes Yienne souvent passer des momens assez tristes ,
Je le crois bien.
Mais que l'ennui qu'il trouve au sein de la famille ^ Ne soit pas en cachette adouci par la fille ,
Je n'en crois rien.
IDA
Et bien! quand cela seroit? Frédéric est pauvre ; imais s'il m'aime.
MARIE
Qu'amour assez long-temps se fixe en un me'nagc Qui reçut du destin la fortune en partage ,
Je le crois bien.
Mais quand la pauvreté frappe aux portes du maître, Qu'amour ne sorte point alors par la fenêtre ,
Je n'en crois rien.
( Ida porte souvent les yeus sur le portrait Je Frédéric. )
A de sages conseils que fille aimable et vive S'efforce de prêter une oreille attentive.
Je le crois bien.
Mais de son air distrait que la maman soit dupe Au point de ne pas voir quel autre soin l'occupe ,
Je n'eu crois rien.
a68 IDA.
IDA
Comment, ma mère! parce que je regarde le portrait de Frédéric, vous penseriez...
MARIE
Oh mon Dieu non ! Avoir sans cesse les yeux sur son portrait, répéter souvent son nom, je sais bien que tout cela ne signifie rien.
IDA
Moi , je prononce son nom? il faut donc que ce soit pendant que je rêve j car, éveillée, j'ai Lien soin qu'il ne sorte jamais de ma bouche. . . Mais parlons d'autres choses.
MARIE
Volontiers.
IDA
Il y a bien long-temps , ma mère , que vous ne m'avez raconté quelques histoires ; mon Dieu ! quel plaisir m'a causé la dernière ! elle m'a fait une peur! Depuis ce moment, je me crois toujours poursuivie par quelque membre de ce tribunal secret.
MARIE
Si l'on savoit tout ce qui se passe , on auroit de quoi conter, je te l'assiu-e.