VI AVERTISSEMENT
au projet que j'avois formé de soustraire d'aussi foibles productions à la vue du public, puisqu'il étoit plus que probable qu'elles resteroient , comme tant d'autres , enfouies dans le fond de quelque obscur magasin, d'où personne ne penseroit jamais à les tirer. Je les abandonnai donc à leurs destinées.
Le titre d'Essais que je donne à ce Recueil est celui qui m'a paru le mieux lui convenir, le premier volume se composant presque en entier d'ouvrages entrepris dans la seule vue de m' essayer en différens genres.
On ne doit donc véritablement considérer ces premiers ouvrages de ma jeunesse que comme de simples esquisses , et par conséquent bien moins s'attacber à juger ce qu'elles sont, que ce qu'elles auroient pu devenir si, soutenu par deux grands maîtres , l'étude et le temps , j'eusse osé pénétrer plus avant dans une carrière quelquefois épineuse, mais souvent séduisante, et toujours honorable.
i^^Mi M^im^smiss
MIRZA
Quel est le jeune homme qui, au sortir du collège , doué d'un peu d'exaltation, et né avec le goût des vers , ne s'imagine point que par cela même qu'il aime la poésie, il doit nécessairement être poète ; il croit ne pouvoir trop se hâter d'entrer dans la lice littéraire où l'attendent les honneurs du triomphe, et, siir de ses forces avant de les avoir consultées, il ne songe qu'à choisir la carrière qu'il doit parcourir.
Le genre dramatique est généralement celui que préfère la jeunesse, et Melpomène est la Muse à laquelle il est de rigueur qu'elle consacre son premier hommage.
La mémoire remplie de ce qu'on a vu , lu et entendu , on choisit un sujet qu'on croit neuf; on prépare des situations qu'on pense avoir créées ; ensuite on saisit la plume , on écrit avec feu, et quand la
tète est refroidie, on est tout étonné de retrouver dans ses productions les idées des autres, qu'on a prises un moment pour les siennes.
Sans doute j'ai dû tomber moi-même dans ces écueils où tant d'autres se sont jetés avant moi, puisque , jeune et imprudent comme eux , je suivois la même route. Je ne saurois donc trop répéter que l'ouvrage suivant n'est véritablement qu'une simple esquisse , où tout révèle l'âge et l'inexpérience qu'avoit alors son auteur. IVIaigré les encouragemens qu'il reçut en ce temps de plusieurs hommes de lettres auxquels il soumit son travail, et qui voulurent bien y trouver quelques légers indices de talent, il n'en désespéra pas moins d'atteindre jamais à la sublimité de la Muse tragique, et s'en tint à ce premier essai. // ne pouvait mieux faire , s'écriera sans doute le lecteur, c'est avoir au moins sur un point obtenu son suffrage, et je m'en félicite.
aiM