ACTE m, SCENE III. r
MIRZA
Renonce à ce dessein; va, laisse-moi périr;
Et toi que j'adorols, vis, mon cher Zéangir,
Pour rendre un peuple heureux, pour augmenter la gloire ;
Vis, pour m'aimer encore, et chérir ma mémoire.
Au milieu des honneurs qui te sont destinés ,
Tu te rappelleras ces raomens fortunés ,
Où d'un tyran cruel, bravant tous deux les chahies.
L'amour venoit confondre et nos cœurs et nos peines.
Peut-être quelquefois dans tes ennuis secrets.
Solitaire et pensif, errant dans ce palais ,
En prononçant mon nom, tu verseras des larmes;
Ah ! laisse-les couler. . . même au sein des alarmes ,
Un regret que fait naître un touchant souvenir.
Pour l'amour malheureux est encore un plaisir !
Calme donc tes douleurs, permets que je périsse;
Ton âme doit souffrir d'un pareil sacrifice ;
Mais la gloire, où bientôt tu vas borner tes vœux,
Sera le digne prix d'un effort généreux.
ZÉANGIR
La gloire, dis-tu? non, je cesse d'y prétendre. A tes conseils, Mirza, si je pouvols me rendre, A moi-même en horreur, dévorant mes transports. Je vivrois au milieu des ennuis, des remords; Eedoutant de la nuit l'ombre pâle et tremlilante,
54 MIRZA
Je croirois voir toujours ton image sanglante
Venir me reprocher un odieux forfait; '
Le jour plus agité, m^on œil abhorreroit
Ce soleil, qui, témoin d'un cruel sacrifice,
N'a point pâli d'horreur, éclairant ton supplice 1
Tourmenté du délire où je serois livré,
A toute heure, en tous lieux par l'amour égaré,
Pour te dire cent fois que Zéangir t'adore,
Dans ton fantôme errant, je te suivrois encore ,
Et croirois sur les monts, en m'élançant vers toi.
Te saisir dans les vents qui fuiroieut devant moi.
A de pareils tourmens tu veux que je me livre?
Non... prêtres de Brama, je cesserai de vivre
Avant que vos fureurs...
Rappelle tes esprits.
ZÉANGIR
D'un peuple impatient j'entends déjà les cris !
MIRZA
Le portes s'ouvrent! — Dieux! —
ZÉA>'GÏR.
Qu'ils craignent ma colèr e l Contre ces inhumains...
MIRZA
0 Ciel! que vas-tu faire?