ACTE II, SCÈNE VII
LE COMTE
Qu'entends- je!.... Seigneur, permettez-vous qu'en ami véritable je vous exprime ma pensée?
HERMAN
Parlez.
LE COMTE
Je le dis à regret, vous courez à votre perte : le dv • sir de vous distinguer par des opinions contraires à celles des personnes de votre rang, vous engage souvent dans des démarches dont vous pourrez vous repentir.
HERMAN
Qu'ai-je donc fait?
LE COMTE
Je ne vous parle point de votre amour pour Ida 5 bientôt , connoissant mieux la conduite de cette fille ignorée
•' 'i - HERMAN.
Comte , vous devriez, à votre tour, chercher à vous distinguer des personnes de votre rang, en respectant davantage l'innocence et la vertu.
LE COMTE
Je pardonne cette réponse au sentiment qui la fait naître 5 mais passons à des reproches plus graves : vous avez proposé, m'a-t-on dit, au conseil de l'im-
3oo IDA.
pératrice l'abolition de ce tribunal respecté depuis si long-temps; et même, par vos discours, vous cliercbez à entraîner la cour et le peuple dans votre opinion.
HERMAN
Je me flatte même de réussir.
LE COMTE
Quel qrie soit votre crédit, est-il assez puissant pour renverser ce tribunal terrible, qui fait trembler le souverain dans son palais, ainsi que le berger dans sa chaumière? Songez qu'une chaîne invisible, composée de plus de cent mille individus, qui se connoissent entre eux à certains signes, et qui ne sont connus de personne, enveloppe la plus grande partie des peuples de l'Allemagne ; tout mortel est contraint d'obéir à une puissance dont les opérations, vu le mystère qui les couvre, impriment d'autant plus de crainte, qu'elles ressemblent plutôt aux effets delà vengeance divine qu'à l'exercice d'aucun pouvoir humain,
HERMAN
Il fut un temps où peut-être , au défaut des lois, ce tribunal étoit utile , mais il faut qu'enfin il tombe devant elles.