‹ Essais littéraires de Saint-JustChapitre 228 sur 232 · COMPOSÉ PED DE TEMPS AVANT MON M.VKIAGE · texte numérisé non relu

COMPOSÉ PED DE TEMPS AVANT MON M.VKIAGE

0 magique pouvoir! d'un louchant souvenir; Qu'à mon âme, aujourd'hui, tu te fais bien sentir ' Par toi mon cœur Londit à la seule présence D'un lieu vu si souvent avec indifférence 5 Maintenant, en ce lieu, tout agit sur mes sens... Quelle douce vapeur ! quels parfums ravissans ! Tout me charme ! tout dit à mon âme attendrie , Que je respire l'air qu'a respiré Marie ! Sur ce sable , je vois l'empreinte de ses pas 5 Sous ce berceau, la place où je tenois son bras ; Dans ces bois je la suis, et leur paisible ombrage, De même que mon cœur, est plein de son image ; Partout je la retrouve, et rien ne m'en distrait! De ma seule pensée elle est le seul objet ^

Dans tous. les sons flatteurs dont mon âme est émue, Dans tous les traits touchans qui ravissent ma vue ; C'est elle que j'entends , c'est elle que je voi 5 Tout ce qilî n'est pas elle est étranger pour moi !

0 douce illusion ! qui me rend^ce que j'aime ;

Je connois jusqu'où va ta puissance suprême :

Répandant sur nos sens le voiJe de l'erreur,

Tu trompes les ennuis, et tiens lieu du bonheur !

Mais tu n'en es pourtant que l'ombre mensongère :

Tu nous fais bien revoir celle qui nous est chère 5

Mais peux -tu suppléer à ce frémissement,

A ce brûlant ti'ansport, qu'on éprouve au moment

Où la femme qu'on aime, éloignée, attendue,

A nos vœux, à nos soins, est en effet rendue!

Tous tes biens vaudront-ils le bien que fait au cœur.

Ce premier : Je vous aime! annonce du bonheur?

Vaudront-ils ce plaisir si doux pour la tendresse.

De se sentir pressé de la main que l'on presse?

De faire à la réserve, à la froide raison.

Succéder, par degrés, le touchant abandon?

De voir l'objet aimé, dont le front se colore,

S'avancer avec crainte, et reculer encore?

N'accorder qu'à regret la première faveur.

Et d'abord, en tremblant^ essayer le bonheur !

De ton charme puissant, quels que soient les prodiges,

Que la réalité laisse loin tes prestiges 5

Surtout, à cet instant, où l'amant enivré

Rapproche de son sein un sein idolâtré.

Couvre de ses baisers une bouche ravie,

Et tout brûlant d'amour y respire la vie !

Trop vaine illusion! de tes rêves flatteurs

Ne me présente plus les attraits séducteurs.

J'ai besoin d'un bonheur réel, non d'un songe.

Eh ! que m'importe un bien qui n'est qu'un vain mensonge?

Entre Marie et moi, tout doit être aujourd'hui

Vrai comme mon amour, durable comme lui ! ^

La douce confiance, et l'amitié fidèle,

Ont serré de leur main cette chaîne éternelle.

Marie 1 entendez donc le serment que je fais ,

De vivre pour vous seule, et d'y vivre à jamais !

Tant que j'existerai, dites-vous à vous-même:

« Son cœur m'est bien connu 5 puisqu'il respire, il m'aime ! »

Et, sans crainte d'erreur, long-temps après ma mort,

Dites : « S'il respiroit, il m'aimeroit encor. »

L'heure fuit... profitons du temps de notre automne.

Que la félicité, que la tendresse donne,

Prépare à notre hiver un heureux souvenir ,

Et semons maintenant, pour alors recueillir f

Car le bonheur qu'on goûte auprès de toi, Marie !

N'est pas celui d'un jour, mais celui de la vie.

Ce charme d'être deux, qui " répand sur nous.

Plus tard, s'il est moins vif, n'en sera pas moins doux!,

Vers ce moment j'élance une âme impatiente ;

Et déjà, devant moi, l'avenir se présente.

Si, de tes jours, les pleurs ont flétri le matin.

Tu verras ma tendresse embellir leur déclin.

L'un à l'autre enchaînés , soutenus l'un par l'autre ,

Grâce au plus doux lien, quel sort sera le nôtre !

Ma prévoyance active en tous lieux te suivra ;

Ton commerce enchanteur toujours me charmera.

Loin d'un monde bruyant, notre âme satisfaite.

Goûtera les douceurs d'une aimable retraite.

Vieux amis , gaîté vraie , et touchans souvenirs ,

Viendront, avec la paix, y fixer les plaisirs.

Entre nous régnera la tendre confiance :

Tes désirs, tes secrets, et ta moindre souffrance.

Pour entrer dans mon cœur, s'échapperont du lien ,

Et s'y croiront encore eu passant dans le mien.

Qu'à jamais ces deux cœurs soient unis !... ô Marie !

Dès long-temps j'aurois dû te consacrer ma vie !

Que de momens perdus ! . . . puis-je autrement nommer

Tous ceux que j'ai passés sans te voir! sans t'aimerl

Ah! que j'emploierai bien, au moins, ceux qui me restent'

Mes soins le prouveront, et mes sermens l'attestent!...

Mon cœur n'a point souffert des outrages du temps ;

Et, si le ciel faisoit renaître mon printemps,

Sans doute je pourrois, grâce aux faveurs de l'âge.

Te chérir plus long-temps , mais non pas davantage 1

D'un semblable transport tu ne peux t'étonner.

Et surtout tu voudrois, en vain, le condamner:

Pourrois-tu te résoudre à blâmer ton ouvrage ?

De l'ami le plus tendre accueille donc l'hommage 5

Qu'en lisant cet écrit un soupir échappé.

Dise : // croit que je l'aime j il ne s^ est point trompé.

Alors, je bénirai ces vers que je t'adresse,

Où l'esprit peut manquer, mais non pas la tendresse.

l©MâW(EE!

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